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La motivation immanente comme source de reconfiguration de la motivation intrinsèque et extrinsèque : Cheminement réflexif vers une esquisse de théorie

Motivation Immanente
Auteur(s) :

Valérie Bouchet - Docteure en sciences sociale de l'UFP, Psychopédagogue de la perception

Praticienne-chercheure en psychopédagogie de la perception

Présentation d'un cheminement de recherche autour de la motivation immanente ; réflexion entamée lors d'un Master intitulé : « Motivation immanente et Psychopédagogie perceptive » (Bouchet, 2006) et qui s’est déployée au cours de ces deux années de recherche de doctorat dans le cadre du Centre d’Etude et de Recherche Appliquées à la Psychopédagogie Perceptive (CERAP)

La motivation immanente est un des concepts clés des théories et pratiques du Sensible développés par D. Bois au sein du CERAP. J’entamerai donc ce projet en exposant, dans une première partie, tout le mouvement réflexif qui s’est donné à moi depuis mon Master jusqu’à mon Doctorat. Je poserai une première définition du concept de motivation immanente en me basant sur les résultats de mon Master ainsi que sur les dernières avancées qui se sont révélées au cours de ces deux dernières années de recherche. Dans un deuxième temps, je donnerai quelques repères théoriques sur la notion de motivation et plus particulièrement sur le concept de motivation immanente. Pour ce faire, j’approfondirai la notion du Sensible de D. Bois, source de la motivation immanente, en exposant trois de ses piliers fondamentaux : le sujet Sensible, le corps Sensible et la dimension du vivant.

Contextualisation

« Rien n'est plus insondable que le système de motivations derrière nos actions. » (Lichtenberg, 1997, p. 43)

Suite à trente années de réflexion depuis une approche expérientielle conceptualisée, D. Bois a décrit une nature particulière de motivation qui s’ancre non pas sur les pulsions ou besoins, ou encore sur les stimulations extérieures mais sur le rapport qu’un sujet installe avec sa propre subjectivité corporelle Sensible. Dans cette perspective, la motivation immanente peut être considérée comme une motivation intrinsèque qui s’origine depuis le lieu du Sensible, c'est-à-dire depuis un rapport de subjectivité de soi à soi et ne se livre qu’au sein d’une relation intime à soi, à son intériorité corporelle, immédiate et incarnée. Dans cette nature de présence totale à soi, la motivation immanente se donne à percevoir sous la forme d’un mouvement interne, porteur d’une force et d’un élan fondamental. « La motivation immanente est le principe même du vivant qui s’actualise dans l’incarné du corps » (Bois, 2011) . La motivation immanente est donc une motivation qui touche au plus profond l’individu en amont de toute volonté, de tout souhait, de toute réflexion, c’est une force, un élan de vie qui s’exprime au cœur de la matière du corps. « La motivation immanente est à la fois plus profonde et essentielle, nous dit Bois, c’est la motivation de vivre, de se percevoir, de se ressentir, d’être présent à son geste… et pourquoi pas d’être heureux. Celle-ci contrairement à d’autres, ne peut et ne doit pas être inconsciente, il s’agit au contraire d’un intérêt puissant accompagné d’une attention active et consciente. » (Bois, 2002, p. 64).

La question de l’unité entre le corps et le psychisme fut l’une des interrogations majeures dans ma vie, tant dans mon parcours de sportive, en tant qu’athlète et professeur d’éducation physique et sportive, que dans mon implication dans tous les aspects de ma vie. La motivation m’est rapidement apparue centrale dans le rapport corps-esprit, non seulement dans l’engagement physique sportif mais aussi dans tout acte de la vie pour peu qu’on la souhaite qualitative. Je la pressentais comme un lien très fort entre le « physique » et le « psychisme », et garante d’un certain goût dans la vie et aussi de la vie. Lorsque j’ai rencontré les travaux du Professeur D. Bois et de son équipe, autour du Sensible, « ce lieu de soi où s’unifient les séparations tranchées, corps esprit, sensation/pensée, subjectivité/objectivité, intériorité/extériorité, visible/invisible.» (Bois, Austry, 2007, p. 14), j’ai tout de suite été attirée et motivée à en savoir plus. Je me suis alors engagée dans la formation professionnelle en somato-psychopédagogie  et depuis, j’exerce et enseigne ce métier.

En travaillant depuis plus de dix ans, en relation avec la fibre sensible du corps humain, j’ai découvert toute une vie subjective riche et foisonnante dans l’intériorité du corps. Cette subjectivité corporelle s’offrait sous mes mains sous la forme d’un mouvement interne et de variations de tonalités que je vivais comme la source de la motivation à vivre. (Bois & Berger, 1999 ; Bois 2005, 2006, 2007 ; Berger, 2006, 2010, Courraud, 1999, Courraud-Bourhis, 2005, Leao, 2002). Cette dimension subjective a fait l’objet de nombreux articles, communications et travaux universitaires que je ne déploierai pas ici mais développerai amplement dans le champ théorique de ma thèse. (Bois, 2005, 2006, 2007 ; Humpich-Lefloch 2009, Bois, Austry 2009, Bois, Berger, 1989). En 2006, j’écrivais ce témoignage qui relatait ma surprise : « Dans le cadre de ma formation en somato-psychopédagogie , j’ai été amenée à vivre une expérience qui m’a touchée et profondément questionnée. Lors d’une pratique qui visait à développer mon rapport à un éprouvé corporel, j’ai été amenée à faire la découverte d’une force immanente en moi qui m’a mise en relation avec un fort sentiment d’existence. » (Bouchet, 2006, p. 5). Cette force immanente qu’il m’a été donné de vivre se révélait à ma conscience lorsque que j’entrais en rapport de réciprocité avec mon intériorité, tournée vers le dedans de moi-même ; l’intériorité étant considérée dans le cadre des pratiques du Sensible, comme lieu de subjectivité, lieu de profondeur, et lieu d’immanence (Bois, Austry, 2007, p. 15). La rencontre avec cette force immanente a été pour moi source de transformation profonde de mon rapport à mon corps dans un premier temps, de rapport à moi, aux autres et aux événements. Elle reste le support majeur de mon sentiment d’existence et de ce processus constant de déploiement de mes potentialités, mon ancrage profond dans une présence à moi sans cesse renouvelée, la motivation d’être vivante, et de désirer être vivante dans chacun de mes actes ou pensées. Ces expériences du Sensible furent la source de nombreuses réflexions : cela était-il lié à ma propre nature, à mon tempérament intrinsèquement motivé ou fondamentalement immanent au Sensible, ou bien né de la rencontre entre moi, en tant que sujet motivé et la force du rapport au Sensible ? Je tentai de répondre à ces questions en observant ma propre expérience personnelle et professionnelle. Cela m’amena à faire les constats suivants :

  • L’état de santé ou de bien-être d’une personne est en partie influencé par la force de la motivation et renforce en retour la motivation. La motivation, le bien-être et/ ou la santé sont donc en intime interrelation.
  • Au-delà de la motivation extrinsèque et intrinsèque (Deci & Ryan 1985, 1991, 2000, 2002) qui mobilise l’homme à faire ou être, il existe une motivation à Vivre.
  • Il y a des personnes qui sont portées plus ou moins par ce « vouloir vivre ».

Parmi ces trois constats, la motivation à « vouloir vivre » m’interpelle particulièrement car elle me semble porter ou être portée par la motivation immanente me conduisant à questionner la nature de la motivation qui mobilise « le vouloir vivre » et la possibilité de mobiliser cette faculté à travers une pédagogie ciblée sur la motivation immanente.

La force de mon expérience me montre que la rencontre avec le lieu du Sensible porte en elle une motivation profonde de « vouloir vivre » qui peut bouleverser une vie ou, selon mon sentiment, la remettre dans ses rails. J’ai la conviction que lorsque l’on rencontre la part Sensible de soi-même cela génère une motivation qui pousse au changement. Mes recherches sont nourries par cette conviction que je porte en moi et que je souhaite vérifier et mieux comprendre. Bien que mon Master m’ait permis de valider cette conviction intime, j’observais dans ma pratique professionnelle que certaines personnes, ayant vécu la rencontre avec le Sensible, ne semblaient pas, en apparence, avoir changé leurs comportements, leurs attitudes ou façons d’être. Cela était source d’incompréhension pour moi. Suite à une discussion avec mon directeur de recherche, je me suis rendue compte de ce qui posait problème dans ma recherche de Master : je n’avais pas suffisamment pris en compte la dimension de Sujet en tant que responsable de ses choix et de ses mises en action au contact de la motivation immanente. J’ai donc décidé de prolonger ma recherche sur le thème de la motivation immanente au sein du laboratoire de recherche du C.E.R.A.P, en l’articulant plus spécialement avec la mise en action du sujet. Mon Master m’a permis d’approfondir la connaissance de la nature de la motivation immanente, cependant il ne me permettait pas de savoir à partir de quand une expérience vécue et corporéisée prenait le statut de motivation pour une personne. Je n’étais pas en mesure de cerner le processus de transfert à l’œuvre entre une tonalité interne incarnée et la mise en action de soi, ni l’impact de cette dernière sur la reconfiguration des motivations intrinsèques et extrinsèques.

A la lumière de ce tout nouveau regard dans lequel le Sujet, au contact du principe du vivant, prenait toute sa dimension, j’ai réaxé ma recherche de Doctorat et choisi de la centrer sur « La motivation immanente comme mise en action de soi » donnant lieu à la question de recherche suivante : En quoi et comment la motivation immanente participe-t-elle à la reconfiguration des motivations intrinsèques et extrinsèques ? A travers cette question de recherche, je poursuis trois objectifs principaux : approfondir les contours de la motivation immanente, identifier le processus de reconfiguration des motivations intrinsèques et extrinsèques et clarifier le processus de transfert entre la motivation immanente et la mise en action de soi.

Esquisse de la motivation immanente dans ma recherche de Master

•    Atmosphère réflexive

Je découvrais dans les pratiques du Sensible une motivation s’appuyant sur un éprouvé corporel particulier dont je ne trouvais aucune mention dans la littérature. Cela m’a conduit à entamer une recherche de Master en psychopédagogie perceptive dans l’objectif de mieux cerner les contours de cette motivation. Ma question de recherche se formulait ainsi : en quoi et comment un éprouvé corporel peut-il être source de motivation ? (Bouchet, 2006). Je ne trouvais dans la littérature scientifique, à l’exception des articles sur le Sensible, aucune mention d’un éprouvé corporel source de motivation. Cependant, le modèle de Deci et Ryan (1985-2002) m’a amené à questionner le degré de l’autodétermination mise en jeu dans la motivation immanente. Ces auteurs postulent, en effet, qu’ « il existe différentes formes de motivations qui se différencient par leur degré d’autodétermination c'est-à-dire le degré avec lequel une activité est faite avec un sentiment de libre choix et de cohérence interne. » (2010/2, Staps, n° 88, p. 9). Selon eux, tout être humain s’engage dans une activité pour développer son potentiel humain, en cherchant à satisfaire trois besoins psychologiques de base : le besoin de compétence, d’autonomie et d’appartenance sociale (Deci & Ryan, 2000, 2002). Ils décrivent trois grands types de motivations organisées selon un continuum d’autodétermination, allant du plus autodéterminé au moins autodéterminé ; la motivation intrinsèque, la motivation la plus autodéterminée, valide le fait que la personne s’implique dans une activité pour l’intérêt de l’activité en elle-même et pour le plaisir et la satisfaction qu’elle en retire ; la motivation extrinsèque se réfère aux motivations s’appuyant sur des motifs d’engagement externes et l’a-motivation se caractérise par « l’absence de toute motivation chez l’individu » (Deci & Ryan, 2000, p. 6), dans cette dernière, la personne ne perçoit pas ou plus de lien entre ses actes et les conséquences de ses actes.

Cette théorie suscitait une réflexion profonde sur les liens entre la motivation immanente et l’autodétermination. Je me trouvais alors face à deux éventualités, soit la motivation immanente participe à l’auto-détermination en créant un nouveau besoin, celui du « vouloir vivre », soit l’auto-détermination devient nécessaire à la mobilisation de la motivation immanente pour entrer dans l’action. La prise de conscience de cette double éventualité m’invitait à questionner le degré d’auto-détermination mis à l’œuvre dans la motivation immanente et son impact sur la reconfiguration de la motivation intrinsèque et extrinsèque ainsi que sur les enjeux et interactions du sujet avec ces motivations. Je reconnaissais la motivation immanente comme une motivation intrinsèque mais je faisais l’expérience qu’elle ne s’originait ni des besoins psychologiques, ni de mes propres valeurs internes, ni des pressions ou besoins extérieurs, mais depuis un éprouvé corporel émanant du rapport au Sensible. Cette particularité m’interpellait profondément. Je la décrivais dans mon mémoire de Master en ces mots : « Le rapport intime avec cette force interne me permettait de découvrir sans danger, dans une grande qualité de douceur, une part de moi que je ne connaissais pas. Je me découvrais en train de ressentir, de penser, d’agir, capable d’une meilleure clarté dans mon rapport à moi, mais aussi capable d’une meilleure perception de mes modes comportementaux. Cela influençait mes choix dans mes actions vis-à-vis de moi-même, de l’extérieur et vis-à-vis des autres. Cette force interne (…) m’offrait l’envie d’être encore plus présente, encore plus consciente, l’envie d’expérimenter ces nouveautés, de vivre en accord avec cette présence qui m’animait et me touchait au plus profond de mon corps, l’envie d’être là tout simplement. » (Bouchet, 2006, p. 5).

•    Résultat de ma recherche de Master : 1ère définition de la motivation immanente

Ma recherche de Master m’a permis d’approfondir la définition de la motivation immanente ainsi que ses caractéristiques sur la base de l’analyse qualitative de douze entretiens réalisés auprès de personnes ayant vécu le mouvement interne, ainsi que sur le journal de pratique d’une débutante lors de sa première année de pratique. L’analyse de ces entretiens montre que la motivation mise à l’œuvre dans la relation à soi sur le mode du Sensible est de nature immanente dans le sens qu’elle s’origine depuis l’intériorité du corps Sensible ; elle se donne à vivre depuis un vécu intérieur dont le sujet est la cause. Par ailleurs, cette motivation se donne à percevoir lorsqu’un sujet installe un rapport de subjectivité et de réciprocité avec sa propre matière corporelle. Elle est dite immanente parce qu’elle ne provient ni de pressions ou besoins extérieurs (motivations extrinsèques), ni des désirs ou valeurs internes de la personne (motivations intrinsèques), mais d’informations corporelles internes provenant des contenus de vécus du Sensible. Enfin, mon étude montre qu’au contact de l’expérience du Sensible se met en jeu chez la personne tout un processus de reconfiguration de ses motivations, soit progressivement, sur du court ou long terme, soit sous la forme d’une évidence qui révolutionne d’anciens points de vue, manières d’être à soi ou au monde. Il apparaît évident que la rencontre avec la part Sensible de soi-même est parfois si bouleversante que les personnes entament tout un processus de transformation basé sur leur rapport au Sensible. Il devient alors leur référentiel de vie c'est-à-dire un « informateur » interne constant sur lequel elles s’appuient pour être, devenir, penser et agir.

En conclusion, ma recherche m’a permis de dégager six caractéristiques de la motivation immanente :

  • Elle nécessite une mise en mouvement de soi et à partir de soi ;
  • Elle nécessite un sujet conscient, percevant et impliqué ;
  • Elle s’origine depuis l’intériorité du corps Sensible ;
  • Elle est mue par une force intérieure ;
  • Elle mobilise un « vouloir-vivre » ;
  • Elle offre des indicateurs internes à la mise en action.

Approfondissement du concept de motivation immanente à travers ma recherche doctorale

•    Mouvement de problématisation

Comme nous l’avons résumé, mon Mestrado m’a permis d’avoir une meilleure connaissance de la motivation immanente et du vécu des personnes qui se sont transformées en relation avec cette nature de motivation. Cependant, dans ma pratique professionnelle, je me suis retrouvée dans une impasse : je savais accompagner les personnes à rencontrer la part sensible à l’intérieur d’elles-mêmes mais je ne savais pas les aider à la déployer jusque dans la mise en action ; je n’avais pas trouvé les moyens de les mettre en relation avec cette force de transformation mue par la motivation immanente. Je faisais le constat que le vécu de la motivation immanente en soi ne présageait pas nécessairement d’une mise en action du sujet à la mesure de l’intensité de ce vécu. Mes constats allaient plus loin encore. Je découvrais avec une totale incompréhension que, ce qui était pour moi et pour certains, une force de propulsion et de soutien d’action pouvait devenir pour d’autres une tendance à la passivité. Je repérais que bon nombre d’entre eux venaient régulièrement en séance pour se replonger dans l’état qu’ils affectionnaient en relation avec le lieu du Sensible, mais ne l’utilisaient pas dans une démarche de prise en charge personnelle. Bien que désirant fortement l’autonomie de mes patients, je m’apercevais que le bonheur, la force et le goût de la rencontre avec le lieu du Sensible au lieu de provoquer en eux un désir de mise en action et d’actualisation de leurs potentialités nouvellement révélées, pouvait déclencher un état de passivité ou bien les mettaient en rapport avec une incapacité d’action en relation avec leur vécu. Il me fallait trouver un accompagnement capable d’actualiser la motivation immanente dans la mise en action du sujet.

Ce constat, qui fut une profonde remise en question pour moi, a très largement participé à mon désir d’approfondir le sujet dans ma recherche de doctorat afin de mieux cerner ce phénomène. Au cours de ces deux années de doctorat, j’ai réalisé un renversement de point de vue sur la motivation immanente. Suite à une discussion avec le professeur D. Bois, directeur du laboratoire, et toute l’équipe de co-chercheurs, il m’est apparu clairement un angle nouveau de compréhension. Je me suis rendu compte du malentendu qui était à l’origine du mon incapacité à mettre en pratique le concept de la motivation immanente. J’avais un a priori s’appuyant sur ma propre expérience, qu’il suffisait de mettre les personnes en contact avec cette force interne provenant du lieu du Sensible, de les aider à déployer leur vécu, de les accompagner dans la mise en sens de ce vécu, pour qu’ensuite la mise en action se fasse dans la continuité de cet élan mis en sens. Je me suis rendu compte que je n’avais pas suffisamment pris en compte la dimension de Sujet en tant que responsable de ses choix et prises de décisions dans ce processus. Je notais que la difficulté du passage à l’action du Sujet au contact de l’élan du Sensible n’était pas nécessairement liée un défaut de puissance de cet élan mais à un défaut d’autodétermination de la personne. Il ne suffit pas seulement de percevoir une motivation immanente pour qu’il y ait mise en action de soi, mais il faut déployer une autodétermination capable de faire le relais entre la motivation immanente et les motivations intrinsèques et extrinsèques de la personne. Dans cette perspective, l’autodétermination du Sensible (besoin du « vouloir-vivre ») devient le moteur pour la personne qui se retrouve à faire une expérience d’elle-même si concernante et si touchante qu’elle désire se mettre en action pour conserver cet état dans sa vie voir même être le plus possible dans cet état de proximité avec elle-même, dans sa vie.

Ce nouveau point de vue me demande d’explorer de façon majeure la notion de Sujet dans sa mise en action au contact de la motivation immanente. Ce thème m’apparaît être central dans ma recherche. En effet, il n’existe pas de mise en action sans un sujet qui agit et fait le choix d’agir. Mais de quelle nature de sujet parle-t-on ? S’agit-il du sujet objectif qui se caractérise par ses capacités d’autonomisation, ses capacités de prise de décision, d’action ? S’agit-il du sujet subjectif qui prend en compte sa subjectivité c'est-à-dire tout ce qui ne se donne pas à voir, sa sphère intime, ses processus de pensées, sa vie privée ou alors du sujet Sensible qui pose ses actions, ses prises de décision autant sur sa réflexion que sur son ressenti Sensible ?

Au cours des ces deux années de recherche, j’ai mis à jour un autre de mes a priori qui était à l’origine de mon incapacité d’accompagnement de la motivation immanente. Je ne validais la mise en action depuis le lieu du Sensible que dans ses manifestations visibles extérieures c'est-à-dire dans des changements qui se donnaient à voir dans une transformation de comportement soit dans un rapport nouveau au quotidien ou dans la relation aux autres ou aux événements, comme si l’aspect visible des transformations avaient plus de valeur qu’un changement profond en soi et de soi. La motivation immanente met en jeu, en effet, un changement beaucoup plus profond qui se donne dans un premier temps dans la sphère de l’intimité ; un changement existentiel dans lequel se joue la question du sens profond de la vie, de soi en vie, de soi vivant. « La motivation immanente n’a pas pour vocation de s’expatrier vers l’extérieur » (Bois, 2011) , elle est tout d’abord mise en mouvement de soi, changement de soi dans son intime. Elle doit être prise en relais par les motivations de la personne qui la vit pour prendre forme dans l’extérieur et s’incarner dans la mise en action. Cet aspect m’oriente différemment dans ma recherche doctorale. Je serai amenée à questionner l’articulation entre les transformations de soi « provoquées » par une rencontre passive avec la force du principe du vivant en soi et les transformations de soi prises en relais de façon active par la personne. En effet, le principe du Vivant porte en lui une force d’autorégulation qui s’exprime au cœur de la matière du corps sous la forme du mouvement interne et qui met en mouvement la personne. Au contact de ce mouvement interne, la personne change, « face à l’intensité de cette expérience, la pensée change de cap et se livre à tout un processus de transformation » (Bois, 2002, p. 66) cependant ce changement reste éphémère s’il n’est pas pris en relais par la personne. Il existe donc une force de transformation interne non intentionnelle qui participe à la transformation de la personne, la question qui se pose reste donc celle de l’articulation entre ces deux forces, celle du mouvement interne et celle de la personne ou en d’autres termes, l’articulation entre la motivation immanente et la motivation intrinsèque ou extrinsèque de la personne. Le processus m’apparaît complexe et stimule ma recherche : le Sensible devient donc autant une source de motivation en tant lieu duquel s’origine d’une force immanente qui pousse le sujet à se transformer, qu’objet de motivation pour le sujet, soit parce qu’il souhaite retrouver l’état qu’il affectionne, soit parce qu’il souhaite se maintenir de façon plus pérenne dans le lieu du Sensible.

Dans ma recherche de doctorat, je serai donc amenée à approfondir les notions de motivation et de mise en action de soi c'est-à-dire de Sujet. En effet, il ne peut y avoir de mise en action de soi sans la présence d’un Sujet qui choisit de se mettre en action. J’ai choisi de présenter dans cet article quelques repères théoriques sur le concept de motivation classiquement admise et quelques repères théoriques sur le concept de la motivation immanente, qui mettent en scène le sujet Sensible, le corps Sensible et le principe du Vivant. Ces deux champs théoriques seront traités de façon exhaustive dans ma thèse.

•    Quelques repères théoriques sur le concept de motivation : motivation intrinsèque, extrinsèque, autodétermination

L’ambition de cette partie n’est pas de réaliser une synthèse exhaustive de tous les points de vue sur la motivation d’autant plus qu’à l’heure actuelle, « il n’existe pas de théorie à même de rendre compte de l’ensemble des phénomènes dits motivationnels. » (Fenouillet, 2003, p. 8), mais plutôt d’apporter des éléments de réflexion autour du concept de motivation afin de mieux cerner celui de la motivation immanente. Nous verrons que la notion de motivation apparaît plus complexe qu’il n’y parait au prime abord. Cerner le domaine de la motivation et rassembler les points de vue ne sont pas choses faciles. J. Nuttin nous exprimait déjà, en 1980, la diversité des attraits suscités par cette question. « Considérée par certains comme une notion superflue, destinée à disparaître du vocabulaire de la psychologie expérimentale, la motivation se présente à d’autres comme le thème principal de la psychologie, clé même de la compréhension de la conduite. On constate à la base de ce désaccord une diversité de points de vue qui font de la motivation une notion très confuse. » (Nuttin, 1980, p. 25).

Qu’est-ce que la motivation ?

Depuis tout temps, l’homme s’est interrogé sur les motifs de ses actes, sur les processus qui mènent à une prise de décision, à faire un choix. Questionner ce qui pousse l’homme à être ce qu’il est et à agir revient à tenter de mieux comprendre le mystère de l’homme et de sa singularité. Diverses approches scientifiques ou philosophiques ont tenté d’éclaircir ce mystère et bien que nombreuses modélisations des processus motivationnels aient été proposées, le concept de la motivation garde encore une grande part de ses secrets. Le terme motivation, nous dit F. Fenouillet, « recèle une part de mystère qui l’empêche de totalement sortir de l’ombre. La motivation est employée pour masquer un vide. Cette utilisation par défaut en fait un terme vague, fuyant le regard qui croyait facilement le saisir. Un grand blanc et une terminologie assez floue et ambiguë ne manquent jamais de suivre la question : pouvez vous me dire ce qu’est la motivation ? » (Fenouillet, 2003, p. 1). Le concept de la motivation humaine a été inégalement traité au cours de l’histoire. Tantôt il a été contesté dans sa validité scientifique au regard du flou qui l’entoure et de la multitude de notions qu’il recouvre (pulsions inconscientes, appétit, désir, volonté, besoins…), tantôt il apparaît comme incontournable et fondateur de l’agissement humain. Pour certains, c’est un concept créé de toutes pièces pour nommer tout un ensemble de processus, un « construit hypothétique » qui mérite qu’on s’y attache (Vallerand et Thill, 1993), pour d’autres, au vu de sa complexité et de sa subjectivité, il ne mérite même pas de faire partie des préoccupations scientifiques. Ce trouble qui entoure le concept de la motivation vient du fait qu’il est complexe à appréhender et à modéliser, il questionne en effet la nature singulière de chaque être humain, et ouvre le débat fondamental de ce que signifie « être » Humain et être Sujet dans sa vie c'est-à-dire libre de ses choix. Interroger la motivation revient donc à se demander quelles sont les racines profondes de ce qui pousse l’homme à exister en tant qu’homme dans sa vie, et à agir en relation avec le monde extérieur. Domaine éminemment philosophique et spirituel, dont la science s’est longtemps gardé d’en explorer les contours, le sujet étant considéré trop subjectif et difficilement quantifiable. C’est ce qui fait dire à R. Vallerand et E. Thill que : « l’étude de la motivation est l’un des domaines les plus fascinants et les plus complexes de la psychologie. Ce thème se révèle captivant parce que les êtres humains veulent savoir pourquoi ils se conduisent comme ils le font et quels sont les processus qui règlent leurs actes ainsi que ceux d’autrui. » (Vallerand & Thill, 1993, p. V)

Nous pouvons cependant entamer cette entreprise en commençant dans un premier temps, par dénoncer les lieux communs liés à la motivation et « tordre le cou aux idées reçues ». Pour H. Legrain, « la motivation n’est, bien sûr, pas un trait de personnalité et dépend avant tout de ce que la personne va vivre. » (Legrain, 2003, p. 29) Il ajoute, plus loin que « finalement, la motivation (…) ne peut être considérée au sens strict comme une valeur, même si les valeurs jouent un rôle dans la persévérance. » (Ibid., p. 41). La motivation n’est donc ni un trait de personnalité, ni une valeur en soi, ni un état ou encore une faculté soumise à la volonté de la personne. La motivation n’est pas non plus une aptitude qui serait donnée à la naissance, ou encore un don que certaines personnes possèderaient contrairement à d’autres. C. Levy-Leboyer, psychologue du travail et spécialiste de la motivation depuis plusieurs dizaines d’années, va dans ce sens lorsqu’elle insiste sur le fait que « la motivation n’est pas un état stable, mais un processus, toujours remis en question, qui se déroule dans le temps, se renouvelle et s’ajuste en fonction de ce que vit la personne. » (Levy-Leboyer, 1999, pp. 20-23). Le petit Larousse illustré la définit comme « une poussée à agir ». Se manifestant habituellement par le déploiement d'une énergie (sous divers aspects tels que l'enthousiasme, l'assiduité, la persévérance), la motivation est trivialement assimilée à une « réserve d'énergie ». Cette première acception met l’accent sur un principe de force qui stimule le sujet à agir, et sous-entend que la motivation se situe à l’interface entre une énergie (reste à définir quelle est la nature de cette énergie) et un sujet qui agit. L’encyclopédie libre Wikipédia pousse plus loin dans sa définition : « Plus qu'une forme d'énergie potentielle, nous dit-elle, la motivation est une instance d'intégration et de régulation d'une multitude de paramètres relatifs aux opportunités d'un environnement et aux sollicitations d'une situation. ». Nous voyons donc que la motivation ne se limite pas seulement à une énergie, mais se révèle être tout un processus qui prend en compte le sujet en relation avec le monde qu’il l’entoure dans une situation donnée. La motivation est indissociable de la valeur et du sens que l’individu donne aux choses.

Mais qu’est-ce donc la motivation ? A l’origine du concept de la motivation, en 1930, E. Dichter et L. Cheskin nous offraient une première définition. La motivation était pour eux l’ensemble des facteurs irrationnels et inconscients des conduites humaines (décrit par Muchielli, 1981, p. 4). Vallerand et Thill, deux éminents psychologues contemporains  nous livrent une définition plus approfondie. Pour ces auteurs, la motivation est « un construit hypothétique utilisé pour décrire les forces internes et externes produisant le déclenchement, la direction, l’intensité et la persistance du comportement. » (Vallerand et Thill, 1993, p. 18). Cette définition reste générale mais a le mérite d’apporter un consensus autour de ce concept difficile à cerner. Nous apprenons donc que la motivation ne désigne ni un état ou une faculté, ni une substance particulière mais définit un ensemble de phénomènes ayant trait à la force d’engagement et de persistance de l’humain dans ses conduites. Il n’existe donc pas une motivation mais plusieurs processus motivationnels, « c’est pour cette raison que les psychologues parlent aujourd’hui plus volontiers de « facteurs motivationnels », de « capacités conatives », pour désigner l’ensemble hétéroclite de ces variables qui influencent l’engagement et la persévérance des conduites. » (Legrain, 2003, p. 16).

Nous voyons déjà poindre par ces quelques définitions la complexité du concept de motivation, ainsi que la raison de la multitude d’approches tentant de clarifier ce concept. Il n’existe pas une seule vérité sur la motivation, mais une multitude de réflexions, d’approches décrivant un domaine particulier, une orientation spécifique, un angle d’ « attaque » privilégié nous offrant une vue particulière sur la motivation. Il faut donc se rendre à l’évidence, comme nous l’intime F. Fenouillet (2003, p. 8), qu’« il n’est pas possible de définir exactement et simplement ce qu’est la motivation (…) ». Retenons alors que derrière le terme de la motivation se cachent tous les ressorts qui poussent les individus à agir, à penser, à exister et qu’il contient aussi l’immense espoir de comprendre les mécanismes qui font que certaines personnes réussissent et s’engagent dans leur vie alors que d’autres, mus par la meilleure volonté du monde, échouent. L’enjeu est de taille… « Comprendre le sens des comportements d’un sujet, nous dit J. Nuttin, c’est comprendre le sujet lui-même. » (Nuttin, 1980, p. 126).

Une des caractéristiques mise en évidence dans ces différentes définitions m’intéresse tout particulièrement pour ma recherche : elles font mention d’un principe de force, « forces internes et externes », qui conditionne le comportement de l’individu, l’engage et le maintient dans une persévérance pour atteindre son but. Je m’interroge sur le lieu d’émergence de ce principe de force. Peut-il y avoir manifestation d’une force qui meut l’individu sans l’intermédiaire d’une matière, d’un corps qui puisse recevoir et exprimer cette force ? Quelle est l’origine de cette force ? Dans mon expérience en somato-psychopédagogie, il m’est apparu, sous la forme d’une évidence, qu’un principe de force émergeait depuis la profondeur de mon corps, se donnait à ma perception sous la forme d’un mouvement interne et avait un fort impact sur ma motivation à vivre. Nous verrons plus loin que ce principe de force et le mouvement interne sont deux caractéristiques principales de la motivation immanente.

Pourquoi agissons-nous ?

Longtemps cette question est restée du domaine de la philosophie. Pour Platon, l’âme humaine se compose d’une partie rationnelle et d’une partie pulsionnelle. Seule la raison permet à l’être humain d’agir sans succomber à ses passions, ce qui le distingue fondamentalement de l’animal soumis à ses pulsions. Pour les théories rationalistes en filiation avec la pensée de Socrate et Platon, la raison de l’action humaine s’ancre dans l’intellect et la volonté. Cette pensée est fondamentale car elle distingue l’homme de l’animal par sa capacité à faire des choix, à s’appuyer sur sa rationalité ; l’animal étant lui soumis à des forces internes qui le conditionnent comme une marionnette obéissant à son manipulateur. Un tournant dans les conceptions de la motivation s’est opéré suite à la publication du livre de C. Darwin en 1859, The Origin of Species. « En créant une filiation entre l’homme et l’animal, les travaux de Darwin ont rendu possible l’étude scientifique du comportement humain, admettant en filigrane qu’il est soumis au même déterminisme et donc aux mêmes explications que celles qui prévalent pour l’animal. (…) Ainsi, les causes véritablement à l’origine de notre action ne seraient pas à chercher dans le raisonnement mais dans cette organisation biologique que nous avons en commun avec l’animal. » (Fenouillet, 2009, p. 311). Apparaît donc dans les conceptions de la motivation humaine, le corps comme source de motivation. L’être humain en tant qu’être biologique est soumis aux mêmes influences que l’animal, il est influencé par ses instincts biologiques. Les instincts se définissent par un ancrage dans un niveau biologique profond, c’est « ce qui nous reste de notre animalité » (Muchielli, 1981, p. 19), ils sont innés, incontrôlables et demandent des conditions particulières pour être déclenchés. « Un comportement instinctif est donc un comportement relativement stéréotypé, commun à toute espèce animale susceptible d’une faible adaptation sinon d’aucune et qui se déclenche de manière automatique (…) lorsqu’il rencontre un signal déclencheur. » (Muchielli, 1981, p. 23). W. James fut le premier à apporter une nuance à la notion d’instinct de C. Darwin, en soulignant que pour lui, ces derniers n’étaient « pas toujours aveugles, ni invariables » (James, 1892, p. 361) mais qu’ils pouvaient être orientés vers des objectifs. « On entend généralement par instinct, nous dit-il, une activité qui réalise des fins sans les prévoir, grâce à une coordination d'actes qui n'est pas le résultat de l'éducation. » (Ibid., p. 361.) Le concept d’instinct a progressivement été abandonné pour être principalement orienté vers les recherches sur le comportement animal. Il eut cependant le mérite d’ouvrir la voie vers une réflexion sur la motivation englobant les manifestations du corps. La notion de pulsion de Freud se rapproche de la notion d’instinct. Pour lui, ce sont bien les pulsions inconscientes qui constituent « la cause ultime de toute activité » (Cité par Fenouillet, 2009, p. 312). Le point de vue de la psychanalyse basée sur les théories freudienne, place les pulsions du corps au centre de la motivation cependant leur caractère inconscient les rend difficilement accessibles sans médiation spécifique. « La caractéristique de l’approche psychanalytique du corps est, rompant avec le point de vue du biologiste, de n’envisager ce corps que comme un fantasme produit par l’imaginaire. » (Bernard, 1995, p. 80, cité par Berger 2009, p. 106)

Pour se différencier de la notion de pulsions ou d’instincts de nombreux auteurs ont préféré la notion de besoins pour expliquer les sources de la motivation humaine. H. Piéron (1935), H. Murray (1938) avec son concept de « besoins manifestes», A. H. Maslow (1954) et sa pyramide des besoins, E. L. Deci et R. M. Ryan (2002) préfèrent le concept de besoins psychologiques pour les différencier des besoins biologiques, et pour A. Muchielli, le besoin est « un état de tension insatisfaisant lié à une nécessité existentielle. » (Muchielli, 1981, p. 25). Cet état de tension insatisfaisant des besoins et le désir de combler ces derniers sont des moteurs puissants de motivation et de mise en action. La force de motivation des besoins s’origine, en effet, depuis l’urgence vitale de combler un manque, soit dans un objectif de faire perdurer l’espèce, soit pour maintenir une intégrité physique, psychique ou sociale, soit pour se défendre d’une menace. Il se définit par trois caractéristiques principales : il renvoie à « l’idée d’une nécessité vitale, à l’idée de tension qui cherche la satisfaction qui apportera un retour à l’équilibre, à l’idée de catégorie spécifique d’objets satisfacteurs vers laquelle est orienté la tension » (Muchielli, 1981, p. 23). Le besoin se caractérise donc par un appel à combler un manque et par la recherche des objets qui tendront à le satisfaire. Cette force qui pousse l’être humain à satisfaire sa soif d’être et à tendre vers le meilleur, Spinoza, philosophe du 17ème siècle, le nomme le Conatus qu’il définit comme cette « force qui fait persévérer les choses dans leur être » (Spinoza, 1663, p. 6). D’autres philosophes comme P. Ricoeur insistent plus sur la notion d’appétit inhérente à la notion de besoins. « Le vivant, nous dit-il, tend à s’approprier et à assimiler des choses ou des êtres qui complètent son existence, et (…) dans la fonction de défense, il tend à repousser de soi, ce qui menace son existence. » (Ricoeur, 2009, p. 121). Nous retrouvons cette dimension dans le point de vue de R. Misrahi qui préfère la notion de Désir comme base de « la jouissance d’être » (2009). « Nous appellerons Désir (avec une majuscule), nous dit-il, ce mouvement affectif global par lequel s’opère l’individuation de l’individu. Il ne s’agit ni d’une faculté, ni d’une transcendance, ni d’une instance métaphysique, mais de l’individu tout entier (…) qui à travers la vie et l’activité, le porte vers ses buts et sa vie. Les désirs ne sont que la spécification du Désir. » (Misrahi, 2009, p. 72).

Sans en avoir fait le tour, bien sûr, nous voyons que de nombreux points de vue existent sur la source ou les sources des processus motivationnels. Ce qui me semble important de retenir, au-delà des différents angles conceptuels, est le fait que les instincts, les pulsions inconscientes ou encore les différentes natures de besoins nous montrent qu’il existe un fort substratum corporel à la motivation. Je rejoins totalement la pensée de F. Fenouillet pour qui « la motivation est un phénomène à la fois d’origine interne et biologique » (Fenouillet, 2009, p. 313). Il ne fait aucun doute que depuis cet ancrage corporel, la motivation offre un pont entre l’univers somatique et l’univers psychologique de la personne qui la vit. Cependant, prôner un retour au corps pour accéder et interroger ses propres motivations, dans une société tournée principalement vers l’extériorité est défi de premier ordre. En effet, « un constat de départ s’impose, nous disent M. Humpich et D. Bois, ‘l’homme vit chaque jour dans la proximité d’un corps qu’il ne connaît pas’. Il est en effet flagrant de constater la prédominance attentionnelle de nos apprenants vers la dimension d’extériorité, et quand l’attention se tourne vers des ‘objets internes’, c’est en général vers les émotions ou les pensées, bien davantage que vers les perceptions liées en propre au rapport au corps et au mouvement. » (Humpich, Bois, 2007, p. 82). Bien qu’« éprouver soit toujours plus que comprendre. » (Ricoeur, 2009, p. 118), il existe un fossé entre comprendre ce phénomène de façon rationnelle et entrer en rapport de perception avec ce principe d’existence incarné dans sa matière corporelle, source de motivation à exister. Ce défi, c’est ce que propose D. Bois de relever. « Proposer un retour au corps peut paraître surprenant, nous dit-il, dans un monde qui privilégie le retour à soi par le bais essentiellement verbal. C’est pourtant un fait indéniable : lorsque l’attention se porte sur le corps, elle éveille miraculeusement les fibres sensibles de la matière. Cette rencontre, dont l’enjeu se fait au coeur du corps, offre à vivre un nouveau goût de la vie, souvent inédit. » (Bois, 2002, p. 66). Ce nouveau goût de la vie, ce principe du Vivant en soi, j’ai eu la chance de le vivre dans les pratiques du Sensible ; il a été pour moi fondateur et source de profonde de motivation pour ma vie. Il me questionne encore profondément et reste l’ancrage principal de ma recherche.

•    Quelques repères théoriques sur le concept de la motivation immanente : Sujet Sensible, corps Sensible et principe du Vivant

Le sujet Sensible

Tout d’abord, sans rentrer dans les controverses philosophiques dans ce domaine, tentons de définir succinctement ce que nous entendons par la notion de Sujet . Le terme sujet recouvre chez l’homme, nous dit A. Renaut, « une double capacité : celle d’être conscient de lui-même (l’auto-réflexion) et celle de fonder son propre destin (l’auto-fondation). » (Renaut, 2006, p. 1139). En d’autres termes le Sujet se définit par son aptitude à être conscient, responsable de ses pensées et de ses actes. Nous voyons apparaître dans cette définition deux spécificités de la notion de sujet : le sujet objectif qui se caractérise par ses capacités révélées et visibles dans des actes et le sujet subjectif par tout ce qui ne se donne pas à voir c'est-à-dire la sphère de son intimité, de sa pensée, de sa vie privée… Interroger la dimension du Sujet revient donc à explorer le domaine de la subjectivité entrevue comme « une expérience particulière de soi » (Martuccelli, 2002, p. 437, cité par Bertucci, 2007, p. 13), « un espace réflexif : celui de la représentation de soi, (…) lieu de la prise de conscience par l’individu de ses représentations et de sa relation au monde. » (Bertucci, 2007, p. 13).

Pour D. Bois, la subjectivité du Sujet ne se limite pas à la sphère cognitive mais engage avec elle la dimension du corps sensible ce qui lui fait définir une troisième nature de sujet : le sujet Sensible. Ce dernier s’ancre non seulement sur ses capacités existantes ou sur sa subjectivité, mais aussi sur ce que D. Bois appelle « un sujet ressource » c'est-à-dire un sujet qui s’appuie sur l’actualisation de ses potentialités notamment sur celle spécifique de devenir un sujet Sensible. L’étude de Master de M-H. Florenson « L’émergence du sujet Sensible » (2010) a été totalement consacrée au déploiement de cette notion et de nombreuses autres études sont en cours sur ce domaine. L’expérience du Sensible, nous dit-elle, conduit à l’émergence d’un sujet Sensible que nous pouvons définir comme (…) un sujet évolutif, porteur d’un potentiel infini, positionné dans le présent, ayant acquis un référentiel de lui-même et qui se découvre sur un autre mode relationnel fait de confiance, d’implication, d’ouverture et d’apprentissage, qui s’engage avec détermination et constance dans la mise en pratique des changements générés  ». Elle précise plus loin qu’ « avec la relation au mouvement interne, c’est une dynamique de sujet, de personnalisation qui se met en jeu. La personne est atteinte jusque dans ses valeurs, ses croyances (…). C’est un sujet, nouveau pour la personne elle-même, qui se révèle à travers l’expérience du Sensible et qui s’appuie sur la rencontre entre une forme d’intelligence et une force de transformation. » (2010, p. 170).

 Le Sujet Sensible se caractérise donc par la capacité de l’être humain à s’appuyer sans prédominance sur sa réflexivité et sur les informations émergeant du rapport au corps Sensible. Dans mon étude sur le sujet Sensible dans sa mise en action, je n’étudierai pas toutes ses capacités qui seraient innombrables mais me concentrerai sur seulement deux d’entre elles : la capacités à prendre des décisions au contact de la motivation immanente, et la capacité à entrer dans la mise en action. Elles me semblent être cruciales dans le processus de transfert d’un vécu interne porteur de sens à la mise en action de soi. Ce transfert pose la question du passage d’une potentialité à une capacité, ou ce que D. Bois nomme « l’actualisation des potentialités ». C’est là un des enjeux de ma recherche.

Le corps Sensible

Au stade de cet exposé, il me semble important de définir ce que recouvre le terme Sensible. Le Sensible dont il s’agit ici, n’est ni la perception naturaliste liée au 5 sens, ni celle liée au sens proprioceptif ou encore celle provenant d’une dimension émotionnelle, mais désigne un rapport particulier que le sujet instaure avec son corps et son intériorité mouvante. L’expérience du Sensible se distingue en ce sens de l’écoute sensible (Barbier, 1997) qui prône un retour à soi depuis une perception fine des 5 sens, dans le but d’installer une écoute empathique de l’autre, au-delà de ses propres projections ou angoisses. La perception du Sensible « naît d’un contact direct, intime et conscient d’un sujet avec son corps », « d’une relation de soi à soi ». (Bois, 2007, p. 14). Le Sensible ne peut donc s’entrevoir sans la trilogie matière vivante, mouvement interne et sujet conscient et percevant. « La relation au mouvement interne est le point d’émergence du Sensible, expérience du corps et de soi dans laquelle la personne témoigne en conscience du processus dynamique qu’elle sent en elle. » (2009, p. 23).

Nous voyons donc que le terme Sensible dans cette approche emporte avec lui une dimension qualitative très forte qui interpelle le Sujet dans sa subjectivité corporéisée, le Sensible désignant « la qualité des contenus de vécus offerts par la relation au mouvement interne, et la qualité de réceptivité de ces contenus par le sujet lui-même. » (Bois, 2007, p. 107) « Les contenus de vécu du Sensible ne sont donc pas seulement des perceptions du corps, ils sont aussi porteurs de sens pour le sujet lui-même, porteur d’un nouveau type de connaissance. » (Bourhis, 2007, p. 247). Cette conception de la subjectivité corporelle porteuse d’une connaissance immanente m’intéresse tout particulièrement pour ma recherche. En effet, toute motivation demande une mise en mouvement de soi avant de s’actualiser dans une pensée, un geste, un comportement ou une action et cette mise en mouvement de soi n’est possible que si le sujet est interpellé dans sa part la plus intime de lui, s’il est touché dans quelque chose qui fait sens pour lui. J’entends mise en mouvement de soi dans un premier temps, dans le sens de mise en mouvement de ma matière corporelle (…), « cette matière qui est fondamentalement constitutive du sujet et de la marque immanente de sa propre existence en tant qu’être vivant. » (Berger, 2010, p. 443), mise en mouvement de ses représentations, de sa pensée, puis dans un deuxième temps, dans le sens de mise action de soi c'est-à-dire transformation de ses manières d’être à soi, au monde et aux autres. La « matière » dans le vocabulaire des recherches du Sensible désignant « l’ensemble des différents tissus du corps (musculaire, osseux, vasculaire, viscéral, ect.) quand ils sont perçus par le sujet sous la forme d’un matériau unifié, parce que son attention est posée non pas sur le tissu lui-même, mais sur son animation par le mouvement interne. » (Berger, 2009, p. 48).

Nous voyons donc que le corps Sensible ne peut être absent des processus motivationnels. Il est central dans le concept de la motivation immanente car il nous offre la dimension perceptive de la motivation qui jusqu’alors n’a pas encore été étudiée. Il est l’ancrage profond et les ressources du Sujet Sensible. Pour bien comprendre cette notion de subjectivité particulière décrite dans les expériences du Sensible et cette notion de corps sensible, je m’appuierai sur la synthèse que D. Bois a réalisée au cours de son travail de doctorat. Il y définit les contours des différents rapports qu’un être humain peut entretenir avec son corps, allant d’un corps perçu comme une machine, corps utilitaire soumis à la volonté de la personne, au corps sensible, caisse de résonance de l’expérience et source de connaissance pour le sujet qui vit l’expérience. Le tableau qui suit nous permet de mieux comprendre la finesse des nuances de ces différents statuts du corps et de mieux comprendre la nature de subjectivité en jeu dans la notion de sujet sensible.

Les statuts du corps Fonctions
Tableau 1. Les différents statuts du corps (Bois, 2000)
« J’ai un corps » Corps utilitaire, corps machine, corps étendue
« Je vis mon corps » Corps ressenti (douleur, plaisir) nécessitant un contact perceptif
« J’habite mon corps » Corps prenant le statut de sujet, impliquant un acte de perception plus élaboré, le ressenti devenant lieu d’expression de soi à travers les perceptions internes
« Je suis mon corps » Corps faisant partie intégrante du processus réflexif de la personne à travers des tonalités qui livrent un fort sentiment d’existence
« J’apprends de mon corps » Corps sensible, caisse de résonance de l’expérience capable de recevoir l’expérience et de la renvoyer au sujet qui la vit

Le principe du Vivant

Pour Bois, « reconnaître ses motivations profondes passe donc par percevoir son corps. » (2002, p. 66). Ce chercheur propose un renversement fondamental des conceptions sur la motivation, la motivation n’ayant jamais été abordée dans le domaine scientifique du point de vue de la subjectivité du corps Sensible et du rapport perceptivo-cognitif que le sujet installe avec son corps. Souvent le corps, lorsqu’il est pris en compte dans le domaine scientifique est au mieux perçu comme le lieu d’expression ou caisse de résonance des besoins ou des sentiments qui poussent la motivation mais rarement comme source immanente de connaissance et expression d’un vouloir-vivre. Les pratiques du Sensible proposent au sujet d’entrer en rapport perceptif avec son corps, non plus seulement au travers des cinq sens, du sens proprioceptif, des besoins ou encore des sentiments, mais depuis la chair du corps pour reprendre l’expression de Merleau-Ponty. Dans la perspective du Sensible, la chair traduit la matière du corps animé du principe même du Vivant s’exprimant sous la forme du mouvement interne. Dans sa thèse de doctorat, H. Bourhis nous éclaire sur ce principe du vivant sur le mode du Sensible, elle le définit ainsi : « Le vivant est envisagé en tant que force de vie passive intrinsèque du Vivant et en tant que résultat de la relation active que le sujet entretient avec le principe de vie. Dans cette optique, le vivant est à la fois une force de vie et un état de se sentir vivant. Cette présence au vivant commence toujours par le mode du sentir. ». Il me semble pertinent, avant d’aller plus loin dans la question de la motivation immanente, de réfléchir en profondeur à la dimension du vivant qui évoque « un principe de force qui pousse ou tracte l’homme vers le meilleur ou pour le moins vers le plus grand. On retrouve là, le souhait de Spinoza quand il propose de passer d’un état d’imperfection vers un état de perfection, d’un état de tristesse vers un état de joie. » (Bois, 2009, p. 22). Dans cette perspective, le principe du vivant emporte avec lui une notion de mouvement, de force de croissance qui pousse l’être humain vers un état de changement et de renouvellement. Nous retrouvons là tous les critères de mise en action de soi mue par le principe de force du Vivant, source de motivation.

Si l’on se réfère à la littérature spécialisée évoquant la dimension du Sensible, la rencontre avec le mouvement interne qui se meut dans la matière organique, interpelle la dimension du Vivant où devenir vivant est synonyme de mise en mouvement de soi, tandis qu’être éloigné du Vivant convoque l’idée d’un état d’immobilité. Face à ces deux alternatives se pose la problématique suivante : comment devenir vivant, comment approcher la vie ? Cette idée emporte une dimension du Vivant qu’il me faudra déployer dans ma recherche, car être vivant ou ne pas être vivant finalement semblent être une métaphore qui exprime la problématique liée à la dialectique immobilité/mobilité. Dans cette perspective, Etre Vivant emporte un principe de force qui pousse l’homme à se mettre en mouvement, la mort traduisant l’immobilité, l’enfermement dans un vase clos où plus rien ne bouge vraiment. Cette idée développée par Bois (2009) a donné lieu à une série d’interrogations : « L’homme est-il disposé à rencontrer la part Sensible de son être ? Est-il en mesure, à partir de cette rencontre de modifier ses conceptions du monde sur lesquelles il fonde ses choix de vie ? Est-il prêt à changer la relation qu’il a avec sa propre vie par un retour à la relation avec son propre corps ? Et finalement, est-il possible de vivre avec une plus grande proximité avec soi ? » (2009, p. 21). Ce questionnement invite de manière forte à la mise en mouvement de soi sur la base d’une rencontre, d’une modification, d’un changement et d’une relation avec son propre corps. Cela semble être pour D. Bois, la condition d’une présence à soi. Il y a donc une volonté de retrouver une qualité de présence à sa vie. C’est dans cette lignée réflexive que j’aborderai dans ma recherche le principe de force du Vivant.

Ces réflexions mettent l’accent sur deux aspects constitutifs du mouvement interne qui m’intéressent tout particulièrement dans le cadre de ma recherche : d’une part sur le « lieu » d’émergence du mouvement interne – au cœur de l’organicité de la matière - et d’autre part sur le processus dynamique, évolutif « en devenir permanent ». Le mouvement interne porte en lui un principe de force immanente qui annonce la promesse d’un devenir. Il me semble important de préciser que cette mise en mouvement de la matière corporelle ne se donne pas dans un cadre d’expérience classique, elle requiert des conditions d’expérience extra-quotidiennes inhabituelles qui ont pour objectif de stimuler et d’actualiser des potentialités qui ne se révèleraient pas sans ces conditions particulières. Je ne les détaillerai pas ici, mais le lecteur pourra se référer aux nombreux articles s’il souhaite un complément d’information (Bois, 2005, 2006, 2007, 2009, Berger, 1999, 2006, Bouchet, 2006, Courraud 1999, 2002, Courraud-Bourhis 2005, Noel, 1995). Précisons plus en détails les contours de ce mouvement interne avec l’étude menée par M. Humpich et G. Lefloch-Humpich en 2009 (2009, pp. 73-103). Ces auteurs ont dégagé sous la forme d’un tableau, 7 principes de reconnaissance des qualités du mouvement interne. Les principes énoncés dans ce tableau ne sont pas exhaustifs, les auteurs ayant choisi de privilégier les aspects qui répondaient de façon pertinente à leur questionnement, cependant ils sont suffisamment représentatifs pour donner une vision d’ensemble du phénomène rencontré dans l’expérience du Sensible.

Principes Témoignages
Tableau 2. La reconnaissance des qualités du mouvement interne
Lenteur « son extrême lenteur »
Dynamique, force « il me meut de l’intérieur »
Autonomie « indépendant de toute volonté »
Guidage directionnel « il m’offre des orientations »
Incarnation « dans ma matière », « à l’intérieur du corps »
Implication, résonance « c’est un mouvement qualitatif (…) qui m’offre une grande intensité »
Douceur « un glissement très doux »

Pour mon étude, je m’intéresserai plus particulièrement au principe de force associé au principe d’implication et de résonance. Il m’apparaît à la lecture de ces données que le rapport qu’une personne noue avec la présence en soi du mouvement interne porte une promesse d’implication pour le sujet, implication dans un premier temps de soi à soi, puis de soi dans le rapport au monde. Dans l’expérience du Sensible, le sujet découvre un principe de force inhabituel qui se différencie de la force de volonté. « Au-delà de l’effort de volonté de l’homme, nous dit D. Bois, j’entrevois l’existence d’une tension, d’une poussée et même plus : d’une véritable force intérieure qui le pousse à agir et à penser. (…) À ce stade, nous dit-il, action et pensée ne sont pas encore élaborées ; il y a juste un élan, une direction lancée vers une réalisation future. La motivation est le niveau premier d’ébauche de l’activité où corps et esprit se trouvent encore fusionnés. » (Bois, 2002, p. 64). Nous voyons ici clairement apparaître le concept de motivation immanente, concept central de ma recherche doctorale.

Conclusion

J’ai voulu dans cette contribution faire un tour d’horizon des connaissances actuelles sur la motivation immanente et réaliser un état des lieux de ma réflexion dans le cadre de mon doctorat en axant sur la participation de la motivation immanente à la reconfiguration des motivations intrinsèques et extrinsèques. J’ai donc dans cet article esquissé une dynamique réflexive qui vise à approfondir les contours de la motivation immanente, à identifier le processus de reconfiguration des motivations intrinsèques et extrinsèques et à clarifier le processus de transfert entre la motivation immanente et la mise en action de soi.

J’ai tracé aussi quelques lignes directrices théoriques de la motivation habituellement admise par la communauté scientifique. Parmi tous les auteurs, j’ai privilégié le concept de l’auto-détermination de Deci et Ryan et l’ai envisagé sous l’angle d’un quatrième besoin, celui du « vouloir-vivre » qui me semble être en lien étroit avec la motivation immanente. Puis j’ai posé quelques repères théoriques sur la motivation immanente et mis en exergue le Sujet Sensible, le corps Sensible, et le principe du Vivant comme lieu et source de la motivation. La motivation immanente entrevue ainsi est profondément autodéterminée, elle émerge du rapport que le sujet instaure avec sa propre corporéité animée du principe du vivant, et engage le sujet dans une relation intime et singulière à lui-même. Au nom de ce vécu, le sujet entame un processus de transformation et de renouvellement de ses points de vue, des ses priorités, de ses motivations comme le suggèrent fortement les résultats de recherche de mon Master en psychopédagogie perceptive. J’ai le sentiment d’être à l’orée d’une contrée nouvelle qui ne demande qu’à être explorée. Ce sujet m’apparaît prendre toute son importance dans une société où la perte de motivation est devenue préoccupante. Le rapport au Sensible pourrait-il être une nouvelle voie de motivation pour l’être humain, source suffisamment intense pour permette aux personnes de mieux vivre les instants de bonheur de leur vie, les instants de difficultés… redonner le goût de la vie en soi et en relation avec tout ce qui nous entoure...


Valérie Bouchet

Sources: 
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  • Bernard, M. (1995), Le corps, Paris : Editions Seuil.
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  • Berger, E. (2006), La somato-psychopédagogie. Paris : Point d’appui.
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  • Bois, D. (2002), Un effort pour être heureux, Paris : Point d’appui.
  • Bois, D. (2006), Le moi renouvelé, introduction à la somato-psychopédagogie. Ivry-sur-Seine : Point d’appui.
  • Bois, D. (2007), Le corps sensible et la transformation des représentations chez l’adulte, Thèse de doctorat européen, Université de Séville, Espagne.
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  • Bouchet, V. (2006), Psychopédagogie perceptive et motivation immanente, Mémoire de Master, Université Moderne de Lisbonne, Portugal.
  • Bourhis, H. (2012). Toucher manuel de relation sur le mode du Sensible et Intelligence sensorielle - Recherche qualitative auprès d'une population de somato-psychopédagogues. Thèse de doctorat en Sciences de l’Education, Université Paris VIII.
  • Bourhis, H. (2007), Pédagogie du sensible et enrichissement des potentialités perceptives. Mémoire de Master, Université Paris VIII.
  • Carré, P., Fenouillet, F. (2008), Traité de psychologie de la motivation, Paris : Dunod.
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La revue "Réciprocités"

Cet article est issu de notre revue :

Numéro 7 - Différents champs d'application des outils du sensible

Ce numéro spécial est consacré à la publication d’articles écrits par les doctorants du Cerap.

Valérie Bouchet présente une première version de sa recherche, centrée autour de la question de la motivation immanente sollicitée en psychopédagogie perceptive  qui est l'un des concepts clés des théories et pratiques du Sensible développés par D. Bois au sein du CERAP.

L’article de Philippe Rosier, kinésithérapeute et fasciathérapeute, présente sa recherche autour de l’impact de la fasciathérapie sur la récupération du sportif de haut niveau en mobilisant une méthodologie mixte de recherche.

Réflexion sur la conception d’exercices pratiques de soi dans le but de favoriser le développement de compétences réclamées par un leadership renouvelé.

En tant que chercheur invité au Cerap et spécialiste de ces questions que Dimitri Dagot apporte sa réflexion autour du renouvellement des pratiques de leadership, notamment des compétences de relation et des compétences de soi. En annexe, il témoigne des atouts de la pédagogie perceptive pour le développement des compétences du leadership de demain.

Une rubrique est également consacrée à la présentation de résultats de recherches de master.

La recherche d’Aline Cusson porte sur la difficulté perceptive rencontrée régulièrement dans des parcours de formation en somato-psychopédagogie, spécifique à la relation au Sensible.

Lúcia Lemos, chanteuse lyrique et enseignante de cette pratique artistique propose une recherche sur "la voix du chanteur lyrique et son expérience du Sensible. »