4è congrès européen sur le fascia, 14-16 octobre 2016 - Compte-Rendu informel

4e Congrès Européen du Fascia - rencontre de Danis Bois, Pétros Liolios et Steven Levin
Auteur(s) :

Anne Lieutaud - Professeur auxilliaire invitée de l'UFP, Docteure en sciences sociales, Directrice adjointe du CERAP

PhD Sciences sociales option psychopédagogie, chercheure et consultante indépendante

Du 14 au 16 octobre 2016 s'est tenu à Wemmel près de Bruxelles, le 4è congrès européen sur le fascia, dont le CERAP était partenaire. Le congrès avait pour thème "la perception du mouvement révélée". En voici une restitution informelle assortie de de quelques vidéos d'interventions de membres du CERAP. Une information détaillée élaborée par l'équipe de TMG Concept, est également disponible sur le blog dédié à cet événement

Toutes les photos sont de Pétros Liolios ou de TMG-Concept, sauf celle de la conférence de L. Bluym

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congres_belgique_2016_480pix.jpg

Sommaire interactif

Introduction – Paul Sercu et Rob Maertens

H. Bourhis – La valeur ajoutée du mouvement perçu dans la construction de l’unité corps/esprit (extrait vidéo de la conférence)

C. Courraud – Perception manuelle du fascia, le point de vue des kinésithérapeutes (extrait vidéo de la conférence)

R. Schleip – Le fascia comme organe perceptif (visioconférence)

J. Calsius – Le fascia comme voie royal d’accès à l’inconscient

K. Ekerholt – Norwegian Psychomotor Therapy

P. Sercu – La fasciathérapie MDB

H. Skjaerven – Basic Body Awareness Therapy (BBAT)

JC Guimberteau – L’architecture intérieure du réseau fibrillaire du corps

S. Levin – La dynamique du fascia, dans une perspective de biotenségrité

S. Deneweth – Une vision alternative de l’anatomie fonctionnelle

L. Bluym – L’évaluation musculosquelettique inspirée de la biotenségrité

D. Bourgeois  – Anatomie dynamique

P. Huijng – Effects of scar tissue on myofascial force transmission and serial number of sarcomeres within muscle fibers in the rat after recovery from tendon transfer surgery

L. De Lausnay – La fasciathérapie auprès de réfugiés mineurs non accompagnés

B. Payrau – La fasciathérapie MDB une thérapie manuelle modulatrice de l’émotion

P. Rosier – Place de la perception en kinésithérapie dans la prévention des blessures chez les athlètes de haut niveau

Remise du prix et présentation du poster lauréat : Isabelle Bertrand

Probst – La kinésithérapie en santé mentale : les défis du futur

La conclusion du congrès est proposée par le Professeur Danis Bois (extrait vidéo de la conférence)

 

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Ce congrès a commencé sous l'angle de l'expérience, avec le témoignage très vivant d'une présentatrice météo rénommée de la télévision belge, Jill Peeters, qui a raconté comment la fasciathérapie MDB lui a permis de sortir d'une vie de douleurs chroniques invalidantes.

vue_densemble.jpgIntroduction – Paul Sercu et Rob Maertens

Puis, un petit rappel de l'histoire du fascia effectué par Paul Sercu permet de situer la connaissance du fascia depuis Bichat puis Still et Van der Vall à nos jours et de comprendre que nous pouvons aujourd'hui entrer dans une approche mixant les questions de physiologie biomédicale, les questions de communications et les aspects thérapeutiques associant perceptions organiques et psychiques. Le projet de ce congrès est d’aborder la question de la perception dans les fonctions psychophysiologiques inconscientes de la personne. La biologie du mouvement nous montre qu’il faut dépasser les seuls muscles et nerfs. C'est ce que propose le concept de fascia, défini comme organe connectif sensoriel relié à l’insula (cerveau), qui donne une sensation de vécu à la personne lorsque le corps bouge. L’hypothèse proposée est que le fascia serait le médiateur entre le corps, la personne et le mouvement.

H. Bourhis – La valeur ajoutée du mouvement perçu dans la construction de l’unité corps/esprit

helene_bourhis_v2.jpgLa présentation d'Hélène Bourhis propose une exploration renouvelée de la perception comme voie d'unification et d'équilibration de l'unité corps-esprit : depuis 1963 (Held et Hein, puis Oliver Sacks) on sait qu’il existe un mode perceptif qui affecte la construction identitaire et relationnelle de la personne. Il n'y a pas de production de connaissance sans perception. Et si, dans ce processus, nous avons une difficulté à distinguer l'objectif du subjectif, Hélène Bourhis rappelle que ce n’est pas la perception qui se trompe, mais les mécanismes d’interprétation. Toute activité cognitive (souvenir, image, représentation, ...) prend appui sur les organes des sens. La proprioception et l’intéroception font partie des sens physiologiques du corps et participent à la modalité de la perception et donc de la pensée et aux représentations du monde, que la perception, dans son ensemble, contribue alors à construires.

La perception se définit comme l'acte de percevoir les informations sensorielles internes ou externes, et tout ce qui découle des sens participe aux activités cognitives. La perception est donc un processus de recueil et de traitement de l’information. Elle crée l’unité des choses, c’est constitutif de sa fonction : elle fonde et inaugure la connaissance immédiate (au sens de Merleau Ponty). Dès lors, la subjectivité procède de la perception, et donne la capacité de SE ressentir et SE percevoir (se percevoir percevant, se percevoir ressentant).

Cette perception fait donc appel à un tact interne, sensible aux différentes humeurs, qui introduit la notion de rapport que la personne développe à ce tact, et qui se révèle en fait éducable. On peut éduquer le corps mécaniquement. Mais on peut aussi passer par le rapport subjectif au corps. La subjectivité doit ici être entendue sous l'angle de "comment je suis présent, ému par mon propre mouvement ?", "comment mon corps résonne à ce qui se passe autour de lui ?"

La rééducation sensorielle ne vise pas seulement les dimensions objectives du mouvement. Elle propose des tâches qui vont impliquer l’attention cognitive, pour mobiliser les ressources attentionnelle, de mémoire, de coordination etc. Mise au point par le Professeur Danis Bois, elle vient en complément de la fasciathérapie MDB. La lenteur sollicitée permet une assistance proprioceptive tout au long du helene_bourhis3_v2.jpgmouvement. Elle permet également de saisir les détails du geste (dont la composante linéaire associée au mouvement circulaire). La composante linéaire est habituellement imperçue et c’est l’attention portée sur la phase anticipatrice du mouvement qui permet d’y accéder et d’optimiser la perception sensorielle du mouvement, les états émotionnels, le vécu et donc la certitude de soi etc.

Cette forme de rééducation permet d’améliorer les dimensions de rééducation en introduisant de façon pragmatique la réalité subjective du geste dans le vécu de la personne.

C. Courraud – Perception manuelle du fascia, le point de vue des kinésithérapeutes

c_courraud-4efc.jpgLes recherches actuelles montrent que la perception manuelle du fascia ouvrent à des dimensions de perception nouvelles du corps :

  • On peut percevoir le fascia lui-même : densité, élasticité, globalité, profondeur, glissement, etc..
  • On peut percevoir des effets physiologiques induits par le traitement fascial : chaleur, pulsation, légèreté, lourdeur, fluidité, fonte, … prémisses de changements des états de conscience, on accède aux « soubassements de l’esprit » (Still)
  • On peut également percevoir des effets subjectifs et intersubjectifs induits par le traitement fascial (toucher de relation) : écoute, attention, présence, profondeur, relation à soi et à l’autre, implication, sentiment de soi, d’être touché, etc. Le fascia permet d’installer un contact relationnel entre le rpaticien et le patient et cette dimension relationnelle perceptive s’apprend.

 

C'est en tous cas ce que montre une enquête conduite auprès de physiothérapeutes formés à la fasciathérapie MDB, dans le cadre de la recherche doctorale de Christian Courraud. Il en ressort notamment que :

  • Les principaux enrichissements perceptifs considérés sont : la profondeur, les dimensions relationnelles, la globalité corporelle du patient (qui conduit d'ailleurs à un changement de paradigme du corps), une prise de conscience de soi (sentiment de soi, de présence, d’unité corps-psychisme)
  • Les qualités relationnelles les plus améliorées sont : la présence, puis l’écoute, l’attention, la profondeur, qui sont des capacités relationnelles plus que des capacités de rapport à soi.
  • Ce que ça apporte à la pratique, du point de vue des praticiens : une prise en charge plus globale, une compétence pédagogique concrète, et des domaines plus complexes de prise en charge (pathologies chroniques et stress).
  • Très peu de praticiens (7% des participants) n’ont rien changé à leur pratique après s'être formé à la fasciathérapie MDB

c_courraud-4efc2_v2.jpgEt finalement, de cette étude exploratoire, on peut considérer que

  • Il y aurait un profil de kinésithérapeute/physiothérapeute qui prédispose à la fasciathérapie.
  • Il y aurait des liens entre l'enrichissement de la perception manuelle du fascia, la modification du rapport au corps et le développement de qualités relationnelles et éducatives
  • Les thérapies d’orientation body/awareness, dont procède la fasciathérapie MDB, ont un intérêt dans le traitement des pathologies musculo-squelettiques.

Tous ces changements identitaires du kinésithérapeute formé à la fasciathérapie MDB donnent accès à un fort sentiment d’accomplissement professionnel et personnel

R. Schleip – le fascia comme organe perceptif (visioconférence)

schleip_en_visioconf_v2.jpgLes orientations récentes des recherches sur le fascia ont focalisé sur ses capacités sensorielles. Constitué de feuillets de tissu conjonctif lâches et contractiles ainsi que du tissu conjonctif superficiel, il abrite des récepteurs sensoriels qui ont une fonction privilégiée dans l’étirement, faisant du fascia un des organes perceptifs les plus importants du corps.

Il y aurait des tissus conjonctifs spécialisés dans la transmission de la force. Il y a aussi tissus conjonctifs qui assurent une fonction proprioceptive et qui sont localisées dans des parties spécifiques du corps. Les glissements sous-cutanés assurent la part principale de la proprioception. Des recherches ont montré que des zones de tissus conjonctifs se spécialisent dans la nociception (perception des douleurs). Cela a été montré sur les fascias lombaires en particulier : Ce n’est pas dans le corps musculaire, mais dans l’enveloppe du muscle, que les processus perceptifs douloureux prennent place.

Dans le cadre d'études sur les lombalgies et la production de la douleur, il a été démontré que si le centre de la douleur peut être identifié précisément alors ce n’est pas le fascia qui est impliqué dans le processus douloureux. En revanche si la douleur est plus diffuse, alors elle provient du fascia. La description qualitative de la douleur associée au fascia porte généralement un sentiment de souffrance presque identitaire ou sociale (sentiment d’être à l’agonie). Ainsi, les lombalgies fasciales sont souvent décrites avec des connotations plutôt émotionnelles, mobilisant l’intéroception comme voie principale de perception. Lorsque les personnes associent les douleurs avec des sensations de chaud ou de froid, il s’agit d’une perception qui concerne l’insula (partie du cortex cérébral qui fait que mon cerveau ressent ce que ressent mon corps), laquelle fait le lien avec le sentiment de soi et serait responsable de la relation entre interoception et effets psychiatriques de certaines pathologies (notamment douleurs fantômes).

Dans le cas de l’alexithymie (engourdissement émotionnel), qui est souvent associée à un défaut d’empathie, et emporte des souffrances existentielles fortes, il semble que là encore, c’est l’interoception qui est concernée, plutôt que la proprioception. De même, chez les patients souffrant de troubles de l'alimentation.

Les thérapies manuelles vont agir de façon spécialisée soit sur la proprioceptin (mobilisation physique, locomotrice) soit sur l’interoception (viscérale surtout, mobilisant des sensations de chaleur pour agir sur l’insula et favoriser le sentiment d’appartenance).

J. Calsius – le fascia comme voie royal d’accès à l’inconscient

Travailler sur le fascia procède d’un art créatif, d’une science qui recherche des preuves et validations, et d'une phénoménologie, mais c’est aussi un art manuel. Le toucher manuel, en posant les mains sur la peau, concerne le système nerveux autonome, le cerveau émotionnel, et la conscience corporelle. Or la tension musculaire et le métabolisme musculaire sont traités de façon intéroceptive, y compris le tonus et l’homéostasie. Dès lors, nous savons aujourd'hui qu'on ne fait pas seulement contact, mais que l'on touche la conscience, la sensation de faire une expérience, la capacité poétique d'imaginer, de se représenter.

« La forme la plus pure de l’écoute c’est d’écouter sans mémoire ni désir » (Bion)

K. Ekerholt – Norwegian Psychomotor Therapy, présentation et principes thérapeutiques

Cette thérapie est née d’une collaboration entre un physiothérapeute et un psychiatre psychanalyste qui s’étaient chacun rendu compte de l’importance du corps dans la sensation de mal-être et de la place de la respiration dans la capacité d’apaisement. Elle s'appuie sur la théorie psychanalytique qui veut que des conflits inconscients créent des mécanismes de défense et de protection dans le corps (par exemple limitation respiratoire ou tension musculaire), et propose donc l’idée de résoudre la tension physique ou respiratoire pour produire l’apaisement du conflit inconscient, à l'appui d’un accompagnement verbal de type psychanalytique.

Elle procède d'une évaluation clinique posturale, de la respiration, des mouvements passifs et actifs, de la tension musculaire, des réactions du systèmes nerveux autonome, et de l’image du corps et de la conscience du corps, à l'aide d'une grille qualitative détaillée et segmentée que le praticien suit pas à pas, pour aboutir item par item à une évaluation de la combinaison des mécanismes en jeu. Le bilan final permet de qualifier le degré de complication des résultats sur une échelle continue, sachant que la espiration et les mouvements sont les plus importants. Son intérêt est de permettre d'évaluer le potentiel de progrès de la personne, et déterminer le niveau d’intervention en objectivant les facteurs en cause. La respiration est le point focal de tout le processus évaluatif.

P. Sercu – La fasciathérapie MDB, présentation et principes thérapeutiques

paul-sercu-fasciamdb_v2.jpgC'est une thérapie fondée sur le mouvement interne et le vécu du corps, qui mobilise une attention et une implication forte, procédant d’une forme de contemplation. Elle n’est pas seulement biomédicale, mais aussi éducative et personnelle, ce qui lui confère une dimension préventive en plus d'être curative. Elle utilise quatre voies d'approche visant le transfert la résolution vers la vie courante : une approche manuelle (stimulation directe des fascias), des mouvements gestuels codifiés, l'introspection sensorielle, un accompagnement verbal sur le mode de la directivité informative.

Les impacts : On agit sur la relation que la personne entretient avec elle-même et son environnement. Les effets sont bien sûr de nature biologique et biomécanique, physiologique, mais aussi psycho-socio-culturel et surtout existentiel, à travers la rencontre avec une nature sensible particulière du corps. Les éléments de la Spirale processuelle du Sensible, qui catégorise les vécus de la personne au contact du Sensible semblent trouver leur origine dans les propriétés intéroceptives des fascias sous l'effet du toucher manuel de relation et l'activation du système nerveux autonome ainsi sollicité.

Les paradigmes mobilisés : le corps est un système tenségral ; les fascias ont la même importance que le système musculaire ou nerveux ; le cerveau ne gère par les muscles mais le mouvement ; la régulation du stress s’appuie sur les mécanorécepteurs qui donnent à la personne la sensation de mouvement ou de soi ; le paradigme du Sensibl.

H. Skjaerven – Basic Body Awareness Therapy (BBAT), présentation et principes thérapeutiques

Cette technique,centré sur la personne, est issue d'un travail de recherche doctorale sur la qualité du mouvement, en tant que phénomène unifiant du corps, appréhendé sous ses angles biomécaniques, émotionnels, singuliers, etc… qui ont conduit H. Skjaerven a constater que les éléments constitutifs d’une qualité de mouvement sont l'intégration, la respiration et la conscience. Elle considère qu’un mouvement est qualitatif quand la personne est en relation avec l’espace, le temps et l’énergie, et que son mouvement « lui ressemble ».

Les principes thérapeutiques de la technique qui en est tirée s’appuient sur un processus d’évaluation et sont basés sur le développement de la qualité et la conscience du mouvement. Un programme de formation individuelle et collective a été développé, qui, au délà des impacts en santé, a une visée d’intégration dans la vie quotidienne.

JC Guimberteau – l’architecture intérieure du réseau fibrillaire du corps

guimberteau_v2.jpgA l'appui d'un support vidéo assez exceptionnel, JC Guimberteau présente ses recherches exploratoires des tissus qui existent sous la peau, en allant les observer directement, caméra en main. Les techniques sont complexes, car le milieu est très humide. Mais après de nombreux essais et beaucoup d'ajustements, les images apparaissent. Et au fil du temps et des observations ainsi collectionnées, il est en mesure aujourd'hui de poser les constats suivants :

  • Il y a continuité fibrillaire totale de la surface de l’épiderme jusqu’aux couches profondes (épiderme, derme, hypoderme, lobules graisseux, fascia superficialis, aponévrose, périmisium, fascicules musculaires, …) ; depuis la peau jusqu’aux organes, aux cellules, aux lobules, aux muscles, aux vaisseaux, aux nerfs.
  • cette continuité assure la mobilité entre les plans et de l’ensemble ;
  • Il n’y a pas de régularité architecturale ; la structure est aléatoire, sans ordre apparent ; Il est possible que cette organisation non régulière suive la règle des polyèdres de Platon (minimalisation de l’espace occupé) ainsi que celle de la biotenségrité (transmission des forces et pression à l’ensemble, résistance à la force de la gravitation). Le tissage obtenu est très résistant
  • Il y a une organisation fractale dynamique (toute structure apparente est divisée en sous-structures de forme et de fonctionnemetn équivalent, dynamique car en reconfiguration et évolution perpétuelles) et sans rupture qui permet la croissance et l’organogénèse (densification de la structure fibrillaire et microvacuolaire). Ainsi, les tendons sont créés par élongation, les ligaments par compression, les vaisseaux par pression interne, etc.
  • Les fibres de collagènes sont parfois combinées à des anneaux d’élastine et à des microvacuoles de glycoaminoglycanes très hygrophiles (pièges l’eau du liquide interstitiel).
  • L’organisation fibrillaire bouge, dans le sens de la contrainte imposée, sans organisation linéaire et dans une répartition irrégulière des vitesses et pressions.
  • le_fascia_du_muscle_-_guimberteau_v2.jpgLe mouvement se fait en glissement, division, et élongation, ce qui autorise
    • des étirements (associations avec de l’élastine) de structures collagéniques et d’anneaux d’élastines,
    • des divisions (fractalisation dynamique sous la contrainte mécanique pour la diffuser à toute la structure) qui autorisent des transformations radicales sans rupture,
    • des déformations complètes des vacuoles qui reviennent ensuite à leurs formes initiales
  • L’absence de mouvement affecte très probablement le développement de la forme (exemple de l’enfant et son majeur non développé), car interdépendance fibrillaire et cellulaire totale donc influence réciproque.
  • Il y a une pression interne qui s’exerce partout à l’intérieur du corps (osmotique, électrique, gazeuse, …) et qui fait de notre organisme un système en pré-tension
  • Sous l'effet d'une coupure, l’harmonie biomécanique ne se renouvelle jamais exactement à l'identique.
  • Le corps est structuré par ses structures fibrillaires et non par ses structures cellulaires ; Cette structure ne serait-elle pas notre ontologie structurelle ? Ne serait-elle pas le tissu constitutif (plutôt que conjonctif) du corps humain, permettant d'assurer le mouvement et résister à la gravitation ?

Il termine en concluant que le fascia, ce terme qu'il n'emploie jamais, le fascia pourrait être cette continuité fibrillaire constitutive du corps depuis la surface de la peau jusqu’au cytosquelette.

S. Levin – La dynamique du fascia, dans une perspective de biotenségrité

levin_v2.jpgTous les travaux les plus récents montrent qu’il y a à tous les niveaux architecturaux du corps apparait une organisation en biotenségrité. Le fascia est un réseau, ou une matrice, continu de cellules et fibres en tension discontinue. Même la paroi cellulaire est un continuum structurel en tenségrité, jusque dans la cellule et le noyau cellulaire.

La théorie de Stopak-Harris pose que la génèse musculaire apparaît par les forces exercées induisant un mouvement sur ce réseau fascial. Levin va plus loin en posant que ce mouvement du réseau fascial produit le mouvement visible et non les muscles (qui ne sont qu'un ensemble de cellules myofasciales contractiles).

Le projet de cette présentation est de zoomer sur le système osseux. Les muscles s’attachent aux os et chacun subit, lors des mouvements, des effets de compressions et de tensions réciproques.

  • A l'instar du fascia, l'os est une matrice collaïdale, qui a cette particularité d'emprisonner du calcium lui donnant sa rigidité. C'est donc un fascia spécialisé, qui reste un continuum du fascia global, une structure qui change en permanence par la modification des charges de compression et de tension.
  • levin_2_v2.jpgL’os peut être aussi comparé à une tour de tenségrité, rigide, réagissant comme un ressort agissant, comme une source d’énergie transmise au système fascial dans son ensemble.

L'apparition du mouvement, dans un système aussi stable que celui de la biotenségrité du système fascial, s'expliquerait par le principe d'une chaine cinématique fermée (qui ne peut que transmettre des forces de tension, à l'inverse d'une chaîne ouverte qui fait effet de levier), dont on sait depuis l'antiquité qu'elle produit un mécanisme moteur, c'est-à-dire produisant déplacement, amplification, etc. Levin avance l'idée d'un autre phénomène, celui d'une "forme de double lien expendoédrique", qui fait que lorsqu’un des faisceaux est bloqué, c’est tout le système qui est bloqué, ce qui permet de contrôler le mouvement sans agir par la force et réguler la stabilité du système. Cela est permis par une organisation non hiérarchique, mais hétérarchique (tout est au même niveau)

Levin conclut sur une information publiée dans le journal « The scientist » du mois dernier : Tout mouvement engage un mouvement même infime de toutes les autres parties du corps, même éloignées. Il y a un échange d’information hors système nerveux et qui s’adapte au changement produit par le mouvement. Et c’est un processus bien plus rapide que celui du système nerveux.

S. Deneweth – une vision alternative de l’anatomie fonctionnelle

Le conférencier poursuit le développement de Levin en développant le principe de la biotenségrité en mouvement. Il s'agit donc d'une structure tensionnelle qui articule compression et tension. Les cellules sont des structures tenségrales dont la forme évolue autour d’une matrice de fibres s’étirant et de comprimant. C’est vrai du niveau intracellulaire à l’échelle de la structure gestuelle organisée.

Si l'on prend l'exemple du cartilage, pour que celui-ci soit nourrit, il faut des compressions-décompressions. Lors de la compression, il y a un production de fluide et lors de la décompression, il y a absorption liquidienne par le cartilage. Cela explique l’importance du mouvement dans la santé articulaire.

L. Bluym – L’évaluation musculosquelettique inspirée de la biotenségrité

tensegrity-by-rbf-p07j_tensegritywiki.jpegQuelques rappels : La tenségrité est la capacité à pousser sans rompre ; la biotenségrité est l'adaptation au vivant des principes de la tenségrité.

La tenségrité présente de très nombreuses déclinaisons corporelles, mais qui restent des représentations. Il manque un chaînon.

Le fascia n'est pas une matière molle. La prolifération de la biotenségrité nous fait oublier les comportements de tenségrité au profit des câbles et de la structure. Or c’est la substance qui compte. Il faut oublier la structure, et penser la tenségrité comme comportement, comme une gamme de capacités, qui se limite pas aux matériaux constitutifs (car il y en a toujours beaucoup d’autres), ni à sa géométrie.

Pour combler cette distance entre le modèle et la réalité, une illustration (cf image ci-contre © 1961 Allegra Fuller Snyder. Courtesy, Buckminster Fuller Institute, Santa Barbara.), la roue de charrette et la roue tenségrale qui intègre les tensions de charge. Sous l’effet de la compression il y a gauchissement de la structure. L’alignement vertical résistant à la gravité se balance et se renverse ou se balance et s’incline. Dans la phase de tension, il y a enrichissement. Dans la phase de compression, il y a une assistance par la tension. Le gauchissement n’a pas lieu. Si vos jambes vous soutiennent c’est une compression, si elles gauchissent, c’est un système de tension.

D. Bourgeois  – Anatomie dynamique

Dans le monde fibrillaire, il existe une substance liante, comme un fluide qui pousse sur les structures pour créer les tensions et relâchement. L’ensemble « fibrilles et  substance fluidique » crée un volume en 3 dimensions au sein du tissu conjonctif. Dans le cadre d’un mouvement, le tissu conjonctif, innervé, peut transmettre et recevoir l’information, se rétracter pour créer un certain tonus, et avoir ainsi un impact direct sur l’élasticité, la déformabilité du système. Sous l'angle de la biotenségrité, il vaut mieux parler d’un « grand muscle du corps distribué en différentes portions dans le corps ». Car en effet, c’est ainsi que le corps bouge : au sein d’une globalité et non pas de manière morcelé. Et le mouvement linéaire la fasciathérapie MDB procède de cette globalité fonctionnelle, en permettant l’orientation de tout le système dans une seule direction et ainsi la déformation de l’ensemble de la structure : Le mouvement linéaire, global, est porteur de l’intention, d’accéder à un mouvement global, fluide.

huijing_scar_tissue_and_force_transmission.jpgP. Huijng – Les effets des tissus cicatricielles sur la transmission de la force myofasciale

Après une intervention chirurgicale intervertissant les tendons fléchisseurs et extenseurs chez un rat (agoniste et antagoniste), P. Huijing étudie les liens entre force de transmission et cicatrice. Il apparaît que la longueur du tendon s'accroit assez vite et que la récupération du mouvement est assez rapide. Ce dernier point confirme que le le cerveau gère plus le schème de mouvement que les muscles et les tendons dans leurs actions.

L. De Lausnay – La fasciathérapie auprès de réfugiés mineurs non accompagnés

linda_v2.jpgL. De Lausnay présente des résultats d'une étude financée par l'UNESCO, conduite au sein du centre EXIL, qui est un centre de santé mental de Bruxelles, reconnu par les nations unies comme centre de soutien aux personnes ayant subi des maltraitances. L'objectif du projet était d'évaluer, sous l'effet d'un accompagnement en fasciathérapie MDB, quels processus et conditions de guérison et de résilience sont déployés par des jeunes filles mineures réfugiées, qui ont subi des violences tant domestiques qu'organisées, tant dans leur pays d'origine, principalement du continent africain, que dans le pays d'accueil (y compris choc culturel, procédure d’asile, peur d’être renvoyé, ...).

Le contexte problématique est patent : 35 000 demandes d’asile en Belgique en 2015, dont 4000 (3000 garçons et 1000 filles) étaient des mineurs non accompagnés potentiellement très fragiles, très traumatisés. Le groupe a recherché les 1000 filles arrivées dans le pays sans parents, sans famille, souvent enceintes. Elles ont été recueillies dans le centre, où elles ont reçu des soin et toutes été diagnostiquées en syndrôme de stress post-traumatique. L'étude porte sur ces 1000 jeunes filles qui ont ensuite été suivies en fasciathérapie (10 séances) à l'intérieur d'un parcours de soin multidisciplinaire.

linda-citation_db_v2.jpgChaque séance de fasciathérapie est organisée de la façon suivante : évaluation ORS prépalable (évaluation du stress,de la douleur); traitement manuel, entretien immédiat et post-immédiat, évaluation SRS après la session. Les échelles utilisées, de type Likert en 10 niveaux, sont doublées d'émoticones (de très mauvais à très bon). Les questions concernant la personnalité, le contexte social, le rapport à soi etc. Les variations sont très importantes et les réponses souvent fluctuantes. Les mêmes échelles sont également complétées avec les autres praticiens du groupe de suivi multidisciplinaire.

Les deux-tiers des plaintes de douleurs exprimées par ces jeunes filles s'accompagnent de lésions cognitives, sensorimotrices, de la mémoire, relation à soi perturbée, pas de lien au corps (elles témoignent du fait qu’elles ne s’habitent plus). Elles souffrent souvent du syndrôme de stress post-traumatique (hyperventilation, re-vécu, évitement, …). L'hypothèse émise est que le modèle de la voie de résonance d’un choc de Danis Bois s’applique parfaitement à ces cas et que la fasciathérapie doit en conséquence apporter des réponses positives et visibles.

Résultats

projet_linda_v2.jpg40% de personnes présentent une réduction de plainte après la session. Deux exceptions correspondent à des personnes ayant vécues des excisions ou des tortures faisant toujours souffrir.

La SRS est posée à la fin de chaque session en 4 questions simples : pendant la session je me suis sentie comprise, j’ai eu l’impression qu’on m’écoutait, qu’on me comprenait, pendant la session nous avons travaillé sur ce dont j’avais vraiment besoin. J’apprécie la façon dont le thérapeute m’approche, si je tiens compte de tout, j’apprécie ce qui est fait dans cette accompagnement.

La partie qualitative de cette recherche : entretien en post-immédiateté fait suite à des questionnaires interrogeant le corps pour parvenir à observer les effets physiologiques qui se produisent dans le corps. Quand on interroge ensuite les jeunes filles, le fait de leur faire poser l’attention sur des changements de tonalité, de sensibilité, d’état physiologique, permet aux jeunes filles de se rendre compte de ce qu’elles sentent. Cela leur permet de se rapprocher d’elles-mêmes, de reconnecter avec des perceptions corporelles positives.

L’entretien post-immédiat permet d’approfondir l’expérience de la personne pendant la session :

  • Les jeunes filles témoignent d’un sentiment de relaxation sous l’effet de la pose des mains. Citation de Danis Bois sur le lien corps-esprit. La personne doit parvenir à prendre connaissance et conscience de ses potentialités.
  • La métaphore est une voie fréquente pour exprimer la sensation de mouvement vécue dans le corps. Redécouverte du corps et reconstitution d’une relation au corps.
  • Il y a aussi des effets sur les pensées récurrentes associées au traumatisme et dans ce cas le silence qui apparait dans la tête fait du bien. Allègement de la tête
  • Retrouve un goût, une énergie et une envie d’agir
  • Il y a aussi du plaisir à vouloir aller dormir. Parfois le contact avec le corps. Apaisement du sommeil
  • Tout a retrouvé sa place dans le corps.

Limites et conclusions

Le groupe était très hétérogène culturellement et en termes de parcours. Les suivis ont subi beaucoup d’absences (bébé malade, suivis médicaux, avocat, tuteur, …) et de pertes de contacts (disparition après 18 ans car elles sont alors changées de centre. Et ce contexte ne permet pas de recueillir d'informations dans la durée sur la motivation immanente déclenchée.

Mais il reste qu’est apparue une vraie capacité de résilience, avec un besoin de soutien, d’encouragement.

La fasciathérapie MDB dans une approche multidisciplinaire apparaît donc tout à fait efficace. Mais les problèmes des jeunes filles sont tellement lourds, que la fasciathérapie ne peut prétendre à suffire. Elle est cependant importante tant au niveau thérapeutique que pédagogique. La réduction des plaintes de douleurs est nette et permet une alliance thérapeutique forte. De même, elle suggère une bonne récupération de la confiance en soi, en l’autre, et au monde.

Cependant, pour les adolescentes il est difficile de se motiver de façon durable et immanente. Il faut donc poursuivre. Mais toute personne submergée par un choc traumatique pourrait tirer grand bénéfice d’un traitement en fascithérapie.

B. Payrau – La fasciathérapie MDB, une thérapie manuelle modulatrice de l’émotion

fascia_et_emotions_-_payrau_v2.jpgB. Payrau présente les résultats d'une étude clinique comparant 4 méthodes mises en oeuvre par 4 praticiens différents, tous partenaires de l'étude : Fasciathérapie MDB, Hypnose Ericsonienne, musicothérapie et réflexologie. Un groupe contrôle de repos est également mis en place. Il s'agit d'une étude clinique non randomisée, dont le projet était de mesurer l’efficacité de ces pratiques sur le niveau de stress des gens, évalué par le STAI Etat et Trait et entrevue sous l'angle de l'émotion. L'étude est conduite sur une seule séance. Les personnes suivies dans chaque pratique ne se recouvrent pas (4 pools de participants différents)

Résultats

Les 308 observations recueillies permettent de constater :

  • Un abaissement significatif de l’anxiété pour les 4 méthodes et le repos., avec une hiérarchie d’efficacité en deux groupes : la fasciathérapie MDB, la réflexologie et l'hypnose ont eu un effet supérieur aux autres.
  • Plus de 50% des personnes qui étaient symptomatiques d’anxiété (anxiété non physiologique) avant la séance, deviennent asymptomatiques après la séance : la fasciathérapie MDB, la réflexologie et l'hypnose amènent plus de 75% des personnes à devenir asymptomatiques en fin de séance.

Discussion

payrau_v2.jpgL’anxiété est une manifestation clinique représentative du stress. Crée en 1970, épurée en 83 des dimensions de dépression, adaptée au français en 93 par Bruchon Schweitzer, l'échelle du STAI (State-Trait Anxiety Index) est très largement validée dans le monde. Elle est constituée de deux sous-échelles, qui mesurent respectivement l'Etat d'anxiété (sensible au contexte, mesurant donc l’anxiété du moment) et le Trait d'anxiété (reflète plus la personnalité et une tendance sur le long terme).

L’anxiété-Etat est du domaine des émotions, elle est liée à l’anticipation et l’attente plus ou moins consciente de l’arrivée d’un danger et procède donc de manifestations cognitives (psychiques), somatiques (physiques) et comportementales. Il existe une anxiété physiologique « normale » et une anxiété « symptomatique » : le palier de démarcation est fixé, dans la littérature à 39,80. B. Payrau propose, au vu de ses résultats, d'ajouter un segment supplémentaire pour obtenir le gradient suivant : « anxiété normale », « anxiété inconfortable » (trouble d’adaptation), et une anxiété extrême dite alors « anxiété pathologique » (associée à un sentiment d’incontrôlabilité, pouvant procéder de maladies ou de problèmes pathologiques). C'est la zone de transition qui est importante en termes de préventions, car c'est une zone où les gens peuvent verser dans le trouble pathologique.

L’émotion est un mouvement alors que l’anxiété est un état. L’anxiété n’a pas d’objet définissable alors que l’émotion est nommable. La psychophysiologie de l’émotion nous apprend que l’émotion est d’abord un phénomène adaptatif à l’environnement pour assurer la survie (décodage, organisation d’une réponse immédiate, développement des facettes nécessaires à une réponse adaptative). Un événement étant une modification de l’environnement (nouveauté), il engage une succession de séquences cognitives et psychiques :
nouveauté => évaluation positive ou négative => rapport au but => potentiel de maitrise => accord aux normes.
Se produit donc une synthèse qui analyse le processus de compréhension et propose une réponse adaptative.

Le stress est une situation pathogène ou potentiellement pathogène. La première réaction au stress est une alarme, qui génère la peur et un mécanisme de défense. Le stress est donc une forme clinique de l’émotion, dans le déroulement de laquelle on retrouve les séquences d'analyse conduisant à une réaction de survie : Nouveauté / événemnt => valence / dangereux => but : Survie => etc.
Les réponses adaptatives sont d'ordre psyshiologique, cognitif, expressif, comportemental. Elles font apparaître une double inadéquation :

  1. le stress procède d'une réaction vitale (vie ou mort), alors que le quotidien n’engage que rarement un enjeu de vie ou de mort. Le grand parapluie de réponses qu'il propose est peu adapté ;
  2. le corps prépare une réponse physique intense alors que la réponse attendue peut être d’une autre nature

Sur l'ensemble des questions du STAI, ce sont les réponses en lien avec le rapport au corps (je me sens tendue, je me sens détendue) qui ont été les plus améliorées. Ceci pourrait s'expliquer par le fait que

  • Le complexe myofascial est responsable d’un tonus passif, tonus de base (fibres myoblastes et fibres conjonctives), réactif au stress (inflammatoire, activation sympathique, acidification). Mais les muscles participent aussi au processus de stress en se préparant à l’action (avec une tension musculaire spécifique). Lorsqu'il y a débordement à l’ensemble de la musculature du corps, les muscles proximaux mettent du temps à se décontracter. Il faut souvent une aide externe, qui va délasser la tension musculaire et donner accès à une sensation de tension globale.
  • Le processus du stress est liée à l'incapacité du corps à opérer une décharge motrice appropriée :
    • Le système réactionnel mis en route ne peut être déchargé car il n’y a pas d’objet permettant de recevoir l’énergie mobilisée, alors qu'une action physique aurait permis de déchargé le stress engrangé.
    • Un processus de cercle viscieux s’engage : entrapement dans les défilés et frein circulatoire distal dans les articulations ; tensions subjectives qui s'installent, avec altération de la fonction de perception des processus corporelles, signaux d’origines, ...; Densification des terminaisons nerveuses à l’origine de signaux de douleurs fantômes ; perturbation du sommeil, mémoire, apprentissage, mémoires de souffrances fantômes, attention, dépression.
    • L’information devient alors désinformation. Douleurs somatoformes, augmentations des signaux viscéraux, dysfonctionnements chroniques d’apprentissage et de comportement etc.

Ceci permet d'émettre l'hypothèse que le stress (voie descendante de l'information) affecte la voie de l’intéroception (voie ascendante de l'information), ce qui permet de cerner le registre d'action des applications thérapeutiques, utilisant les voies ascendantes (de type fasciathérapie), ou descendantes (de type hypnose).

Conclusion

payrau2_v2.jpgIl serait préférable de ne plus parler de stressor, mais d’événement adverse, d'exigence impérative, de contrainte. En retenant qu'il y a trois niveaux de contraintes : la contrainte absorbable par le système tenségral de la personne, la contrainte régulée par homéostasie et la perception d'un danger entrainant une réaction d’alarme, qui est un processus très couteux

Les thérapies bottom-up (fasciathérapie et réflexothérapie) et les thérapies top-down (hypnose) donnent des résultats équivalents, y compris sur les sensations de tension corporelles.

P. Rosier – Place de la perception en kinésithérapie dans la prévention des blessures chez les athlètes de haut niveau

foot_feminin_-_rosier_v2.jpgIl s'agit des premiers résultats d'une étude réalisée au sein d'une collaboration entre le Cerap-UFP Porto et l'Université de Liège. Elle porte sur des joueuses de football féminin de haut niveau, avec l'objectif à la fois de documenter les facteurs de risque encore mal connus dans cette discipline sportive en émergence, et d'évaluer les effets d'une rééducation sensorielle du mouvement comme facteur de prévention. En effet, le football féminin, en forte croissance, demande beaucoup d’intensité physique (vitesse, changements d’orientation, …) et produit des blessures importantes (13-16 blessures /1000h de match), sans pour autant que l'on puisse extrapôler les connaissances abondantes du football masculin en matières de facteurs de risques. En effet, les blessures ne sont pas du tout aux mêmes endroits ; la biomécanique de l’atterrissage n’est pas la même ; l’anatomie n’est pas la même non-plus, etc. Ce manque de connaissance ne permet pas d’améliorer la prévention. 

L'hypothèse : La perception du mouvement joue-t-elle un rôle ?

rosier_v2.jpgLes tests en matière de risque ne regardent que le registre neuromoteur, c'est-à-dire les risques intrinsèques modifiables : la proportion de la force, la flexibilité, rotation externe, les paramètres fonctionnels, la stabilité corporelle etc. Certes, on observe aussi des paramètres fonctionnels et psychiques, mais il n’est pas jamais question de perception du mouvement ou du corps, alors que nous savons aujourd’hui que le cerveau ne gère pas les muscles mais le mouvement.

L'hypothèse de l'étude est donc la suivante : Ne faut-il pas privilégier l’apprentissage du mouvement et non la coordination musculaire ? C'est en tous cas à l'appui du travail développé par le professeur Danis Bois depuis les années 80 sur les mouvements sensoriels, qu'est proposée la mise en place d'une évaluation et d'une rééducation des composantes intentionnelles, linéaires, de lenteur relâchée, de globalité, et la qualité de présence.

En effet, lorsqu’on observe la réalisation d’un mouvement linéaire transversal, on peut voir apparaître les dissociations et manques de coordinations. Ils ne procèdent pas d'un manque de puissance musculaire, mais du fait que le cerveau ne sait coordonner que le mouvement pour que le bassin reste stable.

L'étude et ses premiers résultats

L'étude porte sur 18 footballeuses professionnelles et les premiers résultats présentés sont produits à l'issue de 2 sessions de travail. L’expérience est conduite sur mouvement de transversalité et sur mouvement de flexion vers l’avant

  • Avant chaque session, elles remplissent un questionnaire visant à suivre les blessures et les pratiques.
  • A T0, elles doivent également reproduire le mouvement présenté sur une vidéo à l'appui de consignes verbales.
  • Puis elles suivent des sessions de formation au mouvement sensoriel
  • A l'issue de la 2è session de formation, elles reproduire le mouvement selon le même protocole qu'à T0.

Les résultats indiquent une nette amélioration de la réalisation du mouvement et même de son vécu.

Cette étude devrait permettre de développer des indicateurs de risques de blessures. Nous ferons dans l’année qui vient 3 groupes d’intervention dont un groupe contrôle.

bertrand2.jpgRemise du prix et présentation du poster lauréat : Isabelle Bertrand – L’apport de pratiques à médiation corporelle dans la prise en charge de l’obésité.

isabelle_-_meilleur_poster.jpgIsabelle Bertrand, chercheure au CERAP, est félicitée pour le poster qu'elle à présenté sur sa recherche doctorale, dont les enjeux, le projet et les résultats ont été jugés en adéquation exacte avec l'objectif du congrès.

Avec émotions, elle présente en quelques minutes le protocole de sa recherche et les principaux résultats d'un suivi à médiation corporel de patients obèses dans le cadre d'un service hospitalier de nutrition (CHU de Clermont-Ferrand). Cette enquête observationnelle en santé de 6 mois a permis

  • d'identifier différents troubles de rapport aux corps : sensations uniquement désagréables ; perte de la sensation de contour et des limites du corps ; troubles de l’ancrage corporel (associé sensations de vide corporel) ; insatisfaction corporelle ; perte de l’existence corporelle ; envie d’un corps obéissant
  • d'évaluer les effets des pratiques (relaxation, chi gong et somato-psychopédagogie) sur ces troubles et sur l’estime de soi, la qualité de vie, l’observance thérapeutique, le comportement alimentaire
  • de constater des effets bénéfiques sur l’estime de soi, des sensations corporelles améliorées (détente somatique et psychique), une amélioration de la qualité de vie (grâce une meilleure capacité de prise de recul, notamment), de la perception de soi à travers son mouvement, et une meilleure observance thérapeutique. Ces effets ne sont observés que chez les patients ayant reçu un suivi à médiation corporel.

Le projet est de faire évoluer les recommandations nationales sur la prise en charge du patient obèse.

Probst – La kinésithérapie en santé mentale : les défis du futur

probst_v2.jpgM. Probst est à l’origine de la création d’une organisation internationale pour le développement de la physiothérapie en santé mentale, intervenant au sein de l'OMS. 20 pays en sont membres. Son projet est de soutenir le développement de la kinésithérapie en santé mentale. En effet, les troubles de santé mentale (anxiété, dépression, etc.) prennent beaucoup d'importance aujourd'hui (27% de la population, d'après l'OMS, en 2015), et les 10 pathologies les plus fréquentes, connectées à un trouble mental, ont toutes en commun un défaut d'exercice !

Depuis plusieurs années, les soins de santé ont évolué, passant d’une approche multidisciplinaire à une prise en charge transdisciplinaire. La transdisciplinarité dans le monde de la santé amène une évolution des pratiques cliniques qui associent de plus en plus souvent la recherche et notamment les sciences humaines et sociales. Ainsi, par exemple, aujourd'hui, dans le soin, on parle de qualité de vie, de réduire les inégalités. Une attention particulière est portée sur les évolutions sociétales, comportementales en lien avec l'état de santé. De même, l’exercice physique et la conscience du corps font aujourd’hui partie du travail de rééducation et d’accompagnement kinésithérapeutique en santé mentale.

Inclusion, soins comunautaires, estime de soi, qualité de vie, inégalités, vie professionnelle, évolutions sociétales, sont les questions d’aujourd’hui. La perception dans l’exercice de la kiné est cependant un peu le maillon faible en santé mentale. Car les kinésithérapeutes, dans ce champ de pratique, se concentrent sur le corps en mouvement. Le projet de l'organisation est d’aller vers un soin individualisé de qualité pour le patient, faisant le lien entre le corps et les dimensions psychiques et sociales, orienté vers la qualité de vie et le bien-être. Un des enjeux est de revaloriser l’intérêt de la kinésithérapie dans le champ de la santé mentale.

La création de sous-groupes thématiques (notamment sur la santé mentale) permet de se concentrer sur des approches centrées sur la personne, sans privilégier des approches techniques. Elle doit permettre d'améliorer la professionnalisation des professionnels concernés en ouvrant au développement de nouvelles compétences. La kinésithérapie est déjà une spécialisation du champ de la santé mentale. Mais elle ne doit pas s'isoler en tombant dans l'hyperspécialisation car pour améliorer l'efficacité des prises en charges transdisciplinaires, on a besoin de gens ouverts. Un des projets de l'organisation à travers la création de ces sous-groupes est donc simplement attirer l’attention sur l’approche holistique, tout en développant des modules de santé mentale dans le cursus de formation des kinésithérapeutes.

La morbidité, les réfugiés, le stress dépassé au travail, les victimes de violence organisée etc. sont des défis à notre société et à ce que notre profession peut apporter. Il nous faut sortir des sentiers battus, en identifiant des nouvelles pratiques, reposant sur pratiques clinique, évaluer leurs efficacité, leur rentabilité, identifier les effets secondaires et contre-indications. Nous démarquer des charlatans. Les besoins de santé ont évolué et les soins de santé doivent s’adapter aux besoins.

Les soins interdisciplinaires doivent s’appuyer sur des équipes interdisciplinaires et personnalisées émanant d’un dialogue avec le patient. Le terme fasciathérapie n’est pas encore bien identifié et peut poser des problèmes d’un point de vue marketing. Mais on commence à le connaître et les choses vont évoluer.

La conclusion du congrès est proposée par le Professeur Danis Bois

La vidéo ci-contre présente un extrait de la conclusion que nous a proposé le Professeur Danis Bois.

Son analyse s'articule en 3 points de réflexions :

  1. L’évaluation des pratiques est importante à conduire et à poursuivre, mais il ne faut pas oublier la personne. L’ouverture aux sciences et sociales est importante à préserver dans cette perspective. C’est dans ce courant que s’inscrit le CERAP et nous sommes donc habitué à cette spécificité d’interroger les personnes. La recherche qualitative se targue d’une rigueur méthodologique indispensable et sans concession. Pour autant, le qualitatif ne doit pas rejeter le quantitatif. L’alliance des deux doit pouvoir apporter un éclairage nouveau. Les manières de mener ces recherches mixtes doit encore progresser, notamment pour clarifier cette dimension opérateur-dépendant qui est le propre de nos pratiques.
  2. Ce que l’on a appris de nouveau :
    1. L’intéroception est une fonction importante de tous les fascias du corps, qui peut nous aider à comprendre le lien au sentiment et à l’émotion et qui doit encore être approfondie, de même que les liens aux aires somato-sensorielles qui sont naturellement extrêmement plastiques ;
    2. La continuité fasciale, indiscutable n’apparaît plus comme un système de compartimentation, mais comme une organisation de mise en lien de la cellule à n’importe quelles autres cellules du corps ;
    3. L’organisation aléatoire et chaotique du système fibrillaire lui confère sa capacité d’adaptation et cela aura des répercussions dans nos pratiques. Ainsi, la lenteur nous permettrait de capter ces variations chaotiques d’adaptation.
    4. Il conviendra de clarifier perception et conscience du mouvement, dont les frontières sont ténues. Car la perception est partout dans la kinésithérapie.
    5. Le modèle de la biotenségrité peut nous apporter des éclairages et ouvrir des perspectives intéressantes, mais il ne doit pas devenir une contrainte, ce qui peut être le cas si on le regarde sous un angle fonctionnel. La mise en pratique de ce modèle n’est pas encore assez visible.
    6. La conscience et l’inconscient ont été abordés, qui sont des domaines complexes. L’imperçu cognitif et les voies de la conscientisation me semblent former une voie intéressante de repositionnement de la place du corps dans ce cheminement.
  3. Les pistes de recherche : Ce congrès a initié un chantier sur la perception du mouvement. Or seuls 10% des percepts d'un mouvement sont conscientisés. Peut-on améliorer cette proportion ? de façon plus performante et plus durable ? La philosophie et la phénoménologie nous disent : « On est conscient de ce que l’on perçoit, on est conscient de quelque chose ». Si l'on est conscient de ce que l’on perçoit, la solution d'une amélioration de la conscience du mouvement ne serait-elle pas dans la perception en tant qu’organe de traitement de l’immédiat. Car c’est la conscience perceptive qui est chargée de traiter l’immédiat en vue d'une réponse adaptative.
    • L'enjeu est d’associer conscience et perception du corps, car elles n’empruntent pas les mêmes voies physiologiques. Si l'on sait que la perception est le primat de la nouveauté, peut-être pourra-t-on dépasser la terminologie imprécise de "conscience du corps".
    • Le projet de développer le rapport au corps par la conscience du corps peut également être poussé plus loin. Par exemple, au-delà de la restauration d'une intégrité physique, si l'on propose de faire du mouvement une tâche à accomplir, on stimule l’activité cognitive qui lui est associée (attention, mémoire, coordination, etc.). Avec sa dimension sensorielle, le mouvement peut alors devenir une expérience, qui associe un travail périphérique et central, assurant une coordination simultanée.
    • L’enjeu est de mettre en lien ce que nous dit la théorie avec ce que nous montre le terrain. La pratique est souvent en avance sur la science et il faut maintenant consolider les évaluations pour donner corps à des propositions de compréhension plus solides, voire de preuves !

 

Anne Lieutaud