Le singulier et l’universel dans le paradigme du Sensible : un entrelacement permanent à chaque étape de la recherche

Du singulier à l'universel - Fleur (c) Kristina Servant
Auteur(s) :

Eve Berger - Professeure auxiliaire invitée de l’UFP, docteure en sciences de l'éducation, Directrice de CF3P

Professeure associée de l’Université du Québec à Rimouski (UQAR)

Didier Austry - Professeur associé invité à l’Université Fernando Pessoa, docteur en sciences

Docteur en sciences, coach en écriture individuelle et collaborative

Le passage du singulier à l’universel est traditionnellement vu comme un processus de généralisation progressive, reposant essentiellement sur les étapes de modélisation et de théorisation qui permettent de penser les données du terrain en les détachant de leur contexte premier. Les recherches menées dans notre laboratoire – le CERAP, Centre d’étude et de recherche appliquée en psychopédagogie perceptive, université Fernando Pessoa, Porto – révèlent la possibilité d’une articulation différente, qui constitue l’objet de cette communication. Ce laboratoire a pour vocation d’étudier les enjeux et le sens des  pratiques  et  théories  du  « Sensible »,  entendu  au  sens  de  D.  Bois  comme « organe », « lieu » et « modalité » spécifiques de relation à soi, à autrui et au monde, fondée sur un rapport éprouvé au corps vivant. Les praticiens-chercheurs y abordent leur recherche sur, et surtout depuis, ce foyer corporel de sensibilité et d’intelligibilité. De ce rapport éminemment singulier au corps émerge alors un type de connaissance qui dépasse la singularité; ce que l’on voit apparaître alors, en termes de parcours des données vers la théorisation, ne procède pas d’un cheminement linéaire du singulier vers l’universel, mais plutôt d’un entrelacement permanent de singulier et d’universel sous différentes formes, à chaque étape de la recherche. Nous l’illustrerons notamment à travers la posture de réciprocité actuante, concept au cœur de notre démarche de recherche.

Mots clés : PARADIGME DU SENSIBLE, ENTRELACEMENT UNIVERSEL / SINGULIER, RÉCIPROCITÉ ACTUANTE

 

Introduction

Nous sommes tous deux chercheurs au Cerap – Centre d’étude et de recherché appliquée en psychopédagogie perceptive, Université Fernando Pessoa, Porto – et c’est en tant que chercheurs et formateurs à la recherche que nous présentons cette contribution.

Notre équipe de recherche, dirigée par le Pr. D. Bois1 se consacre depuis le début des années 2000 à étudier l’expérience du « corps Sensible » (Bois, 2001, 2006, 2007), qui se trouve au fondement d’approches professionnelles de soin et d’accompagnement de la personne2. Le corps est ici vécu, compris et étudié comme lieu d’émergence et d’entrelacement de processus perceptifs, affectifs, cognitifs et relationnels renouvelés. Le corps Sensible est donc ce corps qui déploie et actualise sa sensibilité potentielle pour ouvrir à de nouvelles capacités de perception, d’action, de relation à soi et à autrui, de création de sens et d’expression créatrice.

Au départ conçue et proposée comme une expérience pratique, l’expérience du Sensible est devenue un objet de réflexion au centre d’un véritable champ de recherche, qui explore ses différentes dimensions perceptives, affectives, cognitives et relationnelles, ainsi que ses implications psychologiques, existentielles, professionnelles et sociales. Ainsi sont nés des concepts théoriques forts, ancrés dans des pratiques professionnelles, qui dessinent aujourd’hui un paradigme nouveau : une procédure méthodologique de référence (pour nos pratiques thérapeutiques et psychopédagogiques) et un modèle théorique orientant la recherche et la réflexion (Bois, 2007; Bois & Austry, 2007; Bourhis, 2007; Courraud, 2007).

Dans la formation à la recherche que nous dispensons, ce paradigme guide les méthodologies de recherche employées, depuis la construction de la question  de  recherche  jusqu’aux  méthodes  d’analyse,  en  passant  par  une redéfinition de la posture épistémologique adoptée (Austry & Berger, 2009; Bois, 2011). Les praticiens-chercheurs du Cerap, en tant que professionnels experts  des  pratiques  qu’ils  étudient,  abordent  en  effet  leur  terrain,  leurs données et leurs analyses avec – et même depuis –, un foyer corporel de sensibilité et d’intelligibilité spécifique, sur lequel ils fondent leur posture et leurs procédures. Depuis 2001, plus de 200 praticiens se sont ainsi « frottés » à la recherche sur et depuis le Sensible; plus de 30 mémoires de mestrado3  ont été soutenus, 32 autres sont en cours cette année, ainsi que 8 thèses de doctorat.

De ce mode de recherche, fondé sur une relation singulière du chercheur à son propre corps, émerge un type de connaissance qui dépasse la singularité pour atteindre un universel. La relation au corps sensible et, plus généralement, les phénomènes du Sensible, deviennent donc dans nos recherches à la fois objets de recherche et outils de recherche. Objets, puisque nos  recherches visent à mettre en lumière, modéliser, théoriser, explorer le monde du Sensible et les pratiques qui en sont issues. Outils, puisque nous utilisons cette relation au corps à chaque étape de la recherche, comme support de tous les actes de la recherche.

Dans ce contexte, l’objectif de notre communication est de montrer que la relation au Sensible engendre et révèle un mode de connaissance particulier, et que ce mode de connaissance révèle de nouveaux entrelacements entre prise en compte d’un singulier et émergence d’un universel.

Nous commencerons par exposer en quoi le paradigme du Sensible peut être considéré comme tel, puis nous esquisserons les contours du concept de Sensible lui-même, en mettant en valeur le concept de  connaissance immanente. Ensuite, nous exposerons notre regard sur l’état actuel, en épistémologie, de l’abord de la notion de singularité, en nous appuyant sur Penser par cas de (Passeron & Revel, 2005) et sur le concept de jugement réfléchissant de Kant. À partir de ce regard, nous montrerons que la relation au Sensible apporte un éclairage nouveau et original par la prise en compte pleine et effective d’une subjectivité incarnée. Enfin, nous présenterons l’un des concepts centraux de notre méthodologie de recherche, la « réciprocité actuante » (Bois, 2006; Bourhis, 2009), présente à tous les stades de la recherche.

Le paradigme du Sensible : un paradigme organisateur

Avant d’entrer dans le cœur de notre propos, il nous faut présenter le paradigme du Sensible. Pour ce faire, nous reprendrons les trois caractéristiques principales d’un paradigme telles que définies par Kuhn dans son célèbre livre, La structure des révolutions scientifiques (Chalmers, 1990; Kuhn, 2008).

La première caractéristique d’un paradigme est de fournir une vision du monde, ou, dans le cadre qui nous occupe, une vision de l’humain. Dans le cas du paradigme du Sensible, cette vision de l’humain est basée sur une logique du vivant, un vivant incarné, accessible et perceptible dans le corps. Avec cette puissance du vivant incarné, découle une vision de l’humain comme déploiement de potentialités. Cette vision est née de l’expérience première et fondatrice d’un rapport au corps vivant intimement vécu et éprouvé (Berger, 2006; Bois, 2006).

La deuxième caractéristique d’un paradigme est qu’il comporte des modèles théoriques organisateurs, c’est-à-dire que la vision globale se décline sous forme de modélisations théoriques spécifiques4. Le paradigme du Sensible possède des concepts fondateurs forts, dont certains fourniront le fil de cette présentation.

Enfin, la troisième caractéristique d’un paradigme est qu’il comporte non seulement des modèles théoriques mais aussi des protocoles pratiques. Or, notre laboratoire, le Cerap, ne travaille pas uniquement à l’amélioration des outils pratiques de la fasciathérapie et de la somato-psychopédagogie, ou à la compréhension des effets de ces pratiques (que ce soit sur le plan pédagogique ou thérapeutique), mais aussi à la mise au point d’un véritable programme de recherche, essentiellement qualitatif (mais pas seulement), et donc des pratiques et des méthodologies de recherche.

Le Sensible : de la perception du corps vivant à une connaissance immanente et singulière

Dans notre approche, le Sensible désigne donc d’abord et avant tout une faculté de perception des phénomènes internes qui animent notre corps quand on se met en relation avec lui dans certaines conditions que nous ne détaillerons pas dans cette communication5. Ces phénomènes sont de l’ordre, par exemple, de sensations de chaleur intérieure, de mouvances, d’états de densité ou de malléabilité de l’intériorité corporelle, de tonalités émotionnelles, de pensées émergentes, etc.

Ces phénomènes internes peuvent devenir, à condition de se former à leur « lecture », de véritables informations intelligibles, voire des « réponses » que le corps fournit face à une situation, au-delà ou en amont d’une réflexion volontaire menée par la personne à propos de cette même situation. Un rapport conscient à son corps peut ainsi fournir une somme d’informations supplémentaires à ajouter à celles habituellement recrutées pour faire un choix, prendre une décision, mener une réflexion ou encore s’orienter dans les chemins de l’existence. Il est important pour notre propos de remarquer que ces informations ne sont pas seulement des informations concernant la vie intime de la personne, mais sont aussi le résultat, en tant qu’effets en quelque sorte, de toutes les interactions que la personne entretient avec son entourage  et  le monde extérieur.

Bois qualifie cet ensemble d’informations signifiantes de connaissance, qu’il qualifie de plus d’immanente et de singulière (Bois, 2007). Le fait de caractériser cette connaissance de singulière se comprenant aisément (puisque l’information apparaît et appartient bien à la personne), l’originalité de la proposition de Bois repose donc sur cette notion d’immanence. Immanence pointe le fait que les phénomènes internes ne pouvant exister en dehors de la relation que la personne entretient avec le Sensible du corps, ceux-ci sont donc des propriétés intrinsèques de cette relation même. De plus, dans notre travail avec Bois, nous avons souligné le fait suivant : « Ils (les vécus du Sensible) sont aussi immanents dans le sens où ils ne dépendent pas de conditions ou d’événements extérieurs, de représentations déjà existantes ou de connaissances préalables » (Bois & Austry, 2007, p. 16).

Bois a détaillé les propriétés et l’importance de ce type de connaissance dans sa thèse de doctorat (Bois, 2007). Pour notre propos, nous pointerons le fait important que cette connaissance possède aussi un statut d’universalité (Berger & Bois, 2008). Comme exemple simple et élémentaire, prenons le cas d’un chercheur, habitué à notre mode de recherche en lien avec le Sensible, et ressentant une tension viscérale à l’occasion de la lecture de ses données de recherche : cette tension signale à la personne qu’elle est, par exemple, face à un problème soit dans l’approche de ses données, soit dans sa propre compréhension. Le contenu et le sens précis que cette information ont pour le chercheur sont parfaitement singulier mais l’existence même, ainsi que son sens de cette tension comme « mise en alerte », possède bien le statut d’un invariant. Donc, de manière générale, les contenus de vécus du Sensible sont bien singuliers parce qu’ils « parlent » à une personne singulière, mais le type d’information révélé est, lui, universel. On voit donc ici apparaître le thème de cette communication : l’entrelacement des dimensions universelle et singulière du processus de création de connaissance.

En conclusion de cette partie, nous soulignerons que c’est parce qu’il y a cette notion de connaissance immanente et émergente que l’expérience du Sensible n’est pas seulement une expérience existentielle, mais peut être aussi le support d’une posture et d’une démarche de recherche pleines et entières.

Du singulier et de l’universel en recherche qualitative

Avant d’entreprendre notre exploration des articulations entre singulier et universel dans le cadre du paradigme du Sensible, il nous semble intéressant de mettre en perspective cette discussion dans un cadre épistémologique et philosophique plus large, ce qui montrera par là-même l’intérêt de notre approche.

Si les conflits au sujet de la scientificité des sciences humaines ont bien commencé à la fin du XIXème avec la controverse paradigmatique autour de l’explication et de la compréhension, et de la distinction de Windelband entre sciences nomothétiques et sciences idiographiques – sciences de l’universel et sciences de l’individuel (Bouvier, 2011; Mesure, 1990; Zaccaï-Reyners, 2003), elles ont pris un tour apaisé, ou même se sont achevées, avec l’abandon en philosophie des sciences du positivisme classique. Si l’on suit Andler, c’est la publication du livre de Kuhn sur les révolutions scientifiques qui scelle cette fin (Andler, 2002). Pour Andler, après ce livre, on assiste à la fin du monopole d’une vision de la science comme science universelle, cumulative, répondant à des critères rigoureux et indiscutables, et reposant sur une méthodologie tout aussi rigoureuse et exclusive, le modèle hypothético-déductif de Hempel, issu de la physique.

De nouveau, les sciences humaines sont face à leur problème originel : l’abord du cas individuel, qu’il soit historique, psychologique ou sociologique, comme problème clef dans l’approche du monde humain. Resurgit alors la nécessité de trouver d’autres outils théoriques, d’autres méthodologies d’appréhension de la prise en compte de la singularité.

Montée généralisante et/ou descente particularisante

Bouvier (2011) rappelle qu’il y a deux façons d’envisager l’abord de l’individualité (qu’elle soit un évènement, un processus, une personne) : soit comme un cas particulier, soit comme un cas singulier. Dans le premier cas, l’élément est vu comme un exemple d’une loi générale, rangé sous une loi générale; dans le deuxième, il est vu dans son unicité et possédant son irréductibilité propre.

Bouvier montre alors que cette façon de voir enferme les démarches scientifiques des sciences humaines dans une impasse. Dans le premier cas, toute spécificité de l’individualité est perdue, et l’on retombe sur des méthodologies hypothético-déductives, et dans le deuxième, poser l’irréductibilité du cas pur bloque toute modélisation théorique généralisante.

Passeron  et  Revel,  dans  leur  présentation  de  la  démarche  qu’ils dénomment « Penser par cas », pointe la même problématique : "Le problème que pose dans l’histoire des sciences la description des singularités est devenu – ou redevenu – central lorsque la pensée par cas a fait émerger dans toutes les sciences une forme d’argumentation irréductible au modèle hypothético-déductif de description des opérations d’inférences et de preuve qui réduisait, par définition, le cas singulier ou l’acteur individuel à un exemplaire substituable par n’importe quel autre" (Passeron & Revel, 2005, p. 37).

Passeron et Revel circonscrivent alors les démarches classiques selon un axe vertical : la descente particularisante qui est typique de la démarche déductiviste, et la montée généralisante, typique de la démarche inductiviste (Passeron & Revel, 2005). Dans les deux cas, de nouveau, la spécificité du cas individuel est perdue. Dans la démarche déductive, les cas ne se comprennent que comme particuliers d’une loi générale d’où toute spécificité est exclue, par définition. Dans la démarche inductive, même si la « montée en généralité » se fait à partir de cas individuels, ceux-ci sont délibérément simplifiés, épurés, pour pouvoir rentrer dans la logique du raisonnement inductif.

La question posée est alors de savoir s’il est possible de construire une autre forme de méthodologie : « (…) une autre manière d’articuler une argumentation, dont la montée simultanée en généralité et en exactitude ne se réduirait ni à celle de la généralisation inductive, ni à celle de la nécessité déductive (…) » (Passeron & Revel, 2005, p. 37).

Au final, nous noterons l’intéressante proposition des auteurs de voir la démarche de modélisation par cas, non pas verticalement mais horizontalement, ce qui vient troubler ce jeux d’aller-retour verticaux pour produire « des intelligibilités, en traversant et en reconfigurant horizontalement les collections de cas – c’est-à-dire en traitant sous une forme idéal-typique les traits pertinents d’une interprétation cohérente (des phénomènes étudiés) (…) » (Passeron & Revel, 2005, p. 26).

Pour notre part, nous montrerons que la démarche de recherche propre au Sensible prend le problème d’une autre façon : en revisitant l’articulation singulier / universel sur un axe vertical de « montée en généralité »,  elle articule ensemble les deux mouvements ascendant / descendant. Mais, avant cela, il nous semble approprié de prolonger la discussion avec le concept de jugement réfléchissant kantien, en nous appuyant sur la lecture qu’en fait Ferry (2006).

Ferry et le jugement réfléchissant kantien

Dans la troisième critique, Critique de la Faculté de juger, Kant fait la distinction entre jugement déterminant et jugement réfléchissant. Le jugement déterminant est la dénomination de Kant pour tout jugement scientifique, procédant à partir de la loi universelle pour en déduire des conséquences empiriques. À l’opposé le jugement réfléchissant, comme le jugement esthétique que Kant appelle aussi le jugement de goût, procède du particulier vers l’universel, sans que le concept général, visé par le jugement, ne soit donné au départ. Tout le travail de Kant est de montrer comment il est possible d’établir un jugement, c’est-à-dire une proposition à valeur générale, tout en partant d’une donnée sensible, par définition singulière.

L’approche kantienne part d’une antinomie : comment un jugement de goût est possible, alors qu’on se trouve face à deux positions théoriques incompatibles. D’un coté, le rationalisme « dogmatique » qui recherche une science du beau et du goût, exacte et universelle, comme en physique, ce qui est selon Kant impossible; de l’autre, l’empirisme sensualiste qui ne vise qu’un accord entre l’objet et une résonance individuelle par les sens, et pour qui « tous les goûts sont possibles » (Ferry, 2006, p. 181). Nous retrouvons donc, sous une forme philosophique, la même problématique que ci-dessus.

Selon Ferry, la solution de l’antinomie du jugement de goût repose sur trois idées :

  1. Il y a bien de l’universel dans la structure du jugement esthétique, mais pas sous la forme de concepts donnés d’avance.

Le principe organisateur de la réflexion réfléchissante est le suivant : « Il consiste dans l’espérance ou dans l’exigence que le réel va se laisser classer (…). L’universel existe donc, non comme concept, mais à titre d’Idée c’est-à- dire de principe régulateur pour la réflexion » (Ferry, 2006, p. 172).

Nous ferons remarquer qu’il s’agit d’un principe fort que l’on retrouve dans nos recherches sur les phénomènes du Sensible. Par exemple, les recherches de Bois, dans sa thèse de doctorat, montraient comment ces phénomènes exhibaient une structure et une logique propres, qu’il a dénommée la spirale processuelle du Sensible (Bois, 2007); avec, par exemple, des sensations de chaleur, de profondeur, et de globalité qui s’enchainent l’une après l’autre. Il est aussi intéressant de pointer que, pour Kant, puisque le concept, support du jugement, n’est pas donné par avance, c’est qu’il se donne et se construit dans et par l’expérience. La façon dont cela se passe est décrit par la deuxième idée.

  1. L’universel apparaît dans la réconciliation des facultés sensibles et intelligibles : « Il y a accord libre et contingent de l’imaginaire et de l’entendement, accord totalement imprévisible et non maitrisable (…). Et c’est cet accord des facultés sensibles et intellectuelles qui fonctionne à son tour, dans un second temps, comme une trace symbolique, comme un début de  réalisation  des  Idées  de  la  raison  (…) »  (Ferry,  2006, p. 179).

Kant propose donc que le concept émerge dans l’expérience par l’accord entre sensible et intelligible. Il faudrait alors explorer plus avant comment cet accord est possible, ce qui, dans les propriétés de ces deux facultés, autorise cet accord, mais cela dépasserait le cadre de notre communication.

  1. Le jugement qui se fait, ou plutôt émerge donc, est un jugement partageable et discutable, parce qu’il est porté par une humanité commune : "(…) Si les Idées de la raison, bien qu’indéterminées, n’étaient point supposées communes à l’humanité, l’objet beau, en éveillant ces idées, ne susciteraient pas un sens commun, pas même le projet, en cas de différend, de discuter du goût, puisque, pour discuter ‘il faut avoir au moins l’espoir de s’accorder’…" (Ferry, 2006, p. 180).

Ce dernier principe nous semble tout aussi fondamental. Sans support commun, pas de partage possible, sans intersubjectivité, pas d’accord potentiellement possible sur des jugements. Nous avons déjà présenté l’importance, dans le paradigme du Sensible, de la notion de logique du vivant. Cette logique montre que les phénomènes du Sensible, même dans leur portée singularisante, s’appuient sur un fonds commun, partageable, parce que reposant sur des invariants, comme la spirale processuelle déjà évoquée.

L’expérience  du Sensible :  quatre niveaux d’articulation singulier/universel

En nous appuyant sur cette mise en contexte épistémologique, nous sommes en mesure de montrer toute l’originalité du type de connaissance immanente qui émerge dans la relation au Sensible du corps et d’en déployer l’intérêt en recherche qualitative. Dans le fil de la discussion ci-dessus, nous allons baser cette description sur un parcours vertical, que nous allons appeler « la montée / descente en généralité du Sensible ». « Montée / descente » parce que, contrairement aux modèles de Passeron & Revel et du jugement réfléchissant kantien, nous voulons montrer que chaque moment de ce processus exhibe à la fois, dans le même temps, du singulier et de l’universel.

1er moment d’articulation : la rencontre elle-même

La première étape de ce parcours entre singularité et universel se trouve dans la rencontre entre la personne, praticien et/ou chercheur, et son Sensible corporel, et la genèse d’un vécu subjectif. Il concerne la nature ou la caractérisation de ce vécu du Sensible.

La rencontre avec le Sensible du corps est bien un vécu singulier, au sens d’un vécu d’une personne donnée, à un moment donné, dans un  contexte donné. En effet, si un « vécu » du Sensible peut être général dans son apparaître – comme chaleur, tension, tonalité intérieure ou même sens émergeant –, le « vécu », en tant que vécu par cette personne spécifique, possède à un moment précis une forme singulière dans son mode d’apparaître – une certaine chaleur, une certaine tonalité intérieure, etc.

Dans le même temps, ce singulier, en tant que « quiddité »6 – c’est-à-dire une chose telle qu’elle est vécue de manière spécifique, celle-ci et pas une autre

– peut être envisagé comme l’expression d’un universel, de par son existence même. Vermersch l’exprime ainsi : « S’il en existe un (un exemplaire), alors cette catégorie existe, donc cela a une portée universelle, dorénavant et à jamais il faut le prendre en compte » (Vermersch, 2000, p. 241).

Cette  articulation  prend  toute  son  importance  si  on  compare  la perception d’un état interne et la perception d’un objet ou d’une situation externe. Ce qui est visé dans la perception externe, c’est l’objet lui-même qui, d’une certaine façon existe en dehors de la perception elle-même, alors que dans la perception du Sensible, le vécu visé est interne, il se donne au cœur du ressenti corporel et n’existe que dans la relation que la personne entretient avec lui.

Donc, dans le cas d’un vécu du Sensible, où ces aspects subjectif et expérientiel renforcent la perspective, son existence singulière prend la forme de la manifestation d’un « possible », pour reprendre un terme cher à D. Bois : à partir du moment où cette expérience existe pour un personne, elle existe potentiellement pour tout le monde.

2ème moment d’articulation : la résonance de la rencontre

Le deuxième moment de singularité concerne la manière dont chacun vit l’expérience de la rencontre avec le Sensible du corps. Le vécu du Sensible emporte en lui-même toute la relation singulière que la personne a avec ce vécu : par exemple la résonance, dans et pour la personne, de ce qu’elle vit, et qui lui appartient; ce que ce vécu lui renvoie de sa propre histoire, ou la manière dont elle se l’approprie. Pour reprendre les différentes facettes du vécu données dans la section précédente, il s’agit ici non plus des formes particulières d’apparaître de ces facettes, mais de l’effet que produisent, pour la personne, la chaleur, la tension, la tonalité interne ou l’appropriation du sens.

Ce niveau de singularité peut, lui aussi, être envisagé comme l’expression d’un universel, dans le sens où le fait même de vivre une expérience, quelle qu’elle soit (par exemple de tristesse, de solitude, ou de chaleur émanant de la rencontre avec son corps) est l’expression d’un caractère, d’un style, singulier certes mais qui est partageable par tout le monde et reconnaissable par tout le monde. Ainsi, le philosophe genevois J.-C. Piguet (Piguet, 2000) faisait remarquer par exemple qu’un état d’amour, à distinguer du sentiment d’amour, vaut comme expression d’un universel dans le sens où cette expression est parfaitement reconnaissable par tout le monde, au contraire du sentiment lui-même.

Nous ferons remarquer que, même si cette deuxième articulation n’est pas spécifique aux vécus du Sensible (puisqu’elle vaut pour toute approche des vécus exprimables et exprimés), elle prend sa place comme étape essentielle dans ce que nous voulons montrer de la « montée / descente en généralité » spécifique à l’approche Sensible. La particularité d’un vécu du Sensible est que la personne a accès dans le même temps, au vécu et à la dimension expressive de ce vécu. Elle ne fait pas que l’exprimer au monde, dans le monde, elle éprouve elle-même cette expression.

3ème moment d’articulation : l’irréductibilité de l’expérience du Sensible

Une autre forme de spécificité de toute expérience éprouvée, comme l’expérience du Sensible, est que ce que l’on rencontre dans l’expérience existe sous cette forme (par exemple, un vécu corporel interne de chaleur, d’épaisseur ou de globalité) grâce au cadre particulier qui permet cette expérience. Ce point est généralisable : une expérience de qi-gong, ou de la méthode Feldenkrais, serait tout aussi spécifique, naturellement différente de l’expérience du Sensible, notamment parce que les conditions d’expérience sont différentes.

La mise en valeur de cette articulation entre singulier et universel passe alors par la caractérisation de ces conditions : les conditions d’émergence d’une singularité font apparaître la forme même de cette singularité en tant qu’elle se distingue d’une autre, cette forme-là en tant qu’ensemble de caractéristiques qui déploie une totalité. La forme de cette totalité est alors un invariant qui dépasse la simple existence de l’expérience. C’est donc la spécification de l’expérience, en tant qu’elle émerge de conditions spécifiques, qui constitue l’étape suivante de notre processus de « montée / descente en généralité ».

Il est intéressant de remarquer qu’une telle mise à jour de processus générateurs est pour Bouvier un objectif novateur et commun à toute une catégorie de démarche de recherche, qu’elle soit biologique – par exemple, les processus vitaux et de croissance – ou des sciences humaines – comme les processus d’agrégation de conduites ou de transformation de croyances (Bouvier, 2011).

4ème moment d’articulation : le Sensible comme principe du vivant

Le dernier aspect important de l’expérience du Sensible que nous voulons présenter, en terme d’articulation singulier / universel, est le fait que cette animation interne du corps est la marque d’un principe du vivant, principe universel par excellence. Ces manifestations du vivant que nous apprenons à saisir par le biais du toucher, du geste ou de la présence introspective à soi- même, appartiennent à tout vivant, elles sont une expression de la dynamique même du vivant, et elles en révèlent la structure et les propriétés.

Mais il est remarquable d’observer que ce principe universel, étant perçu par un sujet particulier, lui révèle du même coup un sentiment identitaire fort. L’expérience de cette relation est pour la personne l’expression de son incarnation, la rencontre avec sa propre chair qui la révèle dans toute sa singularité.

Ainsi, nous retrouvons le principe kantien d’un fonds commun humain, comme base de partage de toute expérience subjective. Dans l’expérience du Sensible, ce fonds commun prend la forme d’une réalité charnelle, partageable, vécue et éprouvé selon des principes communs. Enfin, ce fonds commun est aussi un fonds commun perceptif, support de la notion de réciprocité actuante, qui est le principe de base gérant toute relation, qu’elle soit d’accompagnement ou entre le chercheur et ses participants à la recherche, par exemple.

En conclusion, ce que montre aussi l’ensemble de ces différents moments est que le processus de cette montée / descente est aussi une relation de distance / proximité avec l’expérience visée (Austry & Berger, 2009; Paillé, 2007). En effet, il nous semble clair que, dans la relation au Sensible, plus la personne est engagée dans son expérience, plus elle en saisit l’essence, et plus la personne est au contact de son expérience singulière, plus elle en atteint son universalité.

La réciprocité actuante

Quel type de relation se construit entre un praticien et la personne qu’il accompagne, ou entre un formateur et un groupe de stagiaires, ou entre un chercheur et la personne qu’il interroge, quand la relation est fondée sur un vécu partagé du Sensible? Le concept de « réciprocité actuante », modélisé par Bois (Bois, 2006; Bourhis, 2009), tente de caractériser la manière dont ces entrelacements entre singulier et universel se jouent dans la relation entre deux personnes ou entre une personne et tout ce avec quoi elle peut entrer en relation – notamment, pour ce qui nous intéresse dans cette communication, dans la posture du chercheur qualitatif.

Cette réciprocité, est, au départ, une modalité de présence à soi et à autrui qui s’installe entre deux personnes quand elles situent leur relation d’échange  sur  la  base  d’un  rapport  partagé  au  Sensible.  Le  terme  de « réciprocité » traduit une dimension de la relation qui la distingue de l’empathie, d’abord en ce qu’elle est construite sur le ressenti des phénomènes internes au corps, distincts de tout phénomène affectif ou émotionnel. Mais surtout, elle en est distincte par la symétrie instaurée entre les personnes en présence, là où l’empathie est souvent entrevue comme un mouvement asymétrique de se mettre à la place d’autrui. Bois et Humpich soulignent à ce propos que dans la réciprocité, [ce mouvement] est contrebalancé par le mouvement de laisser autrui entrer en soi. […] Là où l’empathie s’offre comme un pont invisible et impalpable entre la subjectivité du chercheur et celle des participants à sa recherche, la réciprocité se déploie comme un liant sensible dont la texture peut être aperçue, dont la tenue peut être évaluée, dont la fonction de vecteur des ‘informations circulantes’ peut être régulée en temps réel (Bois & Humpich, 2006, p. 482-483).

Sur le plan de cette expérience partagée, il n’y a donc pas d’asymétrie entre le praticien et la personne accompagnée, entre le formateur et l’apprenant, entre le chercheur et le participant à la recherche. On installe une expérience commune, basée sur le ressenti commun des phénomènes internes, qui crée les conditions d’une relation antérieure à toute appréhension cognitive du monde de l’autre.

Ensuite, Bois a qualifié cette relation de réciprocité d’« actuante », parce qu’elle renvoie à la part active des protagonistes de l’échange : la réciprocité ne peut être établie que si chacune des personnes en présence fait ce qu’il faut pour accueillir l’autre dans ou depuis son rapport au Sensible. Une relation de ce type relève donc d’un acte, un acte relationnel, au sens où elle ne peut être machinale. « Actuante » renvoie également au fait que cette modalité de relation étant basée sur la perception des phénomènes corporels internes, il y a en permanence actualisation de l’échange en fonction de ces données internes corporéisés. Comme le précise Bois, « ce lieu d’échange intersubjectif génère une influence réciproque […] selon une boucle évolutive qui se construit en temps réel de la relation actuante » (cité par Courraud, 2007, p. 68).

Le processus de la réciprocité actuante

La réciprocité actuante est aussi une posture – par exemple la posture du chercheur quand il étudie son matériau –, elle-même résultant d’un processus, au sein duquel on peut distinguer six étapes principales, que nous avons recensées et caractérisées en observant notre propre expérience. Ces étapes sont les suivantes : perception, pénétration, imprégnation, altération, information, restitution. Nous serons brefs sur la description de ces étapes, qui demanderait un article à part entière.

La première étape, comme vue plus haut, est la rencontre elle-même (avec le Sensible lui-même, avec autrui, avec tout événement intérieur ou extérieur), qui génère la perception des phénomènes internes. La deuxième étape, qui correspond à un autre acte de la part de la personne qui vit l’expérience de la rencontre, consiste à « laisser entrer » l’expérience dans soi, dans un temps de « laisser venir » et d’installation dans une posture d’observateur de cette expérience. La troisième étape est une phase d’imprégnation, qui consiste à se laisser habiter, imbiber, par cette expérience, et qui aboutit à l’étape qui est le cœur même de l’expérience de la réciprocité actuante, l’altération. L’altération est ici comprise dans un double sens de changement – il y a quelque chose qui a été altéré, donc modifié, transformé – et de rencontre avec un autre – un autre dans soi, un autre de soi, et l’autre de la rencontre elle-même.

On sait donc qu’il y a eu véritablement rencontre et effets de la rencontre, quand chacun des participants, à un moment ou à un autre, a changé quelque chose, dans lui, dans ce qu’il sent, dans ce qu’il pense, dans la manière dont il comprend l’autre et/ou se comprend soi-même.

La notion de réciprocité actuante est aussi importante pour la posture de recherche dans le sens où elle installe les protagonistes dans une posture de neutralité active (Berger, 2009b; Bois & Austry, 2007). Cette posture crée chez le chercheur la distance de recul nécessaire à la recherche, mais aussi dans le même temps la proximité avec sa recherche sur laquelle son implication peut se déployer (Austry & Berger, 2009; Berger, 2009b).

La réciprocité actuante et la recherche dans le paradigme du Sensible

Ce processus de réciprocité actuante, utilisé et modélisé au départ dans la pratique professionnelle de terrain, a été ensuite appliqué à toutes les étapes de notre démarche de recherche : le rapport au terrain, le rapport au savoir théorique, le rapport aux participants, le rapport aux données.

Ainsi, là où beaucoup de chercheurs qualitatifs fondent leur posture relationnelle sur la notion de non-directivité de Rogers, avec l’objectif respectable de laisser le participant libre de dire ce qu’il a envie d’exprimer, notre méthodologie d’entretien de recherche s’appuie sur la réciprocité actuante, dont l’objectif est de créer les conditions adéquates pour recueillir de la part des interviewés les informations pertinentes par rapport à la question de recherche, par exemple.

La réciprocité actuante est aussi un outil au cœur de l’analyse des données. L’enchaînement des étapes perception / pénétration / imprégnation / altération est exemplaire de tout le processus d’implication du chercheur dans l’analyse de ses données. Dans cette phase, le chercheur ne se contente pas de retranscrire et d’annoter ses données, il y a « quelque chose » qui se passe entre lui et ses données. Les données résonnent en lui, lui résonne aux données, et le moment de l’altération correspond au moment où le chercheur découvre l’information importante.

La réciprocité actuante est donc la marque de l’implication du chercheur dans sa recherche, cela devient une posture du début à la fin de la recherche, une posture du chercheur qui se met à l’écoute de la résonance en lui de tout élément de sa recherche. Comme nous le disions ci-dessus, la réciprocité actuante est l’outil méthodologique support de la « distance de proximité » (Berger, 2009a, p. 226), comme l’a appelée Bois, posture caractéristique du chercheur du Sensible.

Conclusion

Notre objectif était de montrer que le paradigme du Sensible offrait des perspectives nouvelles sur l’articulation entre universel et singularité. Ce qui nous paraît aussi important dans le domaine des recherches qualitatives est la cohérence entre objectifs de recherche, méthodologies et posture de recherche. Notre communication a donc mis en valeur cette cohérence entre un paradigme professionnel et un paradigme de recherche et montré l’enrichissement entre nos deux pratiques : les outils pratiques nourrissent les méthodologies de recherche et la recherche nourrit la pratique professionnelle de nouveaux concepts et protocoles. Cet enrichissement est possible et fructueux parce que les principes qui sont au cœur du paradigme du Sensible, comme la connaissance immanente et la réciprocité actuante, se retrouvent au centre de nos deux pratiques.

Enfin, nous n’avons fait qu’évoquer l’intérêt d’une posture de recherche, centrée sur une subjectivité incarnée, qui concilie à la fois la distance nécessaire à toute recherche et la proximité avec son terrain de recherche. Cette relation de distance de proximité possède aussi en son cœur une articulation qu’il resterait à développer entre singularité et universalité.

 


Notes

1  Professeur cathédratique en psychopédagogie perceptive à l’Université Fernando Pessoa (Porto).

2 Les pratiques du Sensible sont la fasciathérapie (méthode de soin et d’éducation à la santé pratiquée par les kinésithérapeutes et les médecins) et la somato- psychopédagogie (méthode d’accompagnement de la personne associant toucher, mouvement et parole) (Bois & Berger, 1990; Courraud, 2007).

3  Appellation portugaise du master, tel que défini par la loi de Bologne sur l’espace européen de l’éducation et de la formation.

4 Voir les travaux universitaires présents sur le site du Cerap : www.cerap.org.

5 Pour en savoir plus sur ces conditions : cf. Berger & Bois, 2008; Bois, 2007; Bourhis, 2007.

6  La quiddité, notion très utilisée de la philosophie du Moyen-Âge, permettait de distinguer deux façons de concevoir l’être d’une chose : comme essence, ce qui fait que la chose fait partie d’un ensemble, ou comme la teneur de la chose dans sa singularité, ce qui la spécifie comme telle et pas comme une autre chose.

Eve Berger
Didier Austry

Informations de publication: 
RECHERCHES QUALITATIVES – Hors Série – numéro 15 – pp. 78-95.

Sources: 

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