Qu'est-ce que la Psychopédagogie de la Perception ?

raconte-moi-toi_Eve-gaumont_4_extrait_1.jpg

Tous les travaux présentés sur ce site concourrent à en donner un éclairage de ce qu'est la psychopédagogie de la perception, que ce soit au plan philosophique et conceptuel, en termes de méthodologie d'étude et de références épistémologiques (voir épistémologie méthodologie), ou bien à travers ses différentes déclinaisons pratiques : en santé, soin et formation ; dans toutes les propositions d'accompagnement du changement individuel ou collectif, personnel ou professionnel ; dans le champ de l'éducation et notamment auprès des enfants (voir pédagogie de l'enfant) ; dans le champ artistique et du travail du mouvement ; dans toutes les formes d'explorations biographiques du rapport à soi, aux autres, au monde ; dans le champ de la thérapie manuelle à travers la fasciathérapie telle que développée par Danis Bois.

Nous proposons ici un résumé pratique de ce concept qui est une pratique d'accompagnement, mais aussi, pour les personnes accompagnées, un art de vivre. Les articles scientifiques proposés au fil du texte sont ceux qui contribuent le plus explicitement à sa définition sous l'un des angles évoqués.

 

Une psychopédagogie du développement personnel centré sur la perception et le corps

Professeur Danis BoisAuteur : Danis Bois

Inscription épistémologique et repères théoriques

La psychopédagogie est une discipline traditionnellement située à l’interface de la psychologie et des sciences de l’éducation. La psychopédagogie de la perception s’inscrit aussi dans la visée transdisciplinaire du développement personnel, tel que référencé par l’UNESCO (classements CITE et Eurostat) dans lequel sont inclues toutes les activités contribuant au développement des compétences et des capacités individuelles, sociales, intellectuelles, comportementales, relationnelles, mentales et d’apprentissage, qui sont autant de composantes du processus de transformation de la personne.

Dans ce champ d’étude, la psychopédagogie déployée s’appuie sur les ressources et potentialités perceptives à la fois comme focale d’appréhension des processus d’apprentissage et de développement des attitudes et des comportements et comme moyen d’action et de régulation. La perception est entrevue comme mode qualitatif de relation, comme modalité de saisie et de discrimination des informations, comme manière de se représenter les choses, et enfin comme manière de se percevoir et de s’éprouver dans sa vie. En fait, la perception intervient dans tous les secteurs de la vie relationnelle de la personne : "comment je me perçois", "comment je perçois les autres" et "comment les autres me perçoivent". Elle concerne donc au premier chef les enjeux de l'accompagnement de la personne.

Au plan de l’accompagnement de la personne, la psychopédagogie de la perception, proposée et conceptualisée par D. Bois, s’inscrit dans la psychologie humaniste (Rogers, Alport, Maslow), positive (Seligman, Csikszentmihalyi) et existentielle (Binswanger). Elle est en effet résolument centrée sur la personne. Le mode relationnel entre le praticien et la personne est bien sûr empathique, bienveillant et non jugeant. Mais de plus, par la médiation corporelle qu’elle propose, la psychopédagogie de la perception vise le développement des capacités relationnelles de la personne envers elle-même. Ceci permet un retour à une plus grande proximité au corps et à soi, l’instauration d’un rapport au présent de la situation et un renouvellement de la perception de la situation-problème. Cette approche privilégie également la notion de tendance actualisante (Rogers), c’est-à-dire une approche fondée sur l’hypothèse qu’il existe fondamentalement dans l’homme, un principe de force qui tend vers le meilleur et vers la résolution des problèmes. Nous y ajoutons la dimension du mouvement interne comme expression de la « force organismique » de Carl Rogers. Et enfin, la psychopédagogie de la perception centre son action sur les phénomènes vécus par la personne, plaçant l’expérience vécue, et notamment l’expérience corporelle, au cœur du processus d’accompagnement.

Le concept d’éducabilité perceptive (Bois, 2007), sur lequel se fonde la psychopédagogie de la perception, recouvre trois notions. La première postule la possibilité, sous certaines conditions d’apprentissage, d’un enrichissement des capacités perceptives qui étaient jusqu’alors insuffisamment explorées. La deuxième postule le prima de la perception dans toutes les activités cognitives et comme ressource à leur optimisation. La troisième concerne la perception en tant que support de l’écoute qualitative de soi, des autres, du monde, de son environnement social. Dans cette optique, tous les sens sont mobilisés : par exemple, l’audition est abordée comme capacité à écouter et entendre autrui ou le monde ; la perception corporelle est entrevue sous l’angle de la perception de soi, à travers le tact interne et permet de développer la conscience de soi, etc. Ce concept est également approfondi dans les travaux de Bourhis (2007) et de Berger (2004).

Définition des huit concepts clés de la psychopédagogie de la perception

Les recherches menées au sein du CERAP ont permis de déployer et préciser huit concepts clés qui apportent une innovation dans le domaine du développement personnel et des méthodes d’accompagnement de la personne. Le lecteur pourra approfondir chacun d’eux dans les articles et travaux de recherche référencés sur ce site ; quelques exemples sont proposés au fil du texte, sans exhaustivité.

  1. Le concept de l’unité somato-psychique traduit le mode d’action simultanée entre la sphère psychique et la sphère corporelle mis en œuvre dans les pratiques de la psychopédagogie de la perception. Le mode d’accompagnement privilégie la voie du corps pour agir sur les problématiques psychiques. Adossé à ce concept se place celui du psychotonus révélant de façon organique, le mode d’articulation réciproque entre le corps et le psychisme. Le tonus tissulaire apparaît comme un indicateur de l’état du tonus psychique. Il est mobilisé dans les outils pratiques de la psychopédagogie de la perception. (ex. Courraud, 2007 ; Bertrand, 2010)
  2. Le concept de la modifiabilité perceptivo-cognitive s’appuie sur le fait que l’acte perceptif est le point de départ de l’activité cognitive et du déploiement de sens à l’origine du processus de transformation de la personne. Il modélise cette dynamique transformationnelle en sept étapes : fait d’expérience, fait de conscience, fait de connaissance, prise de conscience, décision d’action, mise en action, retour réflexif et régulation. (Bois, 2005 ; Santos, 2006 ; Gauthier, 2015)
  3. Le concept de la réciprocité actuante définit le mode de relation intersubjective qui est mis à l’œuvre dans la relation empathique. Elle se déploie dans la corporéité et donne lieu à des informations internes qui circulent entre les acteurs de la relation. (Dubois, 2010 ; Bourhis, 2007, 2012)
  4. Le concept de l’expérience extra-quotidienne inscrit le modèle d’accompagnement de la psychopédagogie de la perception dans le courant de la formation expérientielle, selon le principe que c’est en faisant qu’on apprend. La dimension extra-quotidienne qui lui est associée, tient au fait que l’expérience corporelle proposée est inhabituelle pour la personne et mobilise des facultés attentionnelles, perceptives et réflexives nouvelles, points de départ de nouveaux compréhensifs. (Bourhis, 2007, 2012)  
  5. Le concept de la spirale processuelle du Sensible modélise les différents contenus de l’expérience corporelle dont la personne témoigne, au cours de son expérience extra-quotidienne : chaleur, de profondeur, de globalité, de présence, de sentiment d’existence et d’exister. Ces items ouvrent la voie à une herméneutique de l’expérience vécue. (Bois, 2007)
  6. Le concept de l’advenir donne la priorité au vécu qui se rapporte à l’instant présent de l’expérience. Dans le cadre de l’accompagnement en psychopédagogie de la perception, l’attention de la personne est orientée vers les informations nouvelles qui adviennent et qui sont susceptibles d’éclairer les zones d’ombres du passé. (Bois, 2009)
  7. Le concept de la connaissance par contraste caractérise le mode de mise en sens qui se déploie dans l’accompagnement en psychopédagogie de la perception. L’état nouveau qui se donne à vivre dans l’expérience corporelle, révèle les postures et attitudes que la personne avait adoptées par le passé. C’est cette mise en contraste qui va aider la personne à déployer son processus de transformation. (Bois, 2007)
  8. Le concept de la directivité informative désigne un protocole d’accompagnement verbal et de mise en sens des implicites de l’expérience corporelle. Il se fonde sur la nécessité de solliciter activement l’attention des personnes à travers des relances ciblées pour décrire toutes les nuances vécues pendant l’expérience extra-quotidienne. (Bois, 2005 ; Rosenberg, 2007 ; Bourhis, 2009)

Modalités pratiques

Toutes les tâches éducatives proposées par la psychopédagogie de la perception sollicitent l’optimisation de la perception par la médiation corporelle. En ce sens le corps contacté est résolument un corps phénoménal, un corps Sensible, support et acteur de tous les apprentissages.

D’un point de vue pratique, la psychopédagogie de la perception est mise en œuvre dans les processus d’accompagnement de la personne à travers différentes modalités : le toucher manuel de relation, l’expressivité gestuelle intériorisée, l’introspection sensorielle, la relation d’aide verbale duale ou groupale et la relation d’aide sur le mode de l’écriture.

Le toucher manuel de relation est utilisé comme vecteur d’apprentissage de la relation à soi. Il permet de focaliser l’attention de la personne sur les différents vécus corporels déclenchés par le toucher et de permettre à la personne de se positionner par rapport à la qualité de présence qu’elle déploie vers elle-même. Il permet également de nourrir la réflexion sur la base du ressenti corporel qui prend alors le statut d’expérience et ouvre vers une dynamique d’élargissement des points de vue. (Courraud, 2007 ; Bourhis, 2007)

L’expressivité gestuelle invite la personne à extérioriser les nuances de son intériorité vivante et lui permet, ce faisant, d’oser apparaître dans son originalité et sa richesse singulière. Ce processus se déploie grâce à une gestuelle Sensible, spécifique et innovante. (Didot-Rigaux, 2013 ; Devoghel, 2011)

L’introspection sensorielle est une pratique méditative qui développe la présence à soi et au corps. Elle mobilise les facultés attentionnelles, perceptives, cognitives et mentales au service du déploiement des potentialités humaines de santé et de bien-être. Elle est pratiquée à l’appui d’un protocole de guidage verbal qui permet à la personne de saisir, de discriminer, et d’agir en temps réel de l’exercice sur la maîtrise des émotions, sur les pensées négatives et représentations erronées, et plus concrètement sur la santé, l’anxiété et les états de stress. (Bois, Bourhis, 2010 ; Nottale, 2015 ; Cencig, 2014 ; Rapin, 2012)

La relation d’aide verbale, duale ou groupale, est un espace de parole qui s’inscrit dans le courant humaniste et notamment la non directivité de Carl Rogers quand il s’agit d’inviter une personne à exprimer ses problématiques de vie. Elle y associe le concept de directivité informative de Bois (2005) quand il s’agit de donner du sens à l’expérience corporelle vécue et à trouver son prolongement dans la vie quotidienne. C’est donc un temps verbal mixte qui peut se dérouler en temps réel de l’expérience, en post-immédiateté ou en différé. (Rosenberg, 2007 ; Schreiber, 2011)

La relation d’aide sur le mode de l’écriture est un dispositif qui permet à la personne de rapporter son expérience sous la forme de traces lui permettant d’effectuer dans la durée un travail de valorisation et de socialisation de l’expérience conduisant à de nouveaux compréhensifs. Ce travail prend souvent la forme initiale d’un journal de bord ou d’un journal intime. Il fait ensuite l’objet d’un partage et d’une mise en sens dans le cadre de l’accompagnement. (Hillion, 2010)

Principales applications de la psychopédagogie de la perception

La psychopédagogie de la perception offre à tous les praticiens de l’accompagnement de la personne, des outils d’enrichissement de leur pratique.

Comme cela apparaît sur notre site, et par son caractère à la fois transversal et centré sur les potentialités humaines, la psychopédagogie de la perception trouve actuellement des applications dans des champs très variés, comme le champ de la santé et du bien-être, le champ de l’éducation et de l’accompagnement des enfants, le champ de la psychologie et des sciences sociales et comportementales, le champ de la formation des adultes, le champ du coaching en entreprise et le champ des arts scéniques et des arts vivants.

Les effets dans chacun de ces domaines sont très largement étudiés au sein du CERAP et peuvent être consultés dans la plupart des articles rassemblés sur ce site internet.

Visée scientifique et pratique

Le projet de la psychopédagogie de la perception est de contribuer à donner au champ du développement personnel ses lettres de noblesse scientifiques, en proposant des outils épistémologiques, méthodologiques et pratiques permettant de rendre compte des processus de transformation de la personne et du développement de ses potentialités.

Elle accueille donc tous chercheurs et tout praticien souhaitant participer à la validation ou à la valorisation des pratiques d’accompagnement qui s’appuient sur la subjectivité humaine et son objectivation.

Elle propose une posture simultanée d’observateur et de chercheur impliqué, qui permet de questionner et rendre compte de la réalité vivante de l’expérience et du sens profond de l’existence.