La directivité informative dans le guidage d'une mise en sens de la subjectivité corporelle : une méthodologie pour mettre en évidence des donations de sens du corps sensible

quête de sens
Auteur(s) :

Hélène Bourhis - Professeure auxiliaire invitée de l'UFP, Docteure en sciences de l'éducation, psychopédagogue, Directrice de l'enseignement de CF3P

Docteur en sciences de l'éducation. Sous directrice du CERAP et professeure auxiliaire invitée de l'UFP

Considérer que le rapport au corps est source de connaissance et vecteur de la construction de soi est un thème central de la somato-psychopédagogie dont Danis Bois est le précurseur[0]

(Bois, 2005, 2006, 2007). Cette approche qui fait l’objet d’un enseignement universitaire au Portugal (Université moderne de Lisbonne) et au Québec (Université de Québec à Rimouski), place le corps au coeur du processus  pédagogique et a pour objectif de développer un rapport au corps afin d’enrichir le rapport à soi, aux autres et au monde. Les savoirs développés à travers cette pédagogie vont bien au-delà des « savoirs pratiques » et concernent « le savoir du corps » (Hillion)[1]. Comme le souligne J.-M. Rugira, il est important de développer la relation au corps pour laisser le corps parler de soi : « J’apprends que ce qui est vraiment universel dans l’être humain loge dans son corps, et qu’on peut le rejoindre par l’entremise du corps en mouvement (...) Je plaide ici pour une approche somato-sensorielle de l’accompagnement. Le choix consiste alors à permettre à la personne accompagnée d’entrer en relation avec son corps et ses invariants, afin de trouver une voie de passage pour se rejoindre elle-même, et de trouver sa voix pour nous parler d’elle » (J.-R. Rugira, 2002, p. 132). A travers le renouvellement de ses rapports, le sujet percevant déploie sa capacité d’apprendre de son expérience, de mettre en action ses apprentissages et c’est ainsi qu’il prend forme dans son existence.

Mais comment apprend-on de la relation au vécu corporel ? Quelle nature de connaissance émerge de la relation au corps sensible ? Comment donner du sens à une sensation ? Danis Bois a apporté des indices de réponse à ces questions dans son travail de thèse (Bois, 2007), mais ce qui m'intéresse ici, est de prolonger sa recherche en déployant le mode opératoire d’accompagnement qu’il propose et qui favorise la mise en sens de la subjectivité corporelle à visée biographique. Le premier espace de vie est celui du corps (vie intra-utérine, enfance, adolescence, …) qui constitue un lieu essentiel de l’expérience et d’inscription singulière culturelle, sociale. Le corps est donc un lieu de fort investissement biographique où chacun de nous développe des manières. Tout ceci enveloppe les représentations, l’image de soi, les rapports de soi avec les autres et de soi à soi. En questionnant la subjectivité corporelle, on accède en direct à la dimension biographique du corps. Il convient donc de proposer un modèle d’accompagnement qui convoque cette intériorité sensible corporéisée, trop rarement exploitée dans les démarches biographiques.

Dans la formation de somato-psychopédagogie, les apprenants sont amenés à faire l’expérience d’un vécu corporel particulier et inédit, le vécu du « Sensible » - je préciserai cette notion plus loin - auquel on leur demande de donner du sens, ce qui n’est pas facile. C’est la raison pour laquelle un mode d’accompagnement leur est proposé qui a été modélisé sous le terme de « directivité informative » (Bois, 2005, 2007), désignant une posture pédagogique et l’ensemble des modèles utilisés par le formateur pour guider la mise en sens.

Dans le cadre d’une recherche formation que j'ai menée auprès d’une population d’experts du rapport au corps Sensible, lors d’un séminaire de formation avec Danis Bois, j'ai été amenée à observer et questionner comment la « directivité informative » aide à la mise en sens de la subjectivité corporelle. Dans le prolongement de ce travail, cet article a pour objectif de rendre compte des conditions d’expérience proposées, dites « extraquotidiennes », qui permettent au sujet de faire l’expérience du Sensible, du mode opératoire convoqué par la « directivité informative » dans la mise en sens des contenus de vécu et des indices à propos de la nature de la connaissance et de la mise en sens qui émerge du rapport au corps sensible.

Ce travail conduit notre équipe de chercheurs à proposer une nouvelle forme de recherche biographique dont la particularité est qu’elle se fait sous l’éclairage du Sensible. L’enjeu ici revient à permettre à une personne de livrer une parole de soi ancrée dans la parole du corps à travers une subjectivité corporelle.

Pour que l’ensemble de cet article ait une intelligibilité pour le lecteur, je présenterai donc, dans une première partie, les grandes lignes de l’introspection Sensible comme conditions d’émergence de la subjectivité corporelle. Puis, dans une seconde partie, je présenterai l’état actuel de la modélisation et de la formalisation de la directivité informative comme outils de biographisation, en m'appuyant sur les invariants théorisés. Comprendre les enjeux de la directivité informative qui permet au sujet de s’approprier le sens de son expérience, servira au lecteur à découvrir une médiation originale, la médiation sensible. Enfin, dans une troisième partie, je présenterai un exemple de directivité informative illustrant le processus de  mise en sens de la subjectivité corporelle en lien avec la biographie du sujet.

Contextualisation

En préambule à la présentation des enjeux de la directivité informative comme mode de guidage verbal de la narration et de la mise en sens de la subjectivité corporelle, il convient de préciser les notions de « Sensible » et de « Corps Sensible » où s’ancre la subjectivité corporelle. Le terme « Sensible », dans notre approche, emporte avec lui une dimension qualitative qui souligne la résonance subjective accompagnant toute réception d’information par le corps. Le « Sensible » résulte d’un rapport conscientisé au présent qui convoque un éprouvé corporel se donnant sous la forme d’une subjectivité incarnée qui emporte avec elle un sens provisoire, irréfléchi et qui évoluera avec la temporalité. Les contenus de vécu du Sensible ne sont donc pas seulement des perceptions du corps mais ils sont aussi porteurs de sens pour le sujet lui-même, porteurs d’un nouveau type de connaissance.

Cette conception d’un corps vécu et producteur de connaissances s’enracine dans la philosophie de Maine de Biran et se prolonge chez certains phénoménologues qui se sont consacrés à cette question. Ainsi, la philosophie biranienne propose d’engager un effort[2] qui consiste à renouer avec une pensée corporée, une activité de pensée par laquelle le sens prend corps au cœur de la chair. On retrouve certains points communs avec la phénoménologie contemporaine (comme par exemple M. Merleau-Ponty, M. Henry, N. Depraz) qui insiste sur la dimension charnelle de la subjectivité et sur la place du corps dans les processus de connaissance. Le paradigme du Sensible se veut un prolongement du propos de C. Dauliach : « Le corps n’exerce pas une fonction de connaissances uniquement dirigée vers l’extérieur, mais est capable de se retourner sur lui-même, de devenir à la fois source et finalité de son exploration, de ses démarches gnosiques. » (Dauliach, 1998).

L’expérience qui se donne à vivre à travers la pédagogie du sensible (relation d'aide manuelle, gestuelle et introspective) est riche en contenus de vécu. Selon Danis Bois : « L’accès au Sensible dévoile ainsi tout un univers de tonalités et de nuances qui prendront tantôt la forme de sensations cinétiques précises (que nous appelons ‘ faits de conscience’), tantôt la forme d’informations signifiantes (que nous appelons ‘faits de connaissance’), tantôt la forme de prises de conscience spontanées faites par contraste). Cela pour indiquer déjà comment cette relation au Sensible donne accès à un nouveau mode de connaissance, relié à la sensation corporelle. » (Bois & Austry, 2007)

Lors du séminaire de recherche auquel je fais ici référence, je me suis appuyée sur les contenus de vécu et de connaissance spécifiques qui se sont donnés lors d’expériences introspectives sensible et qui ont servi de starter aux échanges et réflexions entre l’apprenant et le formateur lors d’interviews. Précisons d’emblée que notre approche, l’introspection est dite sensible car elle privilégie le fait de ressentir consciemment les contenus de vécu corporéisés convoqués par une mise en situation spécifique introspective.

Cependant, saisir le sens d’un flux de sensation sans cesse changeant est un exploit que souligne G. Pineau témoignant de ce type d’expérience auquel il a participé : « Il n’est pas facile d’accéder à sa sensibilité, quand tous les sens s’entremêlent dans tous les sens » Pineau, 2006). F. Varela considère lui aussi cette difficulté tout en proposant une solution : l’entraînement. « La capacité d’un sujet d’explorer son expérience n’est pas donnée. C’est un véritable métier qui demande un entraînement, un apprentissage. De manière générale, il n’est pas donné aux êtres humains d’être spontanément des experts de leur propre expérience. » (Varela, Cité par Leão, 2002).

Dans le contexte du sensible, la difficulté est majorée car l’introspection dont il s’agit convoque une intimité corporelle qui offre le plus souvent une expérience inédite. Dans ce cas de figure, le sujet a souvent l’étrange impression de reconnaître en lui un vécu qu’il ne parvient pas toujours à nommer ou auquel il ne parvient pas à donner un sens. Ce phénomène montre la nécessité d’accompagner la mise en sens de l’expérience corporelle sensible. Le formateur qui réalise cet accompagnement est lui-même être expert du rapport au corps sensible et a acquis une habileté pour expliciter sa propre expérience. Ainsi, il est capable d’aider l’apprenant à témoigner de la richesse de ses contenus de vécu et à déployer le sens qu’il ne découvrirait pas seul.

Pour permettre au lecteur de cerner la nature originale de la médiation sensible, je décrirai les enjeux de la directivité informative comme méthode aidant à l’appropriation du sens de l’expérience corporelle par le sujet. La médiation sensible prend la forme d’un guidage verbal qui a plusieurs objectifs :

  • mettre en circulation une information émergeant de la relation au sensible ;
  • aider l’apprenant à construire son appropriation en prenant en compte la résonance corporelle ;
  • clarifier les implicites qui apparaissent dans la description des contenus de vécu ;
  • déployer la réflexion à travers une approche catégorielle qui concerne les vécus du sensible ;
  • Permettre de faire des liens entre la sensation corporelle et une manière d’être à soi et au monde.

Précisons que la directivité informative s’applique dans la médiation verbale directe ou indirecte. La médiation est indirecte quand le formateur réalise une interview en s’appuyant sur les témoignages écrits des apprenants. Elle est directe quand elle se produit sans cet intermédiaire.

Décrivons à présent sommairement, la situation pédagogique choisie pour illustrer cet article. L’apprenant participe à une pratique introspective sensible au sein d’un groupe, activité guidée par le formateur, ici, Danis Bois. A la sortie de cette pratique, l’apprenant témoigne verbalement des contenus de vécu et de connaissance rencontrés ; il s’agit là d’un témoignage « post-immédiat ». Ce témoignage fait ensuite l’objet d’une transcription et est le support d’une interaction entre le formateur et l’apprenant. Je m'appuierai sur cette dernière pour illustrer la directivité informative et la nature de la mise en sens qui l’accompagne. La phase ultime de ce processus est une mise en écriture en différé de l’expérience introspective et de la mise en sens qui s’est déployée à la faveur de l’interview. C’est là l’occasion d’un travail de retour réflexif plus distancié sur des éléments déjà conscientisés pendant les phases précédentes.

Les conditions d’émergence de la subjectivité corporelle

  1. Présentation générale de l’introspection Sensible

L’introspection Sensible présente deux notions fortes, celle de la perception et celle du corps. En ce sens, sur le plan de la perception, elle s’inscrit dans la continuité d’une philosophie telle que celle de De la Garanderie, et nos pratiques du corps se situent proche de la philosophie de Maine de Biran.

Le mot introspection signifie en général « s’inspecter soi-même », « inspecter ses états intérieurs », ce qui veut aussi bien dire, inspecter, analyser ses états mentaux, que percevoir ses états internes, être en relation avec sa subjectivité. On retrouve l’importance de la perception chez De la Garanderie qui pointe la nécessité de « sentir que l’ont sent », de « se parler à soi-même », de « s’entendre dire », de « se percevoir touchant » pour embrasser le champ de conscience de l’être humain. Dans ce contexte, le sujet participe en présence au sens qu’il déploie et qui se déploie en lui. Si l’on s’en réfère à ce pédagogue, sentir que l’on sent est déjà une forme d’intelligence : « l’être humain n’accède au sens que par ses sens » (de la Garanderie, 2006). Ainsi, par nature, l’être humain est apte à sentir qu’il sent, mais le sait-il ? Cet auteur contribue à mieux clarifier les enjeux du système sensoriel dans la construction de sens.

L’introspection Sensible telle qu’elle est proposée par Danis Bois vise à permettre à la personne de cheminer vers elle-même pour changer sa qualité de rapport à soi à travers un effort attentionnel orienté vers le corps. Avoir conscience de soi, c’est exister par soi-même sur la base d’un sentiment d’évidence intérieur. En ce sens, l’introspection Sensible s’inscrit dans le prolongement de celle proposée par Maine de Biran qui est le premier philosophe à introduite l’introspection tout en prenant en compte le rôle du corps dans le dévoilement du sens et dans le déploiement des facultés intellectuelles. Il existe selon cet auteur un monde particulier, en quelque sorte hypersensible, lié à l’expérience intérieure et qui se manifeste à travers un sens intime que seul le témoignage peut permettre d’objectiver. Pour Maine de Biran la pensée subjective s’ancre dans la capacité permanente du sujet d’apercevoir ses états intérieurs et de pénétrer les faits de conscience au sein d’un rapport à soi. Ainsi, le moi ne peut exister pour lui-même, sans le sentiment immédiat interne de la coexistence du corps.

Danis Bois propose une vision de l’introspection proche de celle de Maine de Biran. L’introspection Sensible dépasse elle aussi la seule sollicitation des organes des sens pour s’étendre à la mise en action du sujet percevant, ressentant, pensant et actant. Celui-ci interroge en effet l’objet visé en lien avec la subjectivité corporelle, lieu de donation immédiate de sens et qui emporte avec elle une pensée subjective qui apprend au sujet quelque chose de lui-même.

Ceci étant posé et les méthodes introspectives étant très diverses, il convient maintenant de préciser le cadre d’expérience propre à l’introspection Sensible, le mode de guidage mis à l’oeuvre, la nature des actes perceptivo cognitifs convoqués et le type d’objets visés en lien avec le Sensible.  

  1. Le cadre d’expérience extra-quotidien

Quel est le déroulement de l’introspection Sensible ? Quelles sont les conditions qui permettent d’éveiller le sensible corporéisé ? La mobilisation introspective Sensible s’exerce au cœur d’une expérience extra-quotidienne où l’attention est orientée de façon inédite vers le corps. De ce fait, émergent des contenus de vécu et des connaissances qui ne se donneraient pas en dehors de ces conditions attentionnelles.

L’expression « introspection Sensible » définit donc dans un premier temps un cadre d’expérience corporelle dans lequel le sujet « se sonde lui-même ». La dimension extra-quotidienne de l’expérience introspective est importante dans notre approche comme le mentionne Danis Bois dans sa thèse de doctorat : « La mise en situation extra-quotidienne est ainsi nommée par opposition à (ou en complément de) l’expérience quotidienne, cette dernière se composant à la fois d’un cadre habituel et d’une attitude naturaliste en ce qui concerne le rapport à l’expérience (…) On voit d’emblée que les conditions extra-quotidiennes servent à produire des perceptions inédites. C’est cet inédit qui crée l’étonnement, qui fait que l’expérience interne va pouvoir devenir une motivation en soi, qu’un intérêt va se dessiner de la part de la personne pour des aspects d’elle-même et de son expérience qu’elle ne connaissait pas jusque-là. » (Bois, 2007, p. 75)

  1. Les consignes verbales durant l’introspection Sensible

Durant l’introspection Sensible, les apprenants sont assis confortablement dans une posture immobile, les yeux fermés et suivent les consignes du formateur, formulées selon un protocole bien déterminé. La technique de guidage utilisée durant l’introspection Sensible suppose un acte introspectif de la part du formateur lui-même. En effet, le formateur s’immerge lui aussi dans son intériorité corporelle afin que ses consignes s’ancrent dans un vécu corporel en filiation avec le sensible.

Les apprenants sont par exemple invités à entrer en relation avec leur sens auditif, puis leur sens visuel. Concernant le sens auditif le formateur propose le genre de consigne suivant : « Posez votre attention sur le silence de la salle » ou encore : « entrez en relation avec le silence à l’intérieur de vous ». A propos du sens visuel, les consignes peuvent être : « percevez vous une luminosité à travers vos paupières fermées ? » ou encore «  cette luminosité est-elle colorée ou pas ? ». Puis les apprenants sont invités à poser leur attention sur les tonalités internes corporelles, par exemple : « L’expérience est-elle agréable ou désagréable ? » Enfin les apprenants sont amenés à entrer en relation avec les images ou pensées qui s’imposent à leur conscience. Ainsi, les consignes sont en lien avec une actualité perceptive disponible à la conscience du formateur tout comme à celle des apprenants. Le silence par exemple entre alors dans la constitution de ce que nous appelons un fond perceptif commun vécu de manière singulière. 

Les consignes introspectives ne sont pas inductives au sens où elles ne fabriquent pas une perception. Elle produisent des orientations d’attention en direction des modalités sensorielles offertes par la physiologie du Sensible (audition, vision, sens intime...). A travers une formulation interrogative, le formateur veille à ce que ses propositions d’orientation attentionnelle soient ouvertes. Le formateur interroge par exemple : « lorsque vous écoutez la qualité du silence, percevez-vous une symétrie de votre écoute entre le côté droit et le côté gauche ? » ou encore : « Percevez-vous ou non une luminosité à travers vos paupière fermées ? Cette luminosité est-elle colorée ou pas ? » Autre exemple : « Percevez-vous une tonalité corporelle ou non ? Si oui, quelle est la nature de cette tonalité ? Est elle agréable, désagréable ? Vous renvoie-t-elle à un sentiment de tranquillité, de tension ou à autre chose ? » etc.

Les consignes aident l’apprenant à soigner sa présence à lui-même et à déployer comme l’écrivent D. Bois et D. Austry, une sorte de « septième sens » : « Dans cette expérience, le sujet rencontre différents degrés de malléabilité ou de densité intérieure, différents états et changements d’états, passages de la tension au relâchement, de l’agitation à l’apaisement, d’un sentiment à un autre… Le Sensible n’apparaît plus ici comme étant le fruit de l’un des six sens objectivés, mais d’une sorte de « septième sens », se révélant dans l’expérience comme provenant, de manière uniformément répartie, de l’ensemble du matériau du corps. » (Bois & Austry, 2007)

  1. Les actes perceptivo cognitifs mobilisés

Les actes cognitifs convoqués par l’introspection Sensible sont similaires à ceux mobilisés dans toutes les formes d’introspections, à savoir l’attention, l’intention, la discrimination, la catégorisation, l’intégration… Ce ne sont pas tant les ressources cognitives qui important mais le rapport que l’on instaure avec elles. Eve Berger nous donne quelques indices de compréhension de la mobilisation perceptive mise à l’œuvre dans l’introspection Sensible : « On dit que l’introspection est ‘sensorielle’ : cela signifie que l’observation de soi à laquelle on est invité est une observation ressentie, avant d’être intellectuelle ; il ne s’agit pas de réfléchir à sa vie, sans l’avoir d’abord perçue en soi, par le biais des états de la matière du corps. » (Berger, 2006, p. 78) Cette précision est importante car dans cette approche, les états de conscience n’appartiennent pas seulement à la sphère mentale ou psychique, ce sont également des phénomènes réellement corporels.

  1. Les objets visés par l’introspection Sensible.

L’apprenant est invité à s’interroger constamment : qu’est-ce que je ressens réellement ? Qu’est-ce que j’éprouve vraiment ? Qu’est-ce que j’apprends de ce que j’éprouve ? Il est ainsi placé au cœur de l’expérience corporelle où il découvre une force vive dans sa chair, qui le tient en éveil perceptif et cognitif. Qu’est-ce qui apparaît quand le sujet se tourne vers son intériorité, vers le « dedans de lui-même ? Maine de Biran décrit « une force agissante » qu’il sent et aperçoit au sein de sa conscience. Cette force agissante prend la forme, pour Danis Bois, d’un mouvement interne : « Il (le sujet) découvre la présence d’un mouvement interne qui se meut au sein de la matière et qui porte en lui le principe premier de la subjectivité. C’est d’ailleurs pour nous ce qui définit la présence du Sensible et la relation d’une personne avec le Sensible : dès lors que la personne témoigne, en pleine conscience, du processus dynamique qu’elle sent en elle. » (Bois & Austry, 2007) Les apprenants décrivent de manière constante la présence d’un mouvement interne, même si chacun d’eux entretient une rapport singulier avec lui. Ce mouvement interne leur donne à vivre une tonalité interne (chaleur, sentiments de profondeur, de globalité, de présence à soi, d’existence) porteuse de donation de sens immédiate (la chaleur renvoie à un sentiment de confiance, de sécurité, la profondeur à un sentiment de « concernation » etc…), voire de remémoration spontanée…

La pratique proposée convoque une mobilisation introspective intense et profonde pour accéder à la subjectivité corporelle et à sa mise en sens. Apprendre à percevoir la subjectivité corporelle suppose comme je l'ai déjà abordé, une quête attentionnelle et intentionnelle sur les objets du sensible visés qui se donnent au cœur de l’intériorité du sujet : « Considérée du point de vue du Sensible, l’intériorité est entendue sous plusieurs acceptions : comme lieu de subjectivité, lieu de profondeur et lieu d’immanence. Lieu de subjectivité, l’intériorité le devient en tant que lieu d’expression du Sensible résonnant au diapason avec le monde extérieur, mais aussi avec la propre présence que le sujet déploie à lui-même. Nous employons à dessein le terme de subjectivité pour rappeler la nature singulière du rapport de résonance entre le sujet et le Sensible, nature singulière et rapport qualitatif dont nous avons déjà parlé plus haut. C’est cette singularité de rapport qui définit pour nous ce qui fait justement un sujet. » (Bois & Austry, 2007). Ainsi, il ne s’agit pas seulement de sentir les manifestations du corps, mais de devenir le sujet de son expérience condition sine qua non pour réceptionner la donation de sens qui émerge de cette subjectivité corporelle.

En analysant les catégories du sensible, on a le sentiment de s’engager dans les instances les plus personnelles et les plus intimes de l’être humain. Plus qu’un contenu de conscience ou de sensation en attente d’être activé, c’est une faculté propre à l’être vivant de se redécouvrir à travers son propre corps. La perception est ici une réalité tangible qu’il est possible de catégoriser, de modéliser, de conceptualiser.

Le sujet accède à une palette de manières d’être en fonction des différents niveaux d’implications vécus en première personne au contact du sensible. Le processus de découverte recouvre un vaste champ de perceptions qui devient le terreau fertile d’informations internes nourrissant autant le sentiment de soi que la vie réflexive. L’usage de ce type d’introspection n’est pas orienté vers l’évocation de vécus passés, mais vers la saisie immédiate de ce qui émerge de l’actuel. Toutes les informations internes s’actualisent au sein de l’immédiateté, même celles qui sont en lien avec l’histoire du sujet. La subjectivité corporelle peut ainsi prendre différentes formes catégorisées par Danis Bois, celle d’une sensation, d’une posture subjective corporelle, d’un axe imaginaire, d’une remémoration ou d’un sentiment.

  • une sensation : « quand j’ai perçu une chaleur dans la globalité de mon corps je me suis sentie sécurisée » ;
  • une posture subjective corporelle: « mon tronc s’est redressé en sensation, juste au moment où j’ai pensé : ‘Je ne laisserai jamais plus personne m’obliger à faire ce que je ne veux pas’ » ;
  • un axe imaginaire : « Au moment où j’ai ressenti un espace de liberté en moi, j’ai eu l’image d’un petit bonhomme qui dansait et volait sur une scène de théâtre éclairée de spot bleus. » ;
  • une remémoration spontanée : « J’ai été replongé dans mon enfance, vers 10 ans, et j’étais allongé sous un arbre, dans une chaleur bienfaisante et j’étais heureux et cela, par contraste m’a rappelé que ce moment a été fondateur, car c’est le premier souvenir que j’ai de mon sentiment d’existence. » ;
  • un sentiment : «  Je sentais un sentiment de désespérance ou plutôt, ça travaillait dans un lieu désespéré de moi »

C’est cette dernière catégorie qui sera abordée dans l’exemple que j'ai choisi de présenter ultérieurement.

Au final, l’introspection Sensible présente trois pôles d’intérêt. Elle convoque  l’émergence de la subjectivité corporelle, elle maintient un état de veille favorable à une mise en écriture plus performante et enfin elle instaure durant l’interview à directivité informative, un climat d’empathie entre l’interviewer et l’interviewé, sur le mode de la « réciprocité actuante »[3]

Si au début de l’apprentissage introspectif, le pratiquant s’oblige à mobiliser des actes introspectifs de manière intentionnelle pour rechercher des informations très spécifiques, avec la pratique régulière de l’introspection Sensible, qualité introspective devient spontanée, non intentionnelle et se déploie à tout moment.

Les conditions de verbalisation de la subjectivité corporelle

  1. La verbalisation en post-immédiateté non directive

Après le temps de découverte et d’expérimentation de la subjectivité corporelle, vient le moment de la mise en mots. Immédiatement après l’introspection Sensible, les apprenants sont invités à prendre la parole sur un thème qui change chaque jour en fonction de l’émergence qui s’est donnée lors de la pratique introspective. Cette phase de témoignage est enregistrée et les témoignages feront l’objet d’une transcription.

Ainsi, le formateur propose aux apprenants de dévoiler spontanément oralement ou par écrit, les mots qui émergent de leur pensée immédiate, sans arrêt réflexif, sans contrôle. L’enjeu n’est pas simple, il s’agit pour chacun de se valider, de ne pas chercher une forme esthétique ou une formulation limpide, voir même un contenu jugé intelligent. La pensée qui se donne précède la formulation verbale et doit livrer une parole en lien avec le sensible.

Dans cette phase de non directivité, les témoignages sont souvent très personnels, impliquants et livrent une intimité. Cependant, certains propos nécessitent des relances de la part du formateur afin de clarifier les implicite, d’éclaircir un langage symbolique ou métaphorique…c’est pourquoi cette phase est suivie d’une phase de relances sur le mode de la directivité informative.

  1. Les points clefs du guidage verbal selon le modèle de la directivité informative

La maxime qui préside à la directivité informative est : Qu’importe d’où vient l’information, l’essentiel est qu’elle circule entre deux personnes et se potentialise sous l’effet de cette rencontre partagée. Le terme « directivité » n’évoque pas une démarche interventionniste qui aurait pour conséquence de se substituer à la réflexion du sujet, mais pointe, comme « direction » une proposition d’orientation attentionnelle vers l’information qui manque aux participants pour déployer plus avant leur réflexion. Le formateur met à la disposition de la réflexion de l’apprenant, des informations qui lui font défaut et qu’il ne parvient pas à découvrir par lui-même malgré un temps d’exploration libre de la réflexion.

Le dialogue qui s’instaure entre le formateur et l’apprenant sur le mode du sensible crée un lien de réciprocité favorable à une réflexion vive, riche et féconde puisqu’elle est encore animée par la force vivante de l’introspection Sensible. S. Rosenberg dans le cadre du CERAP, a défini plusieurs caractéristiques de la parole sensible : elle exprime un état d’être profond (et une qualité de présence à soi, elle livre des prises de conscience insolites et inconcevables en dehors de l’expérience vécue, elle véhicule une connaissance par contraste et parfois une remémoration spontanée.

  • La directivité informative et la clarification des implicites

La directivité informative vise à permettre au sujet de clarifier les termes implicites. L’implicite dont il s’agit ici, n’est pas relié à un « déjà vécu » qui n’aurait pas été conscientisé, clarifié, mais concerne les mots prononcés ou écrits qui ne permettent pas au formateur d’accéder aux véritables enjeux de la personne. D’autre part, il arrive également très souvent que la personne elle-même ne prenne pas pleinement la mesure de ses propos. Dans l’un ou l’autre cas, les propos emportent plus de sens que ce qu’il y paraît.

Par exemple :

  • le formateur : « vous abordez à plusieurs reprises la notion de ‘grand’ et de ‘petit’ en me disant ‘j’ai choisi d’orienter mon attention sur ce qui est grand et non sur ce qui est petit,  pouvez-vous m’en dire davantage ? »
  • l’apprenant : « je peux définir que je me sens petite quand j’ai des pensées qui n’ont pas la noblesse du cœur ou qui sont en lien avec des comportements habituels (…). Dès que je perçois un mécanisme de pensée habituel, je me perçois comme étant petite, restreinte, diminuée, par contraste, avec ce que je perçois de moi de grand au contact du sensible »

Il est clair que sans la relance, aucun des interlocuteur n’aurait pris la mesure de la signification de termes implicites de ‘petit’ et de ‘grand’. C’est sur cette base que l’interview se déploie en vue d’expliciter le sens véhiculé par ces termes, pour cette personne et dans son contexte de vie.

  • La directivité informative : une approche catégorielle

Quand la réflexion de l’apprenant a atteint un seuil de saturation de production de connaissance, le formateur lui offre une aide à la réflexion en lui proposant une exploration et un questionnement catégoriel de son expérience corporelle.

Par exemple :  

  • l’apprenant : « je me suis sentie profondément touché durant cette introspection »
  • Le formateur : « quand vous dites que vous vous êtes senti profondément touché mais vous ne me dites pas sur quel plan vous avez été touché. Est-ce sur le plan physique, psychologique ou spirituel ? » (Le formateur introduit ici trois catégories : le plan physique, le plan psychologique et le plan spirituel.)

Sur cette base catégorielle, s’engage alors une dynamique réflexive. Finalement, cela aboutit à permettre de faire un lien entre la subjectivité corporelle et un état d’être. Ce qui donne pour reprendre notre exemple :

  • L’apprenant : « Quand j’ai ressenti le mouvement traverser mon cœur, je me suis senti touché physiquement et cela m’a ému profondément changeant mon état psychologique. Au plus fort de mon expérience, j’ai vécu une expérience spirituelle en contactant en moi un sentiment de totalité ».

Le mouvement réflexif convoqué par la directivité informative sur le mode catégoriel aide la personne à donner du sens à son vécu corporel en considérant tous les aspects de lui-même.

  • La directivité informative et la construction d’un lien entre la subjectivité corporelle et la manière d’être à soi et au monde

Comme je l'ai souligné plus haut, tirer du sens d’une subjectivité corporelle n’entre pas dans les habiletés cognitives habituelles. Cela demande un apprentissage car, le plus souvent, une sensation reste une sensation, et ne véhicule pas de sens intelligible pour la personne qui la vit. Dans ce cas, la sensation prend la forme d’une vague impression, et ne véhicule pas de valeur sémantique. Grâce à une intervention sur le mode de la directivité informative, l’apprenant est aidé à questionner son corps biographique par le biais de la subjectivité corporelle et selon un modèle qui suit la chronologie suivante : expérience fondatrice, donation de sens, mise en sens, mise en action et mise en perspective.

  • l’expérience fondatrice : cette dimension emporte avec elle une notion de changement qui peut être de l’ordre d’une perception, d’une compréhension, d’une décision ou d’une action. On peut faire une expérience corporelle forte sans pour autant qu’elle soit fondatrice.

Type de relance approprié : Avez-vous vécu une expérience fondatrice ? A quel moment, dans quelle circonstance ? Qu’est-ce qui fait qu’elle est fondatrice pour vous ? (On questionne une expérience spécifiée et non générale).

  • La donation immédiate de sens s'effectue en temps réel de l’expérience fondatrice ; elle consiste en la saisie d’un sens, non construit par la réflexion du sujet.

Type de relance appropriée : Pouvez-vous décrire avec précision les contenus de vécu ? Sous quelle forme sont-ils apparus ? Qu’avez vous pensé au moment de la prise de conscience de ce vécu ?

  • La mise en sens se construit en différé. A partir de la donation immédiate de sens se déploie une réflexion active de l’apprenant qui fait le lien entre sa subjectivité corporelle et une manière d’être à soi et au monde ou avec son histoire de vie.

Type de relance approprié : Si vous deviez faire un lien entre votre vécu corporel et une manière d’être dans votre vie, que diriez-vous ? Que vous évoque ce vécu, là maintenant, par rapport à votre vie ? A quoi cela vous renvoie-t-il ? J’ai l’impression que cette phrase ou ce mot dit plus de choses que ce que vous en percevez, cela a-t-il du sens pour vous ?

  • La mise en action s’appuie sur la mise en sens, en lien avec la subjectivité corporelle.

Type de relance approprié : Qu’allez vous faire de cette information ?

  • La mise en perspective s'effectue sur la base de ce qui a été appris au sein de cette expérience. Elle concerne l’intégration de l’information dans les projets à venir.

Type de relance approprié : Qu’est ce que cela va changer dans votre perspective de vie ? Qu’allez-vous faire de cette prise de conscience ? 

 

Le cas de Florence : biographisation d’un moment de subjectivité corporelle

Ce paragraphe relate l’interview de Florence par Danis Bois enregistrée et retranscrite fidèlement. Cette interview est ciblée sur les implicites contenus dans la phrase suivante, témoignée par Florence en post-immédiateté d’une introspection Sensible : « ça travaillait dans un endroit qui ne m’appartenait pas encore, comme si ça travaillait dans mon advenir…un endroit  désespéré de moi. ». Je souhaite, à travers cet exemple, montrer comment la subjectivité corporelle peut traduire une séquence de vie en lien avec la biographie du sujet.

Ce passage se présente en trois parties : le témoignage post-immédiat de Florence, l’interview selon le modèle de la directivité informative et le processus de biographisation et un extrait du journal de formation de Florence écrit à la suite de l’interview donnant accès à de nouvelles productions de connaissances.

  1. Retranscription intégrale du témoignage post-immédiat enregistré

« Moi au début j’avais la sensation que ça travaillait dans un endroit de moi qui ne m’appartenait pas encore complètement, et qui, qui n’était pas encore complètement moi-même, comme si ça travaillait dans mon advenir ; et puis petit à petit, c’est comme si je me l’approprie, enfin en tout cas ça, j’étais plus concernée, jusqu’à un certain point. Et puis à un moment, tu sais par rapport à ce que tu me disais les premiers jours, « tu n’a pas à chercher à savoir », j’ai vraiment comme vu physiquement  les contours de ce que c’est chercher à savoir par rapport à la manière dont ça limite tous les possibles,  cette espèce de contrôle du savoir. Et puis en même temps il se passait toutes sortes de choses… A un moment j’ai vraiment pensé, comme si ça travaillait un endroit désespéré de moi… »

  1. La directivité informative comme mode d’accompagnement de la « mise en sens »

La médiation présentée ici s’est produite lors d’une rencontre duale en différé du témoignage post-immédiat c’est-à-dire six heures plus tard. Danis Bois propose à Florence de revenir sur quelques termes retraçant un fragment de vécu corporel durant l’introspection Sensible.

Je livre ici la transcription intégrale de ce moment de partage enregistré afin de restituer au plus près la dynamique de ce moment. Cette médiation est intéressante car la phrase en question est en filiation directe avec un vécu lors de l’introspection Sensible du matin même. Cela montre la place majeure qu’occupe l’introspection Sensible dans la méthode interactive proposée et l’importance de la directivité informative dans la démarche biographique de Florence.

  • D.B. : Si tu le veux bien, j’aimerai revenir sur une phrase énigmatique que tu as retranscrite de ton témoignage post-immédiat de ce matin. Tu rapportes (Danis Bois lit la retranscription) : « ça travaillait dans un endroit qui ne m’appartenait pas encore, comme si ça travaillait dans mon advenir…un endroit  désespéré de moi. ». Cette phrase est intéressante, mais tu ne nous donnes pas accès à ses enjeux. Pourrais-tu nous faire partager ce que cette phrase sous entend pour toi ?
  • F. : ça tombe bien que tu me poses cette question parce que juste avant, d’un seul coup, je ne sais pas pourquoi, quand P. parlait, j’ai eu une prise de conscience massive de… (débuts de pleurs)
  • D.B. : C’est inhabituel pour toi de laisser couler tes larmes. Mettons cela sous le couvert de ‘l’instabilité transitionnelle de concernation’ (rires…terme se référant à un cours précédent). J’ai le sentiment que cette phrase dit plus de choses que tu n’en perçois, qu’en penses-tu ?
  • F. : En tout cas, je me suis dit tout à l’heure, quand j’ai eu cette prise de conscience massive qui m’est tombée dessus : ‘c’est comme si, depuis toujours, il y avait une part de moi que je n’avais jamais laissée vivre. J’ai vu plein de situations de ma vie, depuis toujours où je faisais un effort monstrueux (continue de parler avec beaucoup d’émotion dans la voix) pour… (long moment de silence)
  • D.B. : Prends ton temps, nous avons le temps. (acquiescement du groupe)
  • F. : C’est en relation avec ce qui était en train de me tomber dessus, je voyais…l’énergie de conservation que j’avais déployée depuis mon enfance (les pleurs s’intensifient)…pour qu’une part de moi ne vive pas. (Toujours visiblement émue) Et puis, je ne sais pas… c’est la part de moi qui est vraiment moi-même. Je suis en train de comprendre que cette phrase parle de cela. C’est de ça qu’il s’agit en ce moment, de laisser vivre ça (pleurs), et puis, je suis morte de peur quoi ! donc ça rentre complètement dans cette phrase là : le mouvement qui travaille dans une part de moi que je ne reconnais pas comme moi-même.
  • D.B. : Si je reformule ton propos, tu prends conscience, là maintenant, que cette phrase qui relate ton vécu intérieur te parle de ton histoire, de ta biographie et tu te rends compte qu’elle traduit une attitude qui vient de loin et qui t’a amenée à faire taire des parties de toi, qui sont toi.
  • F. : Oui, c’est ça 
  • D.B. : Est-ce que tu es en train de nous dire que cette partie de toi, tu l’as mise au silence et que tu ne t’es jamais autorisée à la remettre en action ? C’est ça ? Tu me suis ? Et c’est justement cette partie là de toi qui est désespérée. Est-ce que le mot désespéré signifie quelque part en toi ‘je désespère d’être entendue’ ?
  • F. : C’est comme si je désespérais de trouver la clef, je ne sais pas, ce n’est pas aussi clair pour moi.
  • D.B. : Je vais préciser mon intervention. ‘Désespéré’, n’est ce pas quelque chose qui m’attend désespérément, …qui m’attend désespérément ? Et c’est une partie de toi que tu as fait taire dans une période de ta vie.
  • F. : Ca, ça me parle en tout cas 
  • D.B. : Bien, faisons une parenthèse et revenons à la notion ‘ça travaillait’. Qu’est ce que tu entendais par : ‘ça travaillait’ ? Est-ce que c’est en lien avec le mouvement interne qui est venu réveiller cette partie de toi désespérée, immobile, en tout cas une partie de toi que tu ne connaissais pas encore. 
  • F. : En tout cas, le mouvement essaye de réveiller cette partie. Ça travaillait ça veut dire qu’il y a un travail,…c'est-à-dire qu’il y a une rencontre entre la partie qui ne vit pas et que je ne ressens pas et le mouvement interne qui vient la réveiller.
  • D.B. : C’est ça, c’est plus clair. On accède à ce que tu veux dire.
  • F. : En tout cas, il y a une notion d’activité, la rencontre avec un principe actif, dont l’objectif est de rendre actif ce qui n’est plus actif.
  • D.B. : Donc, quand tu dis ‘ça travaillait’, c’est une part de toi qui se réactive et qui était jusque là… 
  • F. : Désactivée
  • D.B. : Cette partie désactivée, est ce que tu la reconnais comme étant la partie de toi qui te manque et qui se traduit par cette notion ‘qui ne m’appartenait pas vraiment’ ?
  • F. : Là c’était par rapport à la sensation que j’avais pendant l’introspection, je n’avais pas le goût de moi, c’est comme si c’était…je ne sentais pas d’intensité.
  • D.B. : Pas d’intensité ?
  • F. : Pas de goût
  • D.B. : Pas de goût ? D’accord. Revenons à cet ‘endroit désespéré’. Tu n’as pas dit ‘désespéré dans moi’, mais ‘de moi’. Tu vois une différence ?
  • F. :  …(silence)…Non. De moi j’ai dis ?
  • D.B. : (D.B. Consulte la retranscription et confirme) Oui, tu as écrit ‘endroit désespéré de moi’ ce qui se recoupe très bien avec ce que tu as dit tout à l’heure à propos de l’énergie de conservation que tu as déployée depuis ton enfance pour qu’une part de toi ne vive pas. Cette phrase n’indique-t-elle pas qu’elle est liée avec ton contexte de vie passé, On peut dire ça comme ça ? ça a du sens pour toi ? tu as dû faire taire cette partie de toi comme stratégie de vie ?
  • F. : De survie 
  • D.B. : De survie ?
  • F. : A partir de ce moment là, ce n’était plus qu’une survie d’ailleurs
  • D.-B. : La notion de survie te renvoie à quoi ?
  • F. : A l’holocauste, j’ai impression que je le porte en moi. De par mon appartenance à la communauté juive, j’ai toujours pensé que je portais un héritage en moi, comme une interdiction de vivre pleinement à la suite de ça. (nouvelle manifestation d’émotion)
  • D.-B. : Donc cette partie désespérée, cette immobilité dont tu me parlais, serait en lien avec cette interdiction de vivre ? et c’est ça que cela venait travailler en toi ? »
  • F. : Au moment où je le vivais, je n’en avais pas conscience du tout. Mais là, maintenant, de la manière dont ça ressort en moi, je sais que c’est ça et je ne l’avais pas compris tout de suite.
  1. Extrait du journal de formation de Florence à la suite de l’interview (Phase d’appropriation)

« Mon point de vue, ma vision de l’être humain bascule à travers mon expérience du choix de la non vie. Je comprends, je sais que je vais comprendre l’autre d’une manière radicalement différente. Et pourtant, je le savais à travers huit ans de psychanalyse, mais là, j’entre dans le nœud, dans la fondation de ma structure psychique. Comment j’ai choisi de faire taire une partie de moi ? La partie faite pour le bonheur, pour l’accroissement de moi-même, pour la générosité ? Qu’est-ce qui m’a poussée à faire ce choix ? Comme si tous ces morts allaient me reprocher de me désolidariser de leur sort. Qu’est-ce qui fait qu’on tient à ce système plus qu’à tout ?

Et ensuite, j’ai fait croître ma petite partie qui avait la permission de croître jusqu’à son extrême limite. Et là, j’arrivais à une impasse si la partie manquante ne se remettait pas à vivre.

Depuis mon enfance, il y a une part de moi qui ne vit pas, la part de moi vraiment moi-même. J’ai fait des efforts monstrueux pour m’agencer autour de ça.

En même temps, depuis l’interview, cela a créé une compréhension de toutes sortes de limitations, d’incapacités et de sentiment d’impuissance et cela explique ma difficulté à entrer dans l’action jusqu’alors. Je m’aperçois aussi que cette retenue de vivre ne s’est pas limitée à mon psychisme, mais qu’elle concernait aussi mes limites de performance physiques. Je sens depuis hier qu’il y a une tonicité qui revient au niveau de mes muscles, une forme d’invitation à entrer dans l’action. J’ai l’impression qu’une nouvelle vitalité commence à naître dans moi. Mais ce n’est pas totalement libre encore...C’est comme s’il y avait encore une partie de moi qui résiste à ce processus. Je ressens que c’est une partie de moi qui se croit comme avant. C’est dur de se dire cela, mais c’est une partie qui croit encore qu’il faut être fidèle à quelque chose qui ne m’appartient pas.

Mais je compte bien trouver une voie de passage suite à ces prises de conscience. Je sais que la solution est de me mettre en action, écrire, arrêter de croire en mon incapacité. Faire des choses que je ne faisais pas. En somme, me mettre en mouvement ! »

Analyse des impacts de la directivité informative sur la mise en sens 

L’analyse du cas de Florence montre l’intérêt, voire même la pertinence de proposer une pratique introspective comme préalable à l’interview, puisqu’elle offre un matériau de contenus de vécu qui sert de starter à la directivité informative. Je constate également l’importance du témoignage post-immédiat pour engrammer l’expérience et la sortir de l’anonymat non conscientisé. En effet, les contenus de  vécu se donnent dans l’immédiateté et sont le plus souvent inédits, ce qui les rend « oubliables », dépossédant ainsi la personne d’une génération de connaissances porteuses de sens en devenir. Enfin, l’écriture en différé permet au sujet une appropriation plus fine des contenus de connaissance, ce qui conduit Florence à  une décision d’action en relation avec une mise en perspective des connaissances nouvelles au service de sa vie.

Il est probable que sans l’interview, Florence n’aurait pas fait le lien entre la subjectivité corporelle qu’elle a décrite en post-immédiateté et son histoire vie. Il apparaît que la subjectivité corporelle ne se limite pas une sensation, mais qu’elle est un terreau fertile qui dit à la personne quelque chose d’elle, qui la renvoie à sa vie.

Soulignons également que la directivité informative déployée dans le cadre de notre recherche, implique des mises en condition préalables à la mise en mot, puis à la mise en sens. Les protagonistes de l’entretien doivent être en relation avec le lieu du sensible corporel à partir duquel s’instaure un climat d’empathie sur le mode d’une réciprocité actuante, ce  qui influence fortement la nature des échanges verbaux.

Dans l’exemple que j'ai choisi de présenter, l’introspection Sensible n’a pas convoqué de riches contenus de vécu chez Florence. Le témoignage post-immédiat est bref et peu révélateur de sensations en lien avec le sensible. Son analyse montre qu’un certain nombre de vécus introspectifs portent un sens qui n’est pas « vu » par Florence. En effet, les informations rapportées peuvent se résumer de la manière suivante : une sensation de « travail dans un endroit d’elle », qui se donne sous la forme d’un « contours de limites » dans « un endroit désespéré d’elle », renvoyant Florence à un « sentiment de ne pas être concernée jusqu’à un certain point ».

La biographisation d’un moment de subjectivité corporelle : « un sentiment de désespérance »

Florence ne prend pas la mesure des enjeux qui se sont livrés à elle sous la forme de sensations vécues clairement puisqu’elles sont traduites avec précision, mais dont le sens reste flou et obscur. Elle a bien conscience que quelque chose d’important se passe en elle, mais elle ne fait pas de lien avec son histoire de vie. A ce stade, si je devais me prononcer, je dirais que la « donation de sens » révèle un sentiment de « désespoir » non rattaché à une situation quelconque de sa vie.

En analysant l’interview, on constate que Danis Bois repère tout d’abord les expressions qui ne livrent pas initialement le sens dans lequel elles ont été utilisées par Florence afin de clarifier les implicites : « ça travaillait dans un endroit qui ne m’appartenait pas » et « un endroit désespéré de moi ». Puis, il s’appuie sur le modèle de la directivité informative en reprenant les termes forts tels que les mots « désespéré » puis « ça travaillait », afin de solliciter la réflexion de Florence, lui permettre de clarifier son impression de désespoir et l’aider à tirer du sens de son expérience en faisant des liens avec sa propre histoire de vie.

Je constate que ces deux relances sont riches en information pour Florence. Le terme « désespéré » résonne très fortement en elle puisqu’elle prend conscience de deux éléments clefs qui lui « tombent dessus » ; elle prend conscience qu’il y avait « une part d’elle qu’elle n’avait jamais laissé vivre » et qu’elle finit progressivement par relier à son histoire de vie, en l’occurrence son appartenance à la communauté juive. Cette part d’elle, « désespérée » se donne sous la forme de plusieurs significations qui se livrent au fur et à mesure des relances : « C’est un lieu qu’elle ne laisse pas vivre et qu’elle ne reconnaît pas comme une partie d’elle même ». En poussant plus loin l’analyse nous constatons que Florence prend conscience que depuis son enfance, elle a déployé une « énergie de conservation » pour ne pas souffrir de sa situation de fille de déporté. Elle ira jusqu’à dire que cela a été une stratégie de « survie » car elle est morte de peur, ne s’autorisant pas à vivre à la place de tous les déportés qui sont morts dans les camps de concentration : « j’ai toujours pensé que je portais un héritage en moi, comme une interdiction de vivre pleinement  la suite de ça ».

On assiste là à une reconfiguration d’un moment intense du passé qui s’actualise dans le présent. Ce qui initialement avait pris la forme d’une sensation corporelle floue était en fait l’expression d’un processus de reconfiguration d’un scénario inconscient que l’introspection Sensible, la directivité informative et la verbalisation ont permis d’actualiser. Sans ce « travail » intérieur, ses « limites » ne se seraient pas révélées. Paradoxalement, elle accède à « un lieu d’elle même où elle ne se sentait pas complètement elle-même ».

A la fin de l’interview, Florence prend acte que durant l’introspection Sensible et le témoignage post-immédiat, elle n’avait pas pris conscience des enjeux qui se sont révélés durant l’interview : « au moment où je le vivais, je n’en avais pas conscience du tout, mais là, maintenant, de la manière dont ça ressort en moi, je sais que c’est ça et je ne l’avais pas compris tout de suite ». en disant cela, Florence confirme la pertinence d’associer un entretien à directivité informative en différé de l’expérience pour déployer le sens contenu dans la subjectivité corporelle. Mais d’un autre côté, cette nature de subjectivité ne se serait pas donnée sans l’introspection Sensible.

L’interview sur le mode de la directivité informative lui donne l’occasion d’intégrer cette expérience vécue dans un scénario traduisant la signification de ce vécu.

Analyse du processus d’autoformation en différé de l’interview

L’analyse d’un extrait du journal de formation de Florence, rédigé en différé de l’interview, révèle un deuxième niveau d’appropriation du sens. On y observe ce que Florence à retenu de son expérience et en quoi elle a été formatrice pour elle à l’aide de l’interview.

La posture d’expression écrite est plus assertive que durant les phase précedentes : « mon point de vue », « je comprends », « je sais que », « je compte bien trouver », elle est moins émotive et plus organisée. Elle fait le bilan de l’influence de son rapport à elle sur sa manière d’être au monde et dans l’action : « j’entre dans le nœud, dans la fondation de ma structure psychique (…) comment j’ai choisi de faire taire une partie de moi (…) faite pour le bonheur, pour l’accroissement de moi-même, pour la générosité », « j’arrivais à une impasse si la partie de moi manquante ne se remettait pas à vivre ». Puis elle témoigne combien l’interview a aidé cette compréhension : « depuis l’interview, cela a crée une compréhension de toutes sortes de limitations, d’incapacités et cela explique ma difficulté à entrer dans l’action ».

Les informations nouvelles découvertes à travers son expérience et la directivité informative, n’effacent pas d’un seul coup sa manière d’être, mais elles lui offrent une plus grande lucidité sur ses modes de fonctionnement et lui permettent d’entrevoir de nouvelles perspectives, de prendre les décisions adéquates pour réaliser son projet de vie : « je sais que la solution est de me mettre en action, écrire, arrêter de croire en mon incapacité. Faire des choses que je ne faisais pas. En somme, me mettre en mouvement ». Ses prises de conscience et ses décisions ont un impact direct sur son rapport à elle et en particulier sur sa tonicité : « je sens qu’il y a une tonicité qui revient au niveau de mes muscles (…) J’ai l’impression qu’une nouvelle vitalité commence à naître en moi. ». On observe ici une reconfiguration qui va de paire avec la capacité nouvelle d’entrer en action. Cette reconfiguration va au-delà d’un changement de point de vue, elle est aussi corporelle puisqu’elle s’exprime sous la forme d’une modification de tonus musculaire.

Conclusion

La méthodologie pratique mise à l’œuvre dans notre approche permet à une personne de cheminer vers elle en soignant sa présence à elle-même et à son corps, une attitude qui lui donne accès à une subjectivité corporelle spécifique de la relation au sensible qui se donne. Mais il est difficile d’accompagner un apprenant à tirer du sens de cette expérience subjective. Cela implique une éducation perceptive et une mobilisation introspective permettant à la personne de faire le lien entre son vécu et son contexte de vie. Avant que cette étape ne soit effective, la « directivité informative » constitue un espace de parole favorable à des prises de conscience fécondes. On accède là à une forme d’interview novatrice qui participe à la production de connaissances en filiation avec un langage corporel. L’interview selon ce modèle permet au sujet de repérer les scénarios inconscients et de reconfigurer un point de vue à partir des prises de conscience en lien avec la subjectivité corporelle. Sans cette éducation, perceptivo cognitive, la personne accède difficilement à cette nature de subjectivité et par conséquent, elle est privée d’une nature d’information interne susceptible d’alimenter sa quête de sens.

La méthodologie que j'ai choisi de présenter permet de rétablir le dialogue entre le psychisme et le corps. En effet, avec l'approche du Sensible on ne traite pas le corps sans solliciter l'histoire de la personne. Avant que la parole ne se donne en mots intelligibles, c'est le corps qui parle en exprimant à son propriétaire des informations en lien avec son vécu conscient ou inconscient et convoqué par son contexte de vie actuel, passé ou projeté. Puis le sujet se donne la parole à partir de la parole du corps Sensible. Ici, la mise en intrigue permet d’inscrire le vécu dans une forme qui reconfigure la biographie du sujet dans son contexte social, culturel et historique. Le contact avec le présent grâce à la mobilisation introspective sensorielle permet d’actualiser un vécu tandis que la directivité informative aide à la mise en mot à travers un scénario qui est l’occasion de réactualiser et de reconfigurer son histoire.

 


[0] Cet article a également été publié en portugais dans : Bois D. Josso MC, Humpich M. (Orgs.), (2008) O Sujeito sensivel é renouvação do eu, as contribuçães da Fasciatarapia e da somato-psicopedagogia, Éditions Paulus, centre universitaire de São Camilo du Brésil

[1] Jacques Hillion est l’auteur de la devise de la fasciathérapie et de la somato-psychopédagogie : « Le savoir du corps, le mouvement des idées »

[2] L’effort est un terme utilisé par Maine de Biran pour définir l’agir du sujet au contact de sa résistance.

[3] La réciprocité actuante est un terme utilisé par Danis Bois pour définir l’intersubjectivité et signe le jeu subtil d’interactions entre l’observant et l’observé au sein d’une expérience commune. Elle se joue entre les différents acteurs d’un groupe sur la base d’indicateurs internes corporéisés. De cette expérience commune émerge un vécu singulier signifiant.

Hélène Bourhis

Informations de publication: 
Sujet sensible et renouvellement du moi - Les apports de la fasciathérapie et de la somato-psychopédagogie. Dir. Bois, Josso, Humpich. Ed. Point d'Appui, Ivry sur Seine

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Cette subjectivité se donne sous la forme de signes intérieurs (sensations) accompagnés de sentiments dont la parole traduit la signification sous la forme d’un scénario qui reconfigure l’histoire du sujet. P. Dominicé va dans ce sens quand il considère : « le dévoilement récent du corps, dans la compréhension plus globale du sujet, permet d’accéder à une prise en charge biographique du vivant. » (Dominicé, 2005, p 65)