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Genèse d’une recherche sur la pensée au cœur de l’expérience du Sensible. D’une quête singulière et philosophique à un engagement plus pragmatique dans une « enquête » en Sciences de l’Éducation.

Fiery dance © Vladimir Kush
Auteur(s) :

Béatrice Aumônier - Docteure en Sciences sociales de l'UFP

Praticienne-chercheure en psychopédagogie de la perception

Dans cet article, je retrace la genèse de ma recherche doctorale qui a pour origine une expérience du Sensible[i] (janvier 2009), durant laquelle j’ai assisté à un renouvellement des modalités de ma pensée. Cette expérience fut fondatrice par son impact, générant un état de sidération, par des contenus de vécus qui vinrent fissurer mes représentations. Ce coup d’arrêt cognitif, créant de l’espace et du silence en moi, fit émerger un questionnement fort et un besoin de comprendre, d’où mon engagement dans cette recherche.

Une recherche doctorale, quand le chercheur a eu l’opportunité de choisir son thème d’investigation, traduit d’abord, de mon point de vue, une quête profonde de sa part. Animé d’une passion pour sa recherche, il s’y engage tout entier sans soupçonner vraiment ce qu’il va découvrir de lui-même à travers le cheminement intellectuel et existentiel qu’il entame. Comme le dit si bien Merleau-Ponty (1964) : « Les questions sont intérieures à notre vie, à notre histoire: elles y naissent, elles y meurent, si elles ont trouvé réponse, le plus souvent elles s’y transforment (…)» (p. 140). Pourtant, entre mon expérience fondatrice (janvier 2009) et le moment où j’entamai ma thèse (septembre 2012), mon questionnement sur les phénomènes que j’y avais vécus, dans un rapport profond et étroit à ma corporéité, s’était figé. Je considérais avec certitude, comme une évidence, qu’il existait au contact du Sensible une forme de pensée radicalement nouvelle, différente de celle que j’utilisais habituellement. Je la nommais en mon for intérieur Pensée Sensible. On le voit, cette posture et cette croyance établie n’étaient guère adaptées à un questionnement scientifique. Cependant, je m’interrogeais et cherchais à comprendre de quoi relevaient les faits qui m’avaient considérablement interpellée et que je souhaitais élucider. C’est donc d’un point d’énigme (Ciccone, 1998), par nature insatisfaisant et perturbateur mais également moteur, comme celui rencontré lors de cette expérience marquante que je me questionnais. De quoi était constituée cette pensée Sensible ? Cette question de départ s’infléchit au fur et à mesure du processus de ma recherche. Au fil des séminaires doctoraux et de mes lectures, la conception de ma thématique d’étude et mon questionnement s’enrichirent et se nuancèrent avec la réalisation d’un état des lieux de la question. Cela me conduisit à objectiver les faits subjectifs vécus dans mon intériorité corporelle, de manière à discuter plus scientifiquement de l’existence ou non d’une pensée du Sensible. Je fus aussi amenée à explorer un grand nombre de champs disciplinaires pour trouver le bon angle d’approche de mon objet de recherche. Ma question de recherche connut donc de multiples avatars. En même temps, je cherchais à acquérir une posture de recherche adéquate, en opérant une décentration par rapport aux contenus de vécu de mon expérience. Elle me permit une prise de recul qui aboutit ensuite à une prise en compte de l’expérience comme voie de passage/instrument pour approcher les modalités de la pensée que je souhaitais étudier. Au final, je décidai de formuler ma question de recherche de la manière suivante : Quelles sont les modalités de la pensée à l’œuvre au cœur de l’expérience du Sensible ?

Autrement dit, une forme de pensée particulière ou différente de la pensée abstraite et intellectuelle qui prime en Occident se manifeste-t-elle quand une personne instaure une relation au Sensible de son corps, ou bien la pensée au cœur de l’expérience du Sensible est-elle seulement enrichie d’autres modalités tant dans sa forme que dans ses contenus ?

La nuance est de taille, mais les critères encore flous. La première hypothèse, qui emporte un enjeu philosophique, a longtemps guidé ma quête mais me semble aujourd’hui difficile à étayer sur un plan scientifique. Elle demeure cependant en contrepoint à l’arrière-plan de mon esprit. Peut-être aurais-je accès à des indices importants en adoptant la stratégie du détour[ii], mieux que si je choisissais d’affronter la question directement ? De cette manière, je ne me condamne pas à devoir démontrer ce que j’avance en le prouvant et me donne la latitude d’intégrer toutes les perspectives au sein d’une globalité. Le second point de vue sur l’enrichissement de la pensée paraît d’emblée plus plausible, plus facile à étudier aussi, car il impose de passer d’abord par la description. L’écart entre ces deux hypothèses traduit le cheminement réflexif que j’ai mené pour pouvoir formuler une question de recherche recevable. Cela m’a permis de passer d’une quête philosophique personnelle à une « enquête[iii] » scientifique, d’abord descriptive, dont je souhaite témoigner dans cet article. Pour autant, l’adoption de la seconde hypothèse ne me satisfait pas pleinement. Ne serait-il pas possible aussi de considérer la question, autrement, d’un point de vue dynamique ? Ne peut-on envisager qu’une pensée enrichie d’autres modalités au contact du Sensible et y étant exposée fréquemment, par exemple par la pratique régulière de l’introspection sensorielle[iv], puisse se renouveler, se transformer profondément, voire muter dans sa nature ? Ne pourrait-on envisager, partant du fait que l’immanence est première avec Henry (1963, 1990), qu’une autre nature de pensée pourrait se manifester au cœur de l’expérience du Sensible, qui ne serait alors pas la conséquence d’un enrichissement ou d’un renouvellement de la forme de pensée scientifique primant en Occident depuis l’époque des Lumières ?

Dans cet article, je n’ai pas cherché à trancher entre toutes ces questions. J’ai voulu simplement présenter un état de ma recherche sur la pensée au cœur de l’expérience du Sensible, qui englobe les processus que je vis à la fois en tant que sujet et chercheure du Sensible en psychopédagogie perceptive. J’ai donc dégagé plusieurs lignes directrices pour rendre compte de la genèse de ma recherche. Je relate mon expérience fondatrice du Sensible, liée à des modalités de pensée renouvelées en l’accompagnant de réflexions d’arrière-plan. J’explore ensuite le passage et le continuum qui m’ont permis de franchir le seuil de la quête à celui de l’« enquête ». Enfin, j’esquisse la création de ma méthodologie de recherche qui me permet d’apparaître dans cet itinéraire en tant que sujet/chercheure Sensible.

 

Récit d’inspiration phénoménologique de mon expérience fondatrice mêlé de réflexions d’arrière-plan en situation et a posteriori

Remarques préalables sur le déploiement et la mise en récit de mon expérience

Ce récit d’inspiration phénoménologique retrace les grandes lignes de mon expérience fondatrice et comporte également des réflexions d’arrière-plan. Certaines se sont dessinées a posteriori, parfois même au cours de la rédaction de cet article. Lors de ce travail d’écriture impliquée et Sensible (Berger & Paillé, 2011), j’ai pratiqué pour me maintenir au contact du Sensible l’introspection sensorielle utilisant la réciprocité actuante, modalité propre à la saisie de tout vécu expérientiel et à son processus de déploiement de sens en psychopédagogie perceptive. Le sens porté par l’expérience interne subjective propre au Sensible présente en effet un caractère provisoire (Bois, 2007, 2009; Berger, 2009) et peut continuer à se construire et s’enrichir dans une dynamique processuelle à la croisée de temporalités entrelacées et incarnées. Bois (2009) témoigne ainsi d’une actualisation du passé au contact de l’advenir qui l’enrichit d’un sens nouveau : « Je pris conscience que la proximité avec l’advenir me donnait accès à des informations du passé remontant spontanément dans mon présent et que celles-ci prenaient un nouveau sens au contact de l’information nouvelle advenue. (…) Ainsi, je découvrais une voie nouvelle pour découvrir le sens de mon passé, autre que celle consistant à le revisiter par l’évocation ou la remémoration. Au contact de l’advenir, c’est le passé qui allait vers le présent et se réactualisait. » (p.10). Ces éléments sur le concept de l’advenir m’ouvrirent des perspectives pour qu’émergent, dans la temporalité du présent se déroulant dans mon corps, certaines informations que je n’avais pas saisies directement lors de mon expérience. Bois souligne en effet « le caractère charnel de cette temporalité qui prend corps lorsque le sujet oriente son attention vers le flux de la vie circulant dans son intériorité ». (2009, p. 6). Plus avant, cela me donne à penser que les informations captées et retenues dans une sorte de mémoire incarnée peuvent s’actualiser à certaines conditions, par exemple, à la faveur de la mobilisation introspective sensorielle, en temps réel de l’expérience (Bourhis & Bois, 2010). J’établis donc ici une distinction par rapport à certaines pratiques psycho-phénoménologiques comme l’explicitation ou l’auto-explicitation (Vermersch, 1994, 2014) qui plongent plutôt vers le passé par l’évocation ou le ressouvenir permettant de rendre disponibles à la conscience du sujet des informations qu’il ne savait pas avoir stockées dans sa mémoire. L’introspection sensorielle favorise l’émergence d’informations nouvelles révélatrices par contraste, l’expérience présente de l’advenir marquant les situations, les états antérieurs d’un sens provisoire à déployer. La pratique régulière de l’introspection sensorielle me parut donc propice au déploiement du sens de mon expérience, me permettant de la revisiter à la lumière du présent incarné en moi. Lors de certaines introspections, sans que je puisse le prévoir à l’avance, des sensations et des tonalités corporelles liées à l’expérience qui m’avait vraiment questionnée sur le plan cognitif, furent ravivées et actualisées, me livrant des informations qui me firent mieux situer les contenus de vécu extraordinaires de cette expérience. Au départ, je n’avais pas jugé utile de tenir un véritable journal de bord à propos de mon expérience fondatrice, ne soupçonnant pas que ce travail d’écriture pouvait s’avérer précieux. Je n’envisageais pas alors l’éventualité de prendre mon vécu expérientiel pour « objet » de recherche, ni que ma production écrite puisse être considérée comme un matériau valable. J’étais simplement en quête de moi-même au sein de l’expérience ! J’ai par la suite regroupé des bribes d’écriture épisodique sur le sujet, éparpillées dans plusieurs cahiers, car produites de manière inopinée après certaines introspections entre 2009 et 2013. Je les ai réexaminées et organisées pour servir de base à un travail d’écriture impliquée sur le mode du Sensible. J’ai donc convoqué les contenus de mon expérience dans quelques introspections sensorielles à plusieurs semaines de distance quand j’ai compris que je pouvais les valoriser (février/mars 2014). Dans cette perspective, j’ai combiné les apports de la connaissance par contraste, me situant nettement dans la subjectivité incarnée du présent, en laissant advenir des informations nouvelles pour permettre l’actualisation des faits passés et certains aspects de la technique d’entretien d’auto-explicitation (Vermersch, 2014). Cela m’a aidé à appréhender dans mon expérience les différentes couches de vécu pour distinguer les moments où mes réflexions d’arrière-plan concernent plutôt l’informateur de ceux où c’est plutôt le chercheur qui s’exprime.

Mon expérience fondatrice revisitée en introspection sensorielle et analysée.

Aspect fondateur de l’expérience au plan cognitif

Je considère mon expérience comme fondatrice (Bois, 2011) et formatrice (Josso, 2011 ; Bois, 2007 ; Courtois & Pineau, 1991 ; Kolb, 1984). Survenue en janvier 2009, lors d’une épreuve orale d’examen en Somato-psychopédagogie, elle se révéla suffisamment intense pour déterminer mon choix de m’engager dans ce travail de recherche. Elle s’est avérée fondatrice, en venant fissurer certaines de mes représentations à propos de la cognition et des apprentissages intellectuels ; je n’imaginais pas avant de vivre l’expérience que le fait d’instaurer un rapport proche à mon corps pouvait provoquer un tel impact sur ma pensée, ni que la plongée dans un univers sensible, ancré dans ma corporéité pouvait donner naissance à une question de recherche et m’entraîner aussi loin !

 Stress, paroxysme perceptif et mouvement de ma pensée dans un cadre expérientiel inédit et surtout inhabituel pour convoquer le rapport au Sensible.

Cette expérience, par nature extra-quotidienne[v], peut être qualifiée de paroxystique, car elle a contribué au dévoilement de potentialités perceptives d’une finesse jusqu’alors inconnue, qui n'étaient pas encore actualisées chez moi. J’ai donc vécu cette expérience avec une grande acuité et une forte intensité. Paradoxalement, j’en ai pris conscience depuis, les phénomènes Sensibles que j’observais se jouaient en moi à bas bruit, presque en sourdine. Ce sont des caractéristiques de l’expérience du Sensible. Pourtant, le cadre expérientiel était inhabituel ; il s’agissait d’une épreuve orale d’examen où les instruments et mises en situation pratiques propres[vi] à la psychopédagogie perceptive n’avaient pas été sollicités directement. Trois points essentiels me paraissent constituer l’ossature de ce vécu expérientiel : mon éprouvé corporel très riche a contribué à construire un support de confiance inattendu en moi ; le caractère panoramique de la forme d’attention mobilisée m’a donné une acuité perceptive inédite ; enfin, ce que j’ai appris de moi ce jour là, en terme de potentialités perceptives, cognitives et comportementales, à travers ce que je considère comme un exploit ou une performance. L’inversion d’une contrainte, un stress important, en atout, lors de cet examen, m’a indiqué par contraste ce vers quoi je pouvais tendre pour la suite de mon processus.

Je me trouvais donc en difficulté face à une question d’oral dont je pensais tout ignorer, lorsqu’une bascule incompréhensible s’est opérée, et j’ai réussi à mobiliser des ressources cognitives pour préparer mon exposé. En effet, alors que je songeais à abandonner en cours d’épreuve, je me suis sentie animée par une force intérieure qui a mis en mouvement ma cognition sur un mode inédit. Mon exposé s’est déroulé ensuite sur ce mode inhabituel. J’ai assisté, en effet, à la naissance et au déploiement de ma pensée, en direct, au sein d’un flux continu de sensations corporelles qui se jouaient à bas bruit en moi durant ma prise de parole. Ce phénomène radicalement nouveau pour moi a constitué une source d’étonnement très fort, et en même temps brouillé mes repères. Au bout de plusieurs semaines, j’ai compris que j’avais franchi le seuil d’un niveau perceptif qui me donnait accès à des nuances subtiles dans la profondeur de mon corps. Dans le même temps, mon corps était devenu une caisse de résonance me faisant vivre l’expérience avec intensité. J’ai identifié qu’il pouvait s’agir, outre la dimension incarnée de l’expérience, de phénomènes en rapport avec une forme de pensée kinesthésique, à la fois intra et interpersonnelle, proche de formes d’intelligences décrites par Gardner (1983), dont je n’avais pas conscience dans mon fonctionnement cognitif. Durant cette expérience, je me suis sentie également impliquée dans ce qui survenait, à la fois comme actrice et observatrice, en même temps objet et sujet de ces phénomènes inattendus, incontrôlés, comportant leur part d’autonomie, qui dépassaient ma volonté et mon mode de raisonnement habituels. Ce caractère d’imprévisibilité a constitué un point marquant ; l’effet de surprise m’a interpellée, quant au surgissement, aux modalités et au contenu de ma pensée qui s’est déployée dans une dimension créatrice que je ne soupçonnais pas. Créatrice, en termes de contenus et d’agencement des informations par les voies de passage qui se traçaient en direct, en moi et devant moi, créatrice de moi-même aussi, en tant que me dévoilant à mes propres yeux et à ceux de l’auditoire dans une nouvelle dimension. Par la suite, j’ai eu l’impression d’avoir été inspirée, de m’être connectée à quelque chose de subtil et de profond qui me rendait réceptive pour saisir à partir de mes perceptions corporelles les informations disponibles et les utiliser.

Zoom sur les contenus de vécu et l’éprouvé de mon expérience fondatrice.

Quand je recontacte aujourd’hui les phénomènes Sensibles vécus au cœur de l’expérience, je constate que la situation stressante de l’examen a joué pour une large part. Le stress semble avoir ouvert un accès à ce paroxysme perceptif qui m’a permis de percevoir bien en deçà de ce que je croyais être capable de capter à cette époque. J’ai eu le sentiment de réaliser une sorte de saut perceptif qualitatif dans la profondeur de mon corps et au-delà, stupéfiant. Le mouvement de ma pensée semblait provenir d’un fort niveau de tonus concentré dans ma matière corporelle, surtout dans mon thorax et dans mon crâne. Cette véritable plongée au sein de l’intériorité m’a fait contacter un niveau de profondeur inconnu qui m’a révélée dans une dimension plus grande de moi-même, insoupçonnée en tout cas. Je percevais une forte chaleur, bien que douce, et un mouvement liquidien dans mon crâne surprenant et en même temps apaisant qui me donnait la sensation que ma pensée elle-même devenait sensible, perceptible, fluide et bien rythmée, prenant aussi de la hauteur. Simultanément, j’avais pourtant l’impression d’être immobilisée debout, dans une sorte d’impuissance à vouloir contrôler ce qui se déroulait. J’avais conscience d’être dans une sorte de résistance à la fois physique et psychique, à laquelle j’ai attribué l’accélération de mon rythme cardiaque et les pulsations présentes partout dans mon corps. Quelque chose, que je ne générais pas volontairement et que je ne maîtrisais pas, pétillait dans mon corps et diffusait cette chaleur douce et onctueuse. J’étais passée depuis le début de mon exposé d’un sentiment de peur à celui d’une jubilation profonde, liée au fait de m’apercevoir dans ce rapport à mon corps fait de proximité à sa substance, sensation de capter quelque chose de l’essence de mon être. Ces sensations très agréables de chaleur diffusante, d’épaisseur onctueuse en moi, d’animation, construisaient ma globalité corporelle, substrat me donnant accès à une nouvelle qualité de présence à moi-même. Elle se traduisait par un goût savoureux à travers des tonalités vectrices d’un sentiment de confiance, qui venait à son tour colorer mon discours et la relation avec le groupe de personnes dans la salle. J’éprouvais un sentiment de plénitude à la fois physique et psychique qui avait balayé ma peur de l’échec et du regard des autres. Ces phénomènes associés à une richesse et une amplitude de pensée inconcevables contrastaient avec ma paralysie du début, due à la panique. Il me paraissait évident, et cela le reste aujourd’hui, que les phénomènes vécus dans mon corps avaient constitué une condition nécessaire à la manifestation de ce flux de pensée. Cela m’a d’ailleurs donné le sentiment de quelque chose qui ne m’appartenait pas, me dépassait, et qui, pourtant naissait du fond de moi sous forme d’un jaillissement spontané. Ce vécu étrange comportait également une sorte de « distanciation impliquée ». J’avais l’impression d’être en surplomb, sensation d’être « double »[vii], m’observant d’un point de vue qui pouvait paraître extérieur pendant que je parlais, attentive simultanément à mon discours et à mes sensations corporelles. En fait le surplomb se produisait à l’intérieur, mon corps était à l’écoute de ce qui se déroulait et me permettait de m’apercevoir au sein de l’expérience. Cette information m’a été livrée récemment en introspection sensorielle (avril 2014). Plus subtilement, c’était toute ma matière[viii], qui devenue Sensible, me permettait de saisir la pensée qui naissait à son contact ou en elle, (je ne suis pas parvenue encore à le déterminer) et surtout de la nourrir de sa substance pour lui permettre de continuer à se déployer. Fait également interpellant, mon rapport au temps s’était modifié ; j’avais conscience d’enregistrer tous les détails dans une sorte de globalité du temps dilaté en volume et en espace. Je sentais que j’étais bien ancrée dans le sol par mes appuis et que mes avant-bras étaient maintenus en verrouillage par la pression forte de mes mains sur la table où j’avais posé mes notes ; j’avais l'impression qu’elles s’y enfonçaient tant je m’y appuyais. Pendant que je captais le positionnement de mon corps plutôt tendu et ramassé, comme concentré sur lui-même, j’observais la circulation de mon discours. Il touchait mon auditoire et rentrait en lui du fait de mon phrasé lent et entrecoupé de silences qui posaient mes mots et leur donnait du poids. Je percevais également, dans un mouvement inverse, le flux attentionnel que le public constitué par mes camarades de promotion me renvoyait. Je le ressentais dans mon corps comme un effondrement qui gagne la profondeur des tissus au point d’appui en relation d’aide manuelle, favorisant ensuite la naissance d'un nouveau mouvement plus ample de ma pensée, qui prenait souvent une nouvelle orientation. Mon attention a été attirée par la perception très physique de ce double flux simultané étonnant, en direction de l’auditoire et vers moi. J’avais la sensation que ce flux continu faisait prendre corps à mes propos ; j’observais se tisser les fils qui nous reliaient le jury, le public et moi. A l’instant où je prononçais un mot, j’ignorais encore dans quel sens la phrase allait se construire, de même que le sens dans lequel son contenu allait se déployer, davantage encore comment les idées allaient s’agencer entre elles. La naissance de ma pensée à laquelle j’assistais en direct ne survenait pas comme habituellement de ma sphère cognitive, ou pas complètement ; j’avais vraiment la sensation qu’elle ne se construisait pas dans mon cerveau. En revanche, je sentais bien que ma pensée se caractérisait par une certaine épaisseur, reposait sur une relation étroite à mon intériorité corporelle, comme si elle s’y était incarnée. Je n’avais jamais vécu cela auparavant et j’avais l’impression de travailler sans filet par rapport à mon mode réflexif habituel qui comportait une trame solide et sécurisante, établie à l’avance, sur laquelle je pouvais m’appuyer. Or, en l’occurrence, je n’utilisais pas les notes que j’avais réussi à produire pendant la préparation de mon exposé. Ma pensée se communiquait spontanément, échappant au contrôle de ma réflexion. Et, contre toute attente, j’ai éprouvé un sentiment de justesse et de cohérence intérieures. Mon discours restait très structuré dans cette forme spontanée ; je pouvais mesurer son impact aux réactions de l’auditoire et du jury. Par un effet de résonance, je le sentais en moi aussi. J’entrais en complète adéquation avec moi-même et me révélais à moi-même dans un sentiment de présence inhabituelle. J’observais que je m’appuyais sur l’épaisseur qui se dégageait de ma matière d’une manière chaleureuse qui me donnait confiance. Je sentais également que ma présence avait gagné en volume dans la salle et que j’englobais dans une sorte de relation réciproque[ix] par le mouvement de ma pensée et mon discours les étudiants et le jury. Je me sentais dépassée par ce qui se produisait, en ce sens que je ne pouvais le concevoir ou le prévoir au moment où j’ai débuté mon exposé ; ma volonté habituelle était inopérante, comme anesthésiée ou neutralisée, mais en même temps je me laissais porter par ce mouvement qui animait ma pensée et le laissais me faire agir. En post-immédiateté, j’ai remarqué que s’était opérée une sorte d’accord Sensible corps/psychisme, qui induisait une mobilisation cognitive plus performante que durant d’autres épreuves d’examen. Tout le contenu de mon discours s’emboîtait dans le foisonnement cohérent et multidirectionnel de ma pensée rendue ample, profonde, dense et fluide à la fois. Elle s’agençait sans effort réflexif grâce à l’appui que je prenais dans mon corps.

Altération de mes représentations par certains aspects imprévisibles de la nouveauté rencontrée dans l’expérience

Jusqu’alors, dans ma représentation, il y avait le corps d’un côté que je vivais à travers le Tai Ji Quan et les pratiques de la psychopédagogie perceptive, et de l’autre le monde de la réflexion, mais , je me trouvais face à un réel questionnement autour de la notion d’expérience ancrée dans le corps et le Sensible, liée à ce qui me semblait être une autre forme de pensée. C’est un fait, je faisais une nouvelle expérience de mon corps et de mon intériorité que je pouvais décrire de façon très précise. Mais je ne m’attendais pas à vivre de tels effets sur ma pensée. Comment ont-ils pu générer de tels impacts sur les modalités de ma pensée en termes d’épaisseur, d’amplitude, de profondeur ? C’était comme si ma manière de pensée s’était profondément renouvelée !

Cette expérience au cœur d’un univers sensible m’a donné accès à de nouvelles compréhensions, en réactivant des sensations et des tonalités qui ne m’étaient pas inconnues. Cette sensation d’évidence, d’adéquation de ma pensée avec tout mon être, j’y avais déjà eu accès auparavant, plus de quarante cinq ans en arrière. Ce souvenir toujours présent et ravivé dans mon corps a fait ressurgir un vécu de mon enfance. Je ne le relaterai pas ici mais préciserai simplement qu’avec ces réminiscences, je prenais soudain conscience que s’était opéré, durant cette période de ma vie, un cloisonnement entre perception et cognition. Des souvenirs affluaient, entre résonance et raisonnement, et prenaient sens, à la lumière de ce qui s’était joué au cœur de l’expérience Sensible. Je retrouvais des sensations dans mon corps associées à la prise de conscience, vers l’âge de quatre ans, que je vivais dans une enveloppe corporelle. Je savais qu’elle était fragile et que je pouvais la perdre. Je savais aussi que tout ce que je disais et faisais partait de là. Ce fort sentiment d’existence dont j’avais eu l’expérience très jeune reposait sur la perception de vécus corporels qui m’avaient fait prendre conscience que ma vie était (dans) mon corps ! Ce que j’avais retrouvé à un autre niveau de vécu, lors de mon expérience fondatrice, m’apporta en plus l’information que la perception me permettait d’établir via mon corps une jonction entre sentir et penser.

 Entrelacement Sensible entre modes du sentir et du penser

L’expérience d’autres modalités de pensée au contact du Sensible me faisait découvrir par contraste, tout en venant l’éclipser ou l’englober, la forme de pensée qui était alors la mienne. Je n’avais jamais réfléchi à ma propre façon de penser. Cela restait une sorte d’implicite, un sujet non traité, ni à l’université, ni dans le milieu scolaire dans lequel j’avais baigné une bonne partie de mon existence en tant que professeur. Mes connaissances demeuraient générales. Pour moi, la pensée s’élaborait avec l’apprentissage du langage et se perfectionnait à l’école au fur et à mesure du développement de l’enfant qui, en grandissant, accédait à l’abstraction. J’avais de vagues connaissances sur le développement des opérations mentales, passant d’un stade concret à un stade formel. Selon Piaget (1942, 2012) : « L’intelligence sensori-motrice est à la source de la pensée, et continuera d’agir sur elle toute la vie par l’intermédiaire des perceptions et des attitudes pratiques. Le rôle des perceptions sur la pensée la plus évoluée ne saurait en particulier pas être négligé,[…], et il suffit à attester l’influence persistante des schèmes initiaux » (p. 156). En lisant La psychologie de l’intelligence, j’ai découvert avec curiosité que des corrélations existaient entre intuition et opérations mentales, mais aussi que les schèmes de l’intelligence sensori-motrice jouaient un grand rôle dans l’élaboration de la pensée Ce constat que la pensée formelle n’était pas étrangère au corps et à la perception m’ouvrait des perspectives pour chercher à comprendre et à réduire l’écart avec les modalités de la pensée qui s’étaient données au cœur de mon expérience. Elles mettaient également en exergue des caractéristiques d’évidence et de fulgurance avec l’émergence spontanée de mots et de phrases qui s’associaient entre eux sans que j’aie eu le temps de construire consciemment un raisonnement. Il s’agissait d’une pensée qui surgissait bien en amont de toute réflexion construite volontairement. Elle était portée par ma substance corporelle animée d’un mouvement fluide et épais comme celui d’une lave qui s’écoule. J’avais le sentiment qu’elle était rapide par son jaillissement et lente en même temps par son déploiement au sein de ma matière animée. Cette forme de pensée véhiculait un fort sentiment d’existence et de justesse. Je peux encore le ressentir plusieurs années après, tant cette sensation reste inscrite dans mon corps. Dans ma perception, il s’agissait de l’avènement de quelque chose qui n’avait pas besoin d’entrer en contact avec le monde extérieur pour exister. Ma pensée naissait spontanément en moi, mise en mots dans le flux de l’instant d’où elle jaillissait, prête à être directement communiquée ! Au-delà de ce qui s’est manifesté en terme de sensations corporelles, ce fut le fait le plus interpellant de mon expérience qui m’amena à penser que j’avais vécu un chiasme entre mode du sentir et du penser.

 

De la quête à l’« enquête »: changement de statut de mon expérience fondatrice et apparition d’une posture de chercheure du Sensible.

Mener une recherche, même si ce n’est pas seulement être en recherche, concourt à transformer le chercheur qui entre dans un véritable processus de croissance. Selon de Lavergne (2007), « la recherche vise le développement personnel, et non seulement la production d’un nouveau savoir. » (p. 32 ). Arino (2008) partage cet avis et relie le fait d’« être en quête de » à une implication affective du chercheur par rapport à son objet de recherche : « La recherche commence par un acte d’amour qui est une implication affective : ‘être en quête de’. C’est par cette pulsion que l’objet désiré se révèle en partie au chercheur… Tout débute par la perception, origine de tout sens, horizon primitif de l’expérience, vécu de la recherche. Cet instant-là est le moment de la révélation dans l’instantanéité de la rencontre du chercheur avec son objet de recherche, moment unique où débute la construction du sens, la sémiosis. » (p. 110) Selon l’auteure, c’est une sorte de mouvement pulsionnel qui révèle au chercheur son objet de recherche à travers une perception globale porteuse d’un sens premier qui donne sens et motivation à sa recherche. Je retrouve ici ce que j’ai ressenti en débutant ma recherche, une perception globale, mais confuse, de son objet. J’éprouvais des difficultés à le formuler et pourtant je le portais en moi, tout comme il me portait. Pour passer du stade de la quête à celui de la recherche, il me fallait déconstruire cet objet pour l’analyser sous des angles multiples afin de comprendre quels étaient ses éléments constitutifs. Cette phase s’avéra délicate et engendra quelques résistances, étant donné la charge affective que je faisais peser sur mon expérience.

Transition difficile et phase de maturation

Ma quête enthousiaste et naïve était nourrie par le fait que je pensais avoir découvert, ou redécouvert en moi, une autre forme de pensée. Elle passait, de mon point de vue, par un état de non-prédominance entre le rapport que j’avais instauré à mon corps et à ma cognition. L’état d’unification somato-psychique et de plénitude vécu au sein de mon expérience m’avait rendue plus présente à moi-même et permis de m’appuyer sur le flux du présent qui se déroulait au sein de mon corps, un présent immédiat qui s’interpénétrait avec une autre temporalité, celle du temps proche qui advient[x]. Le contact goûteux que j’avais maintenu durant l’expérience avec ce flux épais dans mon corps qui me délivrait en direct, avec clarté et précision, les informations que je portais à la connaissance du public me semblait procéder du chiasme entre le corps et l’esprit, cher à Merleau-Ponty (1945). Cet aspect de mon expérience, teinté d’une sorte de goût du merveilleux, comme la quête des chevaliers partant à la conquête du Graal dans la littérature médiévale, soulevait des questions passionnantes ; était-ce la matière animée de mon corps qui favorisait l’éclosion de ma pensée ou bien la conjugaison d’interactions entre rapports au corps et à l’esprit qui en était à l’origine ? J’avais l’ambition de réaliser un chiasme, un entrelacement entre la pensée abstraite, comme détachée du corps, et d’autres modalités de pensée qui s’étaient actualisées en moi. Plus encore, je voulais comprendre comment à partir de deux ou plusieurs éléments contraires pouvait se produire une potentialisation permettant d’accéder à d’autres plans de la pensée, à la fois en gagnant la profondeur du corps et en cherchant la libération de l’esprit. C’est dans cet axe que j’orientai d’abord ma recherche, jusqu’au moment où je réalisai assez brutalement lors d’un séminaire que je ne pouvais envisager sérieusement d’étudier la pensée Sensible de manière scientifique, faute d’un socle théorique suffisant (cf. supra). Je devais adopter une autre stratégie pour entrer dans une investigation qui serait mieux étayée sur le plan scientifique, mais le deuil était douloureux. La voie de passage qui m’aida à négocier cette transition se dessina à travers l’exploration de nombreux axes et champs disciplinaires, ce qui m’amena à brosser un panorama solide du cadre théorique de ma recherche en parcourant la littérature depuis la philosophie et la phénoménologie, la psychologie et les neurosciences, jusqu’aux Sciences de l’Éducation. Je souhaitais appréhender la question de la pensée sous le plus grand nombre de facettes possibles dans une visée transdisciplinaire. Durant l’été 2013, mon objet de recherche connut une succession d’avatars, passant de la pensée du Sensible à la pensée créatrice du Sensible, avant de se stabiliser à l’automne 2013 autour du thème des formes de la pensée au cœur de l’expérience du Sensible. Ce glissement était important, car il réintroduisait la question de l’expérience, notion centrale en psychopédagogie perceptive, discipline-carrefour entre praxis et théorie qui repose sur l’expérience du corps Sensible (Bois, 2007 ; Bois & Austry, 2007), et s’inscrit dans le courant expérientiel et pragmatiste, dans le sillage d’un pédagogue comme Dewey par exemple. Pourtant, je ne mesurai pas alors toute sa portée, bien qu’une part de moi se sentît sécurisée. Je rencontrais en effet une période de difficultés, vécue comme une « traversée du désert » durant laquelle je suspendis ma réflexion jusqu’au séminaire suivant (février 2014). Cette période, reconnue a posteriori, comme un temps de latence, s’avéra celle d’une maturation qui me rendit moins sensible à certaines perturbations extérieures et contribua surtout, à bas bruit, au changement du statut de mon expérience fondatrice, ce qui me fit entrer vraiment dans ma recherche.

Changement de statut de mon expérience fondatrice et apparition d’une posture de chercheure

Le processus de sédimentation et de déploiement de mon expérience fondatrice se poursuivit et reste encore d’actualité. Bois (2007) a observé que « les témoignages des étudiants montrent que le lien avec une expérience extra-quotidienne fondatrice ne se perd pas avec le temps, voire même que cette expérience prend sens avec le temps. Le temps qui s’écoule peut très bien constituer un temps de latence fécond pour le sens à dégager de l’expérience. ». (p. 347). Pour ce qui me concerne, ce temps de latence a favorisé une intégration des contenus de vécu de mon expérience et un certain détachement qui me permet de l’analyser avec du recul. Cette expérience du Sensible a perdu à mes yeux une partie de ce côté extraordinaire qui avait provoqué chez moi un effet de sidération. Mon repositionnement, grâce à l’acquisition d’une posture de neutralité active[xi], m’a en effet conduite à envisager mon expérience sur un autre plan. Aujourd’hui, je la considère comme un cadre d’expérience, donc comme un instrument me permettant d’interroger comment le fait d’instaurer une relation Sensible à son corps peut favoriser le déclenchement de modalités autres de la pensée qui ne sont pas mobilisées explicitement ou peu par comparaison avec la pensée ordinaire, dans la vie quotidienne, les apprentissages scolaires, ou la recherche. Il s’agit donc pour moi de chercher à comprendre, à partir de mon expérience, comment un processus d’emboîtement ou d’enrichissement des modalités de la pensée peut s’opérer dans des conditions spécifiques et de qualifier/définir ces modalités.

 

Esquisse de ma méthodologie de recherche pour saisir et comprendre les facettes revêtues par la pensée au cœur de l’expérience du Sensible

L’idée s’est faite jour lors d’une introspection sensorielle, en trouvant la distance adéquate par rapport à mon expérience, qu’elle pouvait constituer un matériau de recherche. J’ai constaté que je pouvais en retirer un certain nombre de critères concernant la pensée au cœur de l’expérience du Sensible pour créer une grille de lecture à partir d’un référentiel personnel.

Au début, je n’envisageais pas d’utiliser mon vécu pour asseoir une méthodologie de recherche, car cela ne me semblait pas relever d’une démarche scientifique. En effet, par ma formation d’historienne, j’avais acquis une forme de réflexion et une méthodologie qui faisaient démarrer mon investigation par les concepts et idées générales à développer avant de les préciser par des idées secondes puis de descendre enfin vers l’exemple, c’est-à-dire au niveau de l’expérience. Cette démarche qui me faisait considérer d’abord l’universel pour aller vers le singulier se situait donc à l’opposé du paradigme du Sensible (Bois & Austry, 2007) qui part de l’expérience pratique et phénoménologique sur le mode du Sensible pour faire émerger des concepts et ensuite théoriser. Je n’avais pas bien intégré le fait que, dans une recherche qualitative, l’expérience comporte une haute valeur ajoutée et porte un sens universel entrelacé à des aspects singuliers. J’ai pris conscience de ce conflit cognitif qui m’empêchait d’accorder une valeur à mon expérience sur un plan scientifique en lisant les travaux d’une chercheure du Cerap (Lieutaud, 2012), elle-même confrontée à un changement de paradigme. Cela m’a aidée à opérer un réajustement quant à ma démarche et permis de construire une grille de lecture à partir des contenus de vécu de mon expérience. L’élaboration de cette grille participe donc d’une démarche heuristique marquée par ma subjectivité de chercheure, reconnue et assumée comme telle. Selon Craig (1978), la démarche heuristique « affirme et reconnaît la valeur du matériel et des documents qui prennent en compte les sentiments aussi bien que la pensée, le processus aussi bien que le contenu, les expériences aussi bien que les résultats, l’expression créatrice aussi bien qu’une présentation organisée ». (p. 44). Cette question de validité de mon expérience liée à sa singularité semblant résolue, une autre question se posait. Comment l’articuler, de manière pertinente, avec celle d’autres personnes pour chercher à comprendre et étudier la pensée à l’œuvre au cœur de l’expérience du Sensible, en évitant certains biais méthodologiques, en laissant aussi de l’espace pour qu’émergent des informations nouvelles ? Dans cette perspective, Il m’apparaissait que des questionnaires d’entretien de recherche auraient été peu pertinents, car j’aurais risqué de ne pas laisser d’ouverture suffisante au surgissement de l’imprévisible et de la nouveauté.

J’ai alors imaginé un dispositif à double étage en m’appuyant sur mon expérience pour mettre en œuvre ma méthodologie.

À un premier niveau, j’ai donc dégagé dans le récit de mon expérience, validant ainsi le passage de sa singularité à une généralisation possible en pensant par cas (Passeron & Revel, 2005), des éléments décisifs dans le déclenchement de manifestations liées à la pensée. Je souhaitais les mettre en relief afin de définir dans un premier temps des catégories descriptives permettant d’explorer avec une certaine acuité le thème de la pensée au cœur de l’expérience du Sensible. À un second niveau, le dispositif consisterait à produire mon corpus par une réutilisation de données qualitatives produites par des chercheurs en psychopédagogie perceptive. En effet, trois chercheurs du Cerap ont étudié dans leur thèse de doctorat des sujets proches du mien : ils portent respectivement sur la question de la transformation des représentations par l’instauration d’un rapport Sensible au corps chez l’adulte en formation ; sur  la création de sens au contact de l’expérience du Sensible ; et enfin, sur le développement d’une intelligence sensorielle à travers l’apprentissage du toucher manuel de relation sur le mode du Sensible.

Un tel dispositif méthodologique qui me conduirait à mener une recherche en analyse secondaire m’imposait, à l’évidence, une certaine vigilance sur le plan épistémologique. Cependant, l’homogénéité des données, constituées de quarante et un journaux au total, écrits, soit radicalement en première personne par une chercheure (Berger, 2009) ou bien à partir de consignes d’écriture données à des étudiants ou à des praticiens réflexifs (Bois, 2007 ; Bourhis, 2012), de même que la transparence dans les trois thèses du processus de production et de recueil des données, m’assuraient une garantie quant à leur qualité et à la faisabilité d’utiliser ces données secondaires pour répondre à ma question de recherche.

Il s’agirait donc d’y prélever toutes les informations concernant la pensée au cœur de l’expérience du Sensible et d’organiser mon corpus en menant une analyse classificatoire à partir des catégories a priori dégagées du récit de ma propre expérience, le but visé étant de favoriser l’émergence de nouvelles catégories selon une dynamique de recherche anticipation/émergence (Bois & Bourhis, 2010 ; Bois, Bourhis & Bothuyne, 2013).

Pour préciser les catégories a priori, il me fallait au préalable créer un nuage de mots, servant à les décliner en rubriques, voire en thèmes. Les repères ainsi constitués me fourniraient ensuite une aide précieuse pour collecter et organiser mes propres données, et serviraient de révélateurs pour déceler par contraste des informations non répertoriées dans ma grille, faute de les avoir rencontrées dans mon expérience.

Certains éléments de contexte semblaient avoir présidé aux phénomènes de renouvellement de ma pensée. Il me paraissait donc important de les souligner. La première concerne le cadre d’expérience, celui d’un examen, peu habituel, par rapport aux cadres d’expérience proposés en psychopédagogie perceptive (relation d’aide manuelle, relation d’aide gestuelle ou introspection sensorielle), qui sollicitent le sujet de manière non naturaliste, simultanément dans sa perception et sa cognition (Bois, 2007). Ici, le cadre différait : l’examen déclencha une réaction de stress très forte. Ce niveau de stress que, sur l’instant, j’avais jugé catastrophique par ma réaction de panique, sollicita en fait mes ressources internes : tonus élevé, sensation de chaleur véhiculant un sentiment de confiance, animation interne, notamment vasculaire et forme d’attention panoramique. Je peux donc considérer que la présence du stress et ses effets constituent un deuxième élément de contexte important dans mon expérience. En effet, il permit l’instauration d’un rapport étroit à mon intériorité corporelle qui accrut ma qualité de présence à moi-même tant sur le plan perceptif que cognitif et me fit accéder à un degré d’ouverture plus grand, c’est-à-dire plus profond. Je pus saisir davantage d’informations dans l’immédiateté[xii] de l’expérience qui se donnait sous la forme d’un contact avec un flux matiéré et continu en moi.

Les manifestations liées aux vécus de l’expérience du corps Sensible me donnèrent accès au mouvement de ma pensée dont j’ai pu sinon, comprendre la nature, du moins dégager certaines caractéristiques : une pensée ample, fluide, spontanée, immédiate, jaillissante, en amont de toute réflexion, fulgurante et porteuse d’évidence, prenant appui sur des vécus corporels, une pensée riche, dense, foisonnante, multidirectionnelle, une pensée juste et cohérente porteuse de nouveauté et d’imprévisible. Beaucoup de ces aspects ont déjà été mentionnés dans certains travaux du Cerap (cf. infra) mais n’ont pas encore étudiés sous l’angle que j’ai choisi.

Je voudrais aussi souligner que cette pensée au cœur de l’expérience du Sensible me paraissait résulter d’une articulation Perception/Corps/Pensée, du fait de cette sensation de globalité tant corporelle que psychique qui me procurait un sentiment de calme et de plénitude. Cette articulation entre la perception, le corps et la pensée me fit contacter un lieu d’émergence et entrevoir que ma pensée était vécue comme immanente. Elle me parut donc devoir constituer une catégorie importante pour interroger ce que d’autres personnes disent à ce propos.

Enfin, j’ai observé la dimension créatrice que ces modalités revêtaient pour moi au sein de l’expérience, me faisant rencontrer une dimension nouvelle de moi-même, des compétences insoupçonnées, et un renouvellement de ma pensée dans sa forme et à travers le changement de mes représentations liées à la cognition.

Les quatre grandes catégories dégagées me paraissaient constituer des axes essentiels à mettre en perspective dans mon mouvement théorique pour guider ensuite la collecte de mes données de recherche. J’avais donc formulé, pour que tous ces aspects y fussent englobés, ma question de recherche, de manière assez large, sous la forme suivante :

Quelles sont les modalités de la pensée à l’œuvre au cœur de l’expérience du Sensible ?

En ciblant ma formulation antérieure sur la nature de la pensée, je ne circonscrivais pas ma recherche aux seules caractéristiques concernant la pensée qui se donne au cœur de l’expérience du Sensible. Le terme de nature m’invitait à l’ouverture, mais il s’est avéré lui-même en définitive trop étroit. Ce qui m’intéresse, ce sont bien les modalités de la pensée, dans lesquelles j’englobe les conditions optimales d’émergence de cette pensée, les modalités d’articulation entre perception, corps et pensée et la dimension créatrice (croissance, renouvellement…) de cette forme de pensée repérable à travers ses effets sur le sujet qui la déploie. Je déduisis donc mes objectifs opérationnels à partir des quatre grandes catégories dégagées à partir de l’analyse de mon expérience et de quatre autres élaborées pour rendre compte de la structure dynamique de l’expérience du Sensible. Ils serviraient d’instruments et de référentiel[xiii] pour mener l’étude de tout ce qui a trait à la pensée au cœur de l’expérience du Sensible, en réutilisant en analyse secondaire des données qualitatives produites par d’autres chercheurs du Cerap pour leur thèse de doctorat.

J’ai décliné ces quatre objectifs de la manière suivante :

  • Identifier les conditions d’expérience du Sensible qui favorisent la mobilisation d’une forme de pensée particulière.
  • Définir les caractéristiques de la pensée qui se donne au cœur de l’expérience du Sensible.
  • Comprendre les modalités d’articulation entre perception, corps et pensée.
  • Évaluer la dimension créatrice de la pensée qui se donne et/ou se construit au cœur de l’expérience du Sensible.

 

Cela me permettra, je le souhaite, de dégager ce que sont les modalités de la pensée qui se donne dans l’expérience du Sensible, selon ces quatre dimensions qui s’entrelaceront avec d’autres catégories que j’ai déterminées pour rendre son importance à la notion d’expérience qui constitue une masse critique fondamentale de ma recherche. Il s’agit bien en effet de resituer les modalités de la pensée au cœur de l’expérience du Sensible, que je considère comme une structure dynamique au contact du Sensible. Par cœur de l’expérience, je veux signifier au-dedans de l’expérience, pendant l’expérience, c’est-à-dire simultanément, l’altération qu’elle implique et enfin la valeur créatrice de l’expérience, entrevue, à la fois sous l’angle du rapport de la singularité et de l’universalité, et en termes de croissance du sujet et surtout de l’être[xiv]. Ce référentiel constitue le deuxième étage du dispositif que j’ai imaginé dans cette recherche qualitative, compréhensive de sens et Sensible, où j’utilise dans un premier temps une démarche heuristique. Il s’agira donc d’articuler par ce référentiel/grille mon expérience avec la production de mes données de recherche au sein d’un chiasme processuel mettant en jeu singulier et universel à travers les étapes de la réciprocité actuante[xv]. Ce choix méthodologique signe clairement le changement de statut de mon expérience vécue et mon passage de sujet Sensible à sujet/chercheure du Sensible qui mène sa recherche depuis et par son corps Sensible[xvi].

 

[i] Par Sensible avec une majuscule, j’entends paradigme du Sensible (Bois & Austry, 2007). Le mot Sensible renvoie « aux phénomènes et processus  qui adviennent à la conscience d’un sujet quand celui-ci se met en lien avec son monde intérieur via un ressenti intime et profond de son corps» (Berger & Bois, 2011, p.118).

[ii] J’emprunte ce thème à F. Jullien, auteur d’un ouvrage sur Le détour et l’accès. Stratégies du sens en Chine, en Grèce.

[iii] Le terme « enquête » ne désigne pas la méthode de recueil de mes données, je l’utilise plutôt au sens du détective qui mène une enquête.

[iv] Bourhis & Bois (2010) présentent l’introspection sensorielle comme un « champ d’expérience privilégié pour amener l’apprenant à questionner, à comprendre et à tirer du sens de son expérience corporelle sur le mode du Sensible. » (p. 6)

[v] L’expérience extra-quotidienne en psychopédagogie perceptive est une expérience non naturaliste, c’est-à-dire que le cadre expérientiel est créé spécifiquement pour placer la personne hors de ses habitus perceptifs, moteurs, cognitifs et comportementaux et la faire accéder à des informations inédites sur elle-même qui vont l’interpeller et susciter curiosité et réflexion de sa part. Le lecteur pourra trouver des précisions in Bois (2007, p.75-76)

[vi] Les instruments auxquels je fais référence constituent aussi des cadres d’expérience en psychopédagogie perceptive, que ce soit la relation d’aide manuelle ou d’aide gestuelle ou encore la mobilisation introspective sensorielle.

[vii] Sur ce sentiment de « doublitude », cf. D. Austry (2007) qui l’évoque en référence au toucher et au corps entrevu sous deux points de vue au sein d’une unité avec les dimensions de corps objet et de corps vécu, i .e subjectif, mais aussi par rapport à l’expérience du Sensible dans laquelle les phénomènes sont à la fois sous la dépendance du sujet qui vit cette expérience et en dehors de sa volonté.

[viii] Ce terme désigne ici l’ensemble des éléments constitutifs du corps humain (peau, muscles, os, organes, sang…) perçus comme une matière indifférenciée et animée grâce à l’instauration d’un rapport à la subjectivité corporelle interne par une conversion de l’attention tournée vers l’intérieur du corps.

[ix] Il apparaît clairement ici que j’utilisais le mode de la réciprocité actuante (cf. Bourhis, 2007) en étant en lien étroit avec moi-même, le public l’était également avec lui-même et la relation qui s’était créée de matière à matière sur le mode du Sensible s’amplifiait de manière évolutive par le double mouvement évoqué. Je dois préciser que la prise de conscience que mon vécu expérientiel reposait en fait sur un concept central de la psychopédagogie perceptive a largement contribué à démystifier mon expérience à mes propres yeux.

[x] Sur les informations qui adviennent quand on se tient à la bordure du futur, c’est-à-dire dans le lieu de l’émergence au contact du Sensible, cf. D. Bois (2009)

[xi] Il s’agit de la posture du praticien dans toutes les actions qu’il réalise en psychopédagogie perceptive ; elle suppose un savoir-attendre, une suspension de toute attente et de toute connaissance pour laisser advenir des informations nouvelles. Pour le chercheur, cette posture passe par l’adoption d’une « distance de proximité » qui lui permet de bien se situer par rapport à son objet de recherche. Il se place ainsi dans une sorte de surplomb alors qu’il est en même temps fortement impliqué dans sa recherche par la résonance.

[xii] La thèse de Bois (2007) montre que « le caractère immédiat de l’expérience ne désigne plus strictement une notion temporelle mais plus précisément le contenu de l’expérience qui a été conscientisé au moment même où l’expérience a été faite. Ce contenu est dit ‘immédiat’ au sens où il a été saisi sur le moment de l’expérience – c’est donc la saisie qui est immédiate, davantage que l’expérience elle-même. »(p. 347).

[xiii]  Cf. la proposition de tableau à double entrée, probablement à parfaire à ce stade, qui me servira de référentiel pour repérer, collecter puis classer les informations prélevées pour produire et organiser mon propre verbatim. Les données produites seront réutilisées en analyse secondaire, selon le principe de la méta-analyse qualitative (Beaucher & Jutras, 2007).

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Ce tableau à double entrée traduit un double mouvement et un croisement entre l’analyse de la structure dynamique de l’expérience fondatrice et les catégories a priori dégagées de mon expérience fondatrice du Sensible par rapport aux modalités de la pensée qui se sont manifestées.

[xiv] Cf. Austry (2009, p.93-97)

[xv]  Berger & Austry (2013, p. 78).

[xvi] Berger ; Austry, & Lieutaud, (2013).

Béatrice Aumônier

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La revue "Réciprocités"

Cet article est issu de notre revue :

Numéro 9 - Spécial Doctorants du CERAP

Ce numéro est consacré à la publication de quatre articles écrits par des doctorants du Cerap et un article rapportant les résultats d’une recherche de master effectuée au sein du Cerap.

Au sommaire :

  • un article sur la genèse d’une recherche sur la pensée au coeur de l’expérience du Sensible (Béatrice Aumonier),
  • un article sur la mise au point méthdologique d'une étude quantitative d'un suivi de personnes obèses par des méthodes corporelles en milieu hospitalier (Isabelle Bertrand),
  • un autre sur la pertinence de la pédagogie perceptive pour le coaching des dirigeants d’entreprises d'après une revue de la littérature (Valérie Bohl)
  • et un dernier sur sur l’accompagnement de personnes en situation de transition professionnelle suite à un licenciement par la pédagogie perceptive (Hélène Marchand).

Un article supplémentaire est proposé par Ghislaine Bothuyne sur sa recherche de master et traite de l'expérience du cancer vécue en première personne.

Les annexes des articles sont rassemblées en fin de numéro